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Deiadar : mobilisation en faveur de l’officialisation de l’euskara à Bayonne

28/03/2012
Benjamin DUINAT
Le samedi 31 mars prochain, à 17 heures, une manifestation ayant pour mot d’ordre “Notre langue, un droit, une loi !” est organisée à Bayonne. Deiadar est un appel à une large mobilisation, car “la survie de notre langue (l’euskara) est en jeu”, portée par les organisations Euskararen Kontseilua et Euskal Konfederazioa. Le premier Deiadar eut lieu en 1989 et à l’époque, les rues de Bayonne résonnèrent à l’appel en faveur du respect des droits culturels. Vingt-trois ans après, c’est l’officialisation de l’euskara qui sous-tend l’événement pour lequel les organisateurs espèrent une affluence à la hauteur de leurs revendications. En 2009, pour la cinquième édition du Deiadar, quelque 5 000 personnes avaient foulé du pied les rues de la capitale du Labourd. Ce samedi, “on souhaite voir participer plus de monde encore”, souligne Ione Josié d’Euskararen Kontseilua.
Ce Deiadar s’inscrit dans un contexte particulier, celui des élections présidentielles de mai, et, pour la première fois, est organisé de concert avec les défenseurs des autres langues minorisées de l’Hexagone, comme par exemple l’occitan, le corse, mais aussi le flamand ou encore le savoyard. Aussi, samedi 31 mars, des manifestations sont-elles organisées dans une dizaine de villes pour la défense et la reconnaissance de quelque 75 langues et dialectes.
Les revendications
Lors de la conférence de presse tenue à Bayonne lundi dernier, les organisateurs de Deiadar ont clairement présenté leurs revendications. “Notre objectif est la totale réappropriation de la langue basque.” Le point essentiel du discours est “la reconnaissance officielle de la langue basque au Pays Basque Nord, à savoir une valeur juridique qui lui accorde dans tous les domaines le même degré d’utilisation et de développement que la langue française”. Pourquoi réclament-ils l’officialisation de l’euskara ? En premier lieu, parce qu’il s’agit d’une question de survie. Si l’enseignement en langue basque se développe, les nouvelles générations ne compensent pas la disparition des anciennes beaucoup plus largement bascophones. En outre, comme le souligne Paxkal Indo, président de Seaska, “l’officialisation est une étape fondamentale pour la reconnaissance de notre langue, et plus spécifiquement du travail d’enseignement effectué en euskara par les ikastola”.
La deuxième revendication majeure est “la ratification de la Charte européenne, pour que les langues territoriales comme le basque soient officiellement reconnues dans le domaine public.” La Charte européenne des langues régionales ou minoritaires fut adoptée sous les auspices du Conseil de l’Europe en 1992. L’Etat français, sous le gouvernement de Lionel Jospin, signa la charte en 1999, sans pour autant la ratifier par la suite. Par conséquent, les applications de ce texte en faveur des langues minorisées restent lettre morte. Ione Josié ajoute que “la charte est un accord fondamental et d’envergure internationale que la France se doit de reconnaître et appliquer”.
Enfin, le Deiadar appelle au vote et à l’application d’une “loi linguistique adéquate”, en ce sens qu’une “protection légale qui garantisse la pérennité de ces politiques” linguistiques est jugée nécessaire. Jakes Bortayrou d’AEK note que “l’absence de protection légale est une entrave à l’enseignement de l’euskara. Actuellement, nous proposons des cours pour les employés de mairie, ce qui en soi est une très bonne chose, reste que rien ne définit le cadre légal d’utilisation du basque. Cela limite, pour le moins, la portée de ces initiatives”.
Inscrire Deiadar dans le cadre d’une manifestation coordonnée et suivie par tous les défenseurs des langues minorisées sur le territoire français et le contexte des élections présidentielles a pour but affiché de peser sur le débat. Et Ione Josié de conclure, : “Nous espérons être très nombreux et que cette force sociale et populaire aura une influence qui nous permettra d’obtenir une reconnaissance légale, outil indispensable pour normaliser l’euskara.”
Défense du flamand à Lille
Comme dans de nombreuses villes de l’Hexagone, Lille verra ses rues se remplir de manifestants en faveur des langues minorisées. Une plate-forme, “JA om ‘t vlaemsch - OUI au flamand”, est destinée à recueillir les soutiens des élus et des personnalités de la vie publique en faveur de l’extension au flamand occidental des dispositions dites “langues régionales” de l’Education nationale. L’enseignement du flamand occidental est dispensé dans quatre écoles primaires (trois publiques et une privée) et deux collèges (catholiques privés). Aucun lycée n’assure pour le moment la poursuite des études secondaires. Au terme de la manifestation, les signatures obtenues seront données au préfet pour que “les quelque 40 000 locuteurs du flamand occidental voient leur langue bénéficier d’une reconnaissance minimale, comme le basque notamment, de la part de l’Education nationale”, précise Anne Colonna, chargée de développement à l’Institut de la langue régionale flamande. Certaines tensions sont palpables et les drapeaux flamands sont interdits lors de la manifestation “pour éviter tout malentendu”, qui serait jugé fâcheux.
