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Occupation allemande : quand le feldwebel Felix Löffler sauvait des vies en Pays Basque

29/06/2012
Béatrice MOLLE
Hommage à Felix Löffler “pour services rendus à la population locale pendant la Seconde Guerre mondiale”. Tel était l’intitulé de l’invitation lancée par l’association culturelle Jakintza à la mairie de Ciboure, samedi dernier (cf. JPB du 22/06). D’origine autrichienne, Felix Löffler, né en 1909 et mort en 1980, avait été enrôlé de force dans l’armée allemande. Nommé durant l’Occupation à la Feldgendarmerie de Saint-Jean-de-Luz, il est chargé du ramassage et de l’ouverture du courrier. Les lettres de dénonciation affluent et Felix Löffler subtilise les lettres suspectes et va au péril de sa propre vie prévenir les personnes intéressées.
“Nombreux sont ceux qui pendant l’Occupation, sur dénonciation, auraient dû avoir affaire au tribunal de guerre, aux bourreaux de la Gestapo et à la déportation dans les camps de concentration. Ils doivent la vie à ce feldwebel qui risqua la sienne pour sauver des personnes”, expliquent les membres de Jakintza.
Hommage à titre posthume
Lors de cet hommage à titre posthume en mairie de Ciboure, de nombreuses personnalités étaient présentes, mais la plus prégnante était celle du fils de Felix Löffler, Roland Löffler, venu de Vienne accompagné de son épouse. Très ému d’avoir été invité à cet hommage, Roland Löffler, 64 ans, né en 1948 après la guerre, se rappelle que son père parlait de cette époque et de toutes les amitiés qu’il avait tissées : “C’était un syndicaliste très actif, un homme de gauche très porté sur les valeurs de solidarité et de partage. Pour lui, antinazi convaincu, il faisait juste son devoir. Il est revenu au Pays Basque avec ma mère pour la première fois en 1947 et bien d’autres fois au cours de sa vie.”
“D’ailleurs, je m’appelle Roland, un nom inconnu en Autriche. Ma mère m’a rapporté que durant ce premier séjour d’homme libre en 1947, ils avaient fait une promenade romantique au pas de Roland à Itxassou. Bref, j’en ai déduit que j’ai été conçu au Pays Basque, dans ce petit village !”, explique malicieusement Roland en serrant fort dans sa main un foulard qui a 66 ans : “Il vient du Pays Basque et nous le conservons précieusement. Mon père a eu finalement de la chance d’avoir été envoyé ici, beaucoup de jeunes Autrichiens étaient sur le front russe et vivaient l’enfer. Sa hiérarchie ne s’est jamais doutée de rien. Il était bien noté et catalogué comme un élément sérieux et compétent. Lorsqu’à la Libération il fut fait prisonnier, de nombreux témoignages ont afflué des différents réseaux qu’il avait aidés. Je suis très fier de mon père et je raconte à mes enfants ce qu’il a fait. C’est un devoir de mémoire essentiel pour comprendre notre histoire.”
Gouvernement basque
Présente lors de cet hommage, la porte-parole et conseillère à la Justice du gouvernement basque, Idoia Mendia, remarquait que “2012 était une année importante. Ce sont les 75 ans de l’invasion des troupes franquistes, du bombardement de Gernika et de l’évacuation depuis Santurtzi de 4 000 enfants vers la France et l’Angleterre. Je suis ici pour rappeler la République et l’avènement de la démocratie”.
“Il a fait un boulot, lui !”
Bon pied, bon œil, Fifine Aguirre a vécu de près cette époque. Elle est la fille de Kattalin Aguirre, personnage illustre de la Résistance qui était un agent de liaison redoutable et hébergeuse pour le réseau Comète. Originaire de Sare, Kattalin travaille pendant l’occupation à l’hôtel Euskalduna à Saint-Jean-de-Luz, et sa fille la seconde dans ses tâches professionnelles et dans ses engagements. Fifine était à Ciboure samedi pour exprimer toute sa reconnaissance à Felix : “Je tiens à rendre hommage à Felix Löffler. Ma mère travaillait à l’hôtel qui avait été réquisitionné par la Feldgendarmerie allemande et Felix était basé dans cet hôtel. Dès qu’il le pouvait, il brûlait les lettres de dénonciation, je l’ai vu faire, puis il allait prévenir les personnes concernées. Il a fait un boulot, lui !”, lâche-t-elle. Dans la salle de la mairie de Ciboure, de nombreux descendants de celles et ceux que Felix sauva s’échangeaient vivement force souvenirs et anecdotes. Telle la nièce de celui qui était maire de Donostia en 1936, Fernando Sasian. Réfugié en Pays Basque Nord pendant les années 1940, il a été sauvé par Felix. De Vienne à Donostia, quand l’amour de la liberté déchire les frontières et la peur.







