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Sujet à la une

«Michèle Alliot-Marie a perdu de sa superbe et de son crédit »

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11/05/2012

Pierre CHERET / Premier secrétaire départemental du Parti Socialiste

Premier secrétaire départemental du Parti Socialiste, Pierre Chéret revient sur la large victoire de François Hollande au Pays Basque (54,42 %) et affiche les ambitions locales de la Rose pour les législatives.

Comment expliquez-vous le score historique de François Hollande dans le département, notamment au Pays Basque ?

Les Pyrénées-Atlantiques sont une terre de démocratie-chrétienne. Or, celle-ci s’accommode très mal de l’extrémisme. La course effrénée de Sarkozy derrière le FN a joué en sa défaveur. Parallèlement, les socialistes ont démontré dans le département leur capacité à gagner des élections mais aussi à gérer des exécutifs.

La percée a été particulièrement impressionnante au Pays Basque.

Le fait marquant, c’est le Pays Basque intérieur. Jamais, je n’aurais pronostiqué Hollande en tête au premier tour à Hasparren. Il est devant au deuxième tour dans tous les cantons de l’intérieur. Attention, nous ne confondons pas les élections. Mais Ségolène Royal avait réalisé 52,3 % dans le département, et là, nous sommes à plus de 57 %. C’est une vraie vague rose. On verra comment elle se déclinera aux législatives et lors des élections locales à venir. Notamment en Pays Basque intérieur.

Quelles sont vos ambitions pour les législatives ?

Nous sommes majoritaires dans les six circonscriptions du département. Notre ambition, c’est de concourir pour gagner dans les six. Même si on sait que certaines sont plus faciles que d’autres.

Pensez-vous pouvoir remporter la 6e, détenue par Michèle Alliot-Marie ?

On y va pour gagner, même si on sait que c’est la plus difficile. Il y a une vraie crise de l’UMP au Pays Basque. On sent bien qu’il y a de la tension entre eux. Michèle Alliot-Marie a perdu de sa superbe et de son crédit.

L’élection de François Hollande va-t-elle accélérer le projet de LGV au Pays Basque ?

D’abord, parmi les grands élus, il n’y a que Michèle Alliot-Marie qui est contre. Pour des raisons électoralistes. Venant de quelqu’un qui a été ministre d’Etat, je trouve cette attitude irresponsable. L’élection de François Hollande ne va pas accélérer la LGV, elle va faire continuer le projet. L’immense majorité des socialistes y est d’ailleurs favorable, même si certains acteurs locaux émettent des réserves.

Le Conseil des élus du Pays Basque mène une réflexion sur la création d’une Collectivité territoriale spécifique. Quelle conséquence l’élection de François Hollande peut-elle avoir dans ce dossier ?

Il y aura d’abord un acte III de la décentralisation. Toute évolution du statut du Pays Basque ne pourra s’inscrire que dans ce cadre. La droite a supprimé les “pays”. L’acte III les maintiendra, voire les renforcera. ça, ce sont des choses quasiment acquises. Quant à une collectivité territoriale spécifique, elle me semble extrêmement difficile à mettre en œuvre. Je n’ai pas de pouvoir de décision là-dessus, mais je pose la question : pour créer une nouvelle collectivité, il faut transférer des compétences. Les communes et intercommunalités sont-elles prêtes à transférer une partie de leurs compétences ?

Les tenants du projet veulent aussi prendre les compétences de la Région et du Département.

Il faut commencer par le local. La Région et le Département ne souhaitent pas transférer leurs compétences. Par ailleurs, que représente politiquement cette demande ?

En résumé, vous n’êtes pas favorables à cette collectivité…

Je ne suis pas favorable à la partition du département et je m’interroge beaucoup sur la création d’un étage supplémentaire dans le mille-feuille institutionnel français.

Vous y opposerez-vous si un consensus des élus se dégage ?

Si le projet d’acte III de la décentralisation l’évoque et que c’est le fruit d’une construction locale, qu’elle me semble fédératrice, je n’aurais pas d’opposition de principe. Par contre, je ne vais militer en sa faveur.

Le PS local est divisé sur la question institutionnelle. Votre position n’est pas celle des trois candidats socialistes du Pays Basque, plutôt favorable à une Collectivité. Cela ne pose-t-il pas un problème ?

Nous sommes un parti démocratique, avec des positions différentes en fonction de nos vécus respectifs. Ils ont une totale liberté sur cette question, dans la mesure où leur expression publique reste dans le cadre du projet socialiste.

Que pensez-vous de la proposition du député Jean Grenet d’un département Pays Basque ?

C’est de l’électoralisme pur. Il le dit maintenant qu’il a perdu les présidentielles. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait avant ? Il fait en plus partie de ceux qui n’y étaient vraiment pas favorables dans le passé.

François Hollande va-t-il bientôt venir au Pays Basque ? S’exprimera-t-il sur le processus de paix ?

Je ne sais pas s’il va venir. S’il vient, il s’exprimera là-dessus. Sur quel contenu, je ne sais pas. De toute façon, l’Etat français ne peut, et ne doit, pas rester indifférent à ce processus de paix.

Le vote Hollande de François Bayrou change-t-il les relations avec le Modem dans le département ?

ça n’a pas d’impact, pour une raison simple : le Modem siège partout dans le département contre le Parti Socialiste. François Bayrou explique qu’il est en dehors de l’UMP et du PS à Paris, mais ce n’est pas le cas ici. L’exemple le plus criant est au Conseil général. Au Pays Basque, Jean-Jacques Lasserre et Jean Lassalle ont voté Sarkozy.

Comment avez-vous réagi lorsque la possibilité de ne pas présenter de candidat PS en face de Bayrou, sur la deuxième circonscription, a été évoquée à Paris ?

Cela m’a fait bondir. J’aimerais que les gens, avant de parler, soient mandatées. Il y a des règles à respecter dans les partis. Le pire, c’est de le faire sans connaître la situation de notre département. J’ai trouvé ça inacceptable, j’étais en colère. Les deux que j’ai en travers sont Marisol Touraine et Pierre Moscovici. Ceci dit, la récréation est terminée. Martine Aubry a confirmé l’investiture de Nathalie Chabanne.

EH Bai pourrait jouer un rôle charnière au second tour. Qu’en est-il de vos relations avec les abertzale ?

On va discuter avec tout le monde, y compris les abertzale. La difficulté, c’est la collectivité spécifique, qui est pour eux centrale. Cela ne rend pas naturelles nos relations. Après, ils s’expriment très fortement sur les questions sociales et environnementales. On n’a pas de divergence là-dessus.


Pierre MAILHARIN

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