Pays Basque
Pas de subvention pour le documentaire “inconnu”

29/06/2012
Antton ROUGET
Le documentaire Barrura begiratzeko leihoak (“Les fenêtres pour voir à l’intérieur”) n’est pas encore sorti, mais il est déjà en haut de l’affiche. Personne ne l’a vu – même pas les personnes qui y ont participé –, mais il fait déjà l’objet de vives critiques.
Zinez, producteur du documentaire qui retrace la trajectoire de cinq prisonniers basques, se serait bien passé de cette “campagne de promotion”. Hier, pour apaiser la polémique, les réalisateurs du documentaire ont même renoncé à la subvention de 9 000 euros accordée par la mairie de Donostia.
C’est Jorge Fernández Díaz, ministre de l’Intérieur espagnol, qui avait, lundi, déclenché, les hostilités. Evoquant “un documentaire qui fait l’apologie d’auteurs d’actions terroristes”, le ministre avait exigé que la mairie de Donostia retire sa subvention au projet. Au lendemain de la légalisation du parti Sortu, le 20 juin, il avait évoqué la possible mise hors-la-loi de Bildu, coalition abertzale qui dirige la ville.
Motion de l’opposition
“L’argent public ne doit pas être destiné à ce type de contenu.” Avant que les producteurs ne refusent la subvention, l’opposition réunissant Parti populaire (PP), Parti socialiste d’Euskadi (PSE) et Parti nationaliste basque (PNV) avait présenté une motion pour ne pas que la municipalité finance le projet. Axier Jaka, conseiller municipal Bildu, s’est, lui, félicité de la décision “honorable” prise par Zinez. Un retrait qui évite à la coalition d’affronter une situation délicate.
“Les élus doivent apaiser les situations, arrondir les angles” : le vice-président socialiste du Conseil général, Kotte Ecenarro, qui participe au documentaire, regrette que, malgré un “climat apaisé”, il y ait “encore des situations polémiques”. Revenant sur la subvention accordée par la mairie de Donostia, le conseiller municipal hendayais, évoque, “vu de [son] côté”, une “responsabilité des institutions pour soutenir, de manière consensuelle de tels projets”.
Liberté d’expression
“Malgré le processus, il n’y a pas d’appel au dialogue”, s’indigne, pour sa part Christelle Cazalis, conseillère municipale communiste de Hendaye, qui, aux côtés de Kotte Ecenarro, a participé au documentaire sans “être militante de la cause basque.” Ayant hébergé la jeune membre de Segi Irati Tobar avant son arrestation, elle a pris part, au “nom de la liberté d’expression”, au projet, tout en sachant que des “anciens militants de l’ETA y seraient aussi”.
“Indispensable” : pour Christelle Cazalis, ce documentaire permet de “se faire ses propres idées à partir de témoignages différents”.
A défaut de subvention, Zinez, qui compte présenter son documentaire au prochain Zinemaldia de Donostia, va lancer une souscription pour financer le projet.
“La Pelota vasca” dans les mémoires
La polémique autour de Barrura begiratzeko leihoak n’est pas une première. En 2003, c’est la sortie du documentaire La Pelota vasca, la piel contra la piedra, de Julio Medem, qui avait généré une immense controverse. A travers, notamment, des interviews de personnalités de divers horizons (hommes politiques de tous les partis, victimes d’ETA, anciens prisonniers), le film aborde la situation politique au Pays Basque et la question des prisonniers. Avant même la sortie du film, les partis de la droite espagnole, Parti populaire en tête, et les associations de victimes avaient accusé Julio Medem de faire “l’apologie du terrorisme”. Le jour de la présentation du film au Zinemaldia de Donostia, l’Association des victimes du terrorisme (AVT) avait réclamé, en vain, à Odon Elorza (alors maire socialiste de la capitale de Gipuzkoa) l’annulation de la projection du documentaire au festival.
Selon les chiffres du ministère de la Culture espagnol, c’est le documentaire produit dans l’Etat espagnol le plus visionné dans les salles de cinéma espagnoles.







