Sports - Surf
Une surfeuse hors compétition

12/07/2012
Marc DUFRECHE
La vague est tout pour le surfeur. Problème, elle ne s’obtient pas sur commande. Le monde du surf a tout de même imaginé un format pour organiser des compétitions : une période de quatre à cinq jours pour faire rentrer une quinzaine d’heures de duel sur l’eau.
Ce cadre “semi-rigide” ne permet pas souvent de surfer dans les meilleures conditions. Il faut envoyer à l’eau les filles pour enchaîner les séries. Ajouter à cela l’obligation des compétitrices de réaliser un grand nombre de figures sur la vague pour marquer le maximum de points, et on s’éloigne quelque peu du plaisir originel de la glisse et de tenter ce “truc impossible” au risque de tomber. Il y a donc deux mondes dans le surf celui qui privilégie la compétition et l’autre le free surf (surf libre).
Dans les deux cas, il est possible de vivre. Après une jeunesse de compétition, la Biarrote Lee Ann Curren a décidé à 22 ans de se consacrer à ce surf libre. Celui où l’on choisit ses vagues que l’on immortalise sur photo ou vidéo et qui font le bonheur des magazines et sites spécialisés. “Si on en a la possibilité, il faut faire ce que l’on veut. Je peux faire du free surf. Ce n’est pas donné à tout le monde, donc je suis super-contente”, dit celle qui est l’une des égéries de la marque Roxy, partenaire principale de la 6e manche du championnat du monde de surf féminin qui tente de se dérouler à Biarritz.
Pas qualifiée, pas déçue
Faute de vagues, les surfeuses attendent sur le parapet de la côte des Basques. Le stress et la pression montent chez les compétitrices. Il faut tuer le temps en attendant l’appel des organisateurs pour se lancer à l’eau. Lee Ann Curren est bien évidemment présente chez elle à Biarritz. Elle a été invitée par son partenaire Roxy à disputer les qualifications. “Un peu malade” et pas vraiment à fond dans la compétition, elle n’a pas réussi à intégrer le tableau final. “La compétition, il faut être à 200 % dedans. Si ce n’est pas le cas, si tu fais les choses à moitié, c’est difficile de s’en sortir”, juge-t-elle, lucide, avant de préciser : “La compétition n’est pas vraiment un objectif pour moi aujourd’hui”.
Le circuit professionnel, l’enchaînement des compétitions, Lee Ann Curren connaît. Ses débuts furent prometteurs. Deux fois championne d’Europe, elle se qualifie en 2009 pour intégrer le Top 16 mondial, le fameux championnat du monde ASP. Elle est alors la première Européenne à faire partie de cette élite. Elle y passe une saison. Gênée par une blessure, elle finit 14e et redescend dans le circuit qualificatif, WQS. Une année charnière pour la jeune surfeuse.
Expression libre
“Surfer sur le circuit ne veut pas dire surfer des bonnes vagues. Les conditions d’organisation font que les vagues ne sont souvent pas terribles”, se rappelle-t-elle en scrutant cet océan sans relief au large de Biarritz. “C’était une bonne expérience, j’ai appris plein de choses. Mais aujourd’hui, j’ai peut-être un peu moins envie que par le passé de me qualifier sur ce circuit. J’aime toujours la compétition, mais c’est différent. J’ai envie de me concentrer sur le free surf ou j’ai l’impression de pouvoir plus m’exprimer.”
L’expression libre, avoir du temps pour soi, deux aspects de la vie difficile à concilier avec la compétition et le sport de haut niveau. Lee Ann Curren recherche aujourd’hui cette respiration naturelle au travers de ces sessions de surf libre ou en jouant de la guitare avec son groupe Betty and the Sharks dans les bars de la côte. Cette musique tout aussi “importante” que la jeune fille avait dû “laisser de côté” pendant ses années compétitions. Lee Ann Curren est bien consciente de sa chance. Douée pour le surf, jolie, son image est une aubaine pour l’industrie du surf. Elle n’oublie pas de remercier Roxy, son partenaire principal. “Pour la compétition, Roxy ne me met pas du tout de pression”, précise-t-elle.
La démarche de la Biarrote n’est pas nouvelle dans le monde du surf. Le plus célèbre d’entre eux, la légende Kelly Slater, avait fait ce genre de coupure free surf entre 1999 et 2003, où il parcourut le monde au gré de la houle sous l’œil des photographes. Slater dont le modèle n’est autre que Tom Curren, triple champion du monde et père de Lee Ann. Slater est revenu sur le circuit par la suite. Un retour que pourrait tenter de faire sérieusement Lee Ann Curren : “L’an prochain ou dans deux ans, je me remettrai peut-être à fond dedans. Je n’exclus rien dans la vie”.
Toujours pas de vagues sur la côte
Toujours pas de vagues hier sur la côte des Basques, et le Roxy Pro n’a toujours pas débuté. Les organisateurs espèrent pouvoir lancer ce matin (8h00) la compétition.