Promesses Electorales
Paxkal Indo, président de Seaska, rappelle à bon droit que “François Mitterrand déjà, comme candidat à l’élection présidentielle en 1981, avait dit qu’il était temps que la France reconnaisse qu’il y avait d’autres cultures sur son territoire. Il est donc temps aujourd’hui que les promesses électorales se concrétisent et se traduisent par une loi en faveur de l’euskara. Pour avoir plus de poids, il fut décidé d’organiser cet événement de manière coordonnée en faveur des langues minorisées”.
Les positions des différents candidats aux présidentielles
François Hollande
“Il n’y a rien à craindre à la reconnaissance des langues régionales ! La France a signé – c’était il y a plus de dix ans – la Charte européenne sur les langues et les cultures régionales. Eh bien, nous la ratifierons, cette charte !”, a-t-il annoncé lors d’un meeting en Corse le 24 mars.
Nicolas Sarkozy
“Quand on aime la France, on ne propose pas de ratifier la Charte des langues régionales et minoritaires qui n’a pas pour but de faire vivre les langues régionales mais de reconnaître des droits linguistiques à toutes les minorités et de les placer sous le contrôle d’une Cour européenne qui jugera sans tenir compte de notre histoire nationale et de notre tradition républicaine”, a-t-il déclaré le 19 février dernier à Marseille.
François Bayrou
“[...] Eh bien, je veux dire que nous avons, dans le projet de société que nous allons porter, le devoir de faire en sorte que la culture, elle aussi, devienne pluraliste, que les langues régionales de France soient reconnues à leur juste place, qui est la place d’une richesse nationale, pas la place d’une faiblesse nationale comme Nicolas Sarkozy l’a défini dans un discours qui était un discours, en réalité de stigmatisation de nos langues et de nos cultures ! [...] Je veux que l’on sache qu’en France on peut parler et transmettre parfaitement bien le français, et en même temps parler et transmettre parfaitement bien les langues qui sont les langues de notre patrimoine culturel !”. Ce sont les propos tenus par le candidat lors d’un meeting à Toulouse le 10 mars dernier.
Jean-Luc Mélenchon
“Je ne suis pas d’accord avec la pratique d’une langue minoritaire comme langue d’immersion qui soit l’unique usage que l’on a à l’école. [...] Cette charte a été faite pour organiser les droits linguistiques et autres des minorités nationales. Or, je ne considère pas qu’il y ait en France de minorités nationales. Nous formons un seul peuple, même si dans notre peuple, il y a des différences et culturelles et historiques qui constituent des identités locales. [...] La Charte des langues régionales pose un problème constitutionnel. [...] Tous les Corses parlent français et tous les Français ne parlent pas corse, voilà pourquoi le français est la langue de la République.” (France 3 Corse le 26 février dernier).
Nathalie Artaud
“Je vous rappelle que je suis communiste. Cela est inséparable de l’idée que les travailleurs doivent s’unir à l’intérieur d’un même pays et même au-delà des frontières. L’existence de langues véhiculaires parlées le plus largement est pour cela un outil précieux. Bien sûr, dans la société actuelle, les principales langues véhiculaires, et la première d’entre elles l’anglais, se sont diffusées grâce à la domination économique et politique des grandes puissances capitalistes, sur leur propre territoire et sur le monde. Mais je considère que le fait que des hommes, d’un bout à l’autre de la planète, puissent parler une ou des langues communes est un progrès pour l’humanité.”
Nicolas Dupont-Aignan
“La République est et doit rester une et indivisible, et je suis farouchement attaché à l’article 2 de notre Constitution qui définit le français comme ‘la langue de la République’, vecteur d’égalité et d’unité nationale, et ce depuis l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539. Par conséquent, je ne peux m’engager en faveur des propositions qui sont les vôtres, dans le simple et unique souci de préserver notre cohésion nationale. La reconnaissance de ces langues régionales n’aurait pour regrettable conséquence que la promotion d’inégalité de traitements injustes entre les citoyens qui en sont locuteurs et ceux qui ne le sont pas.”
Soutiens et programme
La manifestation Deiadar a reçu le soutien de nombreuses associations et organisations ; certaines appellent du reste à participer en mettant en avant leurs arguments.
Ainsi, Euskaltzaindia (Académie de la langue basque) a pris position : “Afin de faire entendre la demande d’officialisation de la langue basque et d’une loi en faveur des langues régionales, Euskaltzaindia tient à affirmer qu’elle adhère totalement aux objectifs qui seront défendus par les associations Euskal Konfederazioa et Kontseilua lors de la manifestation Deiadar du 31 mars à Bayonne.”
Bizi !, Batera, Ikas-Bi, Biga Bai, EH Bai, le Biltzar des communes, entre autres… soutiennent également l’initiative et appellent à manifester.
Egitaraua / Programme :
- 17:00 Abiatzea/Départ, Chaho plazatik/ mail Chaho.
- Ondotik, taloak eta ostatua/ Ensuite, buvette et talo.
- Kontzertua/Concert : Esne Beltza, Xutik.







