L'opinion - Tribune Libre
Des hommes et des divinités de l'Assomption
13/07/2012
F-X. ESPONDE / Aumônier
La fête de l’été du 15 août est une révélation des cultes et des divinités grégaires de l’humanité.
Les chrétiens la désignent comme la fête de la Dormition chez les orthodoxes en Orient, l’Assomption chez les catholiques en Occident, héritières de rites et de cultes anciens voués primitivement à l’été, aux récoltes et aux libations joyeuses du moment.
Dans l’antiquité préchrétienne, la culture grecque adulait “Déméter”, divinité agraire pourvoyeuse des fruits de l’été, dont le pendant chez les Romains portait le nom de “Cérès”.
En ce temps chaud de récoltes de blé, de fruits, de raisin, des céréales diverses en ces multiples sanctuaires de Grèce et d’Italie, les paysans célébraient leur divinité préférée tournée vers la Terre mère et la Mère Terre pour tous qui furent le terreau primitif sans doute d’une religion généreuse et joyeuse de l’été.
Maîtresse de la fertilité des moissons et des agriculteurs, les tourments racontés dans le mythe de Déméter de cette mère vieillissante en quête de sa fille Perséphone enlevée et cachée dans les antres invisibles, ne sont pas sans parenté avec la représentation que l’on retrouve dans la tradition évangélique de Marie pleurant son fils mort et enlevé du regard des disciples.
Sous le vocable des mystères d’Eleusis, les anciens vénéreront ainsi sur des siècles de leur histoire religieuse cette divinité de la terre dont la tradition chrétienne s’inspirera dans ses représentations pour la supplanter quelque peu.
En Orient, le diacre Ephrem en fut l’initiateur dès 373 après Jésus-Christ. Le culte en faveur de Marie préservée de toute impureté à l’heure de la mort y apparaît en ses débuts.
Cette dévotion particulière à la mère de Jésus alla son chemin faisant où selon la tradition, sur le mont des Oliviers à Jérusalem, Marie rencontrera un ange envoyé par son fils ressuscité venu la reprendre et l’élever auprès de lui.
En Orient appelée la Dormition, proche de cette représentation à Jérusalem, en Occident romain par la fête de l’Assomption, deux traditions communes selon deux traductions différentes, Marie obtient une place à part dans le monde des humains dont elle est issue pour accomplir sa mission souveraine…
Les empereurs d’Orient, les royautés d’Occident s’en empareront. Elle deviendra la mère, la confidente, la protectrice de chacun, souveraine incarnation de la vie, de la lumière au milieu des ténèbres et des souffrances humaines.
Pour notre gouverne, en France, jusqu’au roi Louis XIII, qui l’invoque pour obtenir un successeur au trône de France en 1637, un vœu accompli l’année suivante par la naissance de louis XIV, son culte est populaire.
Tentative infructueuse, Théodore, en Orient, voulut supprimer les cultes païens à Eleusis au IVe siècle, mais ils persistent longtemps dans les pratiques grégaires des croyances. Déméter et Marie cohabitent au milieu des processions, des sacrifices, des bannières, des veillées et des dévotions portées dans les sanctuaires païens et chrétiens.
Les chrétiens s’accordent à reconnaître le 15 août par la fête de Marie, et chez les Orientaux et les Occidentaux.
Et depuis 1854, la proclamation du culte de l’Immaculée Conception, l’Eglise catholique développe à l’échelle universelle cette fête d’obligation qui rejoint en de multiples lieux de la terre les fêtes des récoltes de saison, des vacances, de la mer, des champs et harmonise ciel et terre ainsi dans le temps de l’été.
A tout seigneur tout honneur, en oublierait-on le culte napoléonien de 1806 qui institua la Saint-Napoléon, pas moins, en l’honneur d’un saint Néopolis et en fit la fête nationale en France ce 15 août, une manière somme toute cavalière de supplanter le culte de Marie par le sien propre jusqu’en 1870…
En 1880, changement de style et de contenu, les nouveaux gouvernants du pays d’une obédience revisitée préféreront la date historique du 14 juillet comme fête nationale des Français !







