RSS
Index > Edition papier > Sujet à la une

Sujet à la une

Les préparatifs en vue de la création d’une monnaie complémentaire basque

p003.jpg

23/03/2012

Benjamin DUINAT

“Parler de changer le système monétaire, c’est un tabou académique.” Il ne faut pas s’y tromper. Ces mots ne sont pas ceux d’un doux rêveur dont les aspirations ont été écorchées vives, mais ceux d’un des architectes de l’écu, à savoir l’économiste flamand Bernard Lietaer. Aussi, l’initiative des membres de l’association Ambes (Association pour la création d’une monnaie basque écologique et solidaire) suscite-t-elle des doutes et des réactions pour le moins contrastées. Mais, au juste, de quoi s’agit-il ? Le projet se fonde sur la volonté affichée “de créer un outil économique permettant de favoriser les circuits courts, les échanges et la création de richesse sur un territoire donné”, précise Dante Edme d’Ambes.

L’idée est de créer une monnaie alternative à l’euro et qui aura cours au sein d’une zone géographique, le Pays Basque. Elle sera effective à partir du 1er janvier 2013. Une consultation citoyenne a actuellement lieu afin de choisir le nom de la monnaie : il est d’ores et déjà possible faire des propositions via Internet (euskalmoneta.org) ou par courrier (20, rue des Cordeliers, à Bayonne).

“Les particuliers adhèrent à l’association pour un montant libre et peuvent alors changer leurs euros en monnaie locale, au taux invariable d’un pour un”, expliquent les membres d’Ambes. “Les euros ainsi récoltés sont stockés dans une banque éthique ou un fonds de développement local, car l’association doit pouvoir reconvertir l’ensemble des coupons de monnaie locale en euros.”

Un facteur de solidarité

L’association a pour but la constitution d’un réseau de prestataires, comprenant commerces, entreprises, professions libérales, etc., dont la particularité est de prendre un triple engagement : “L’amélioration des pratiques écologiques et sociales et développer l’usage de l’euskara.” L’objectif est de créer de la sorte des solidarités afin d’aboutir à une convergence que les porteurs d’“euskal moneta” voient comme un vecteur de coopération sociale, écologique et linguistique en faveur de l’euskara.

Au moment où les personnes intéressées changeront leurs euros, 3 % du montant sera versé à l’association de leur choix en “euskal moneta”. “Ce système de redistribution aux associations locales est une chose que nous avons observée en Bavière.”

Ce don de 3 % sera amorti au moment de la reconversion par les partenaires (commerçants, etc.) de l’unité locale en euros, puisqu’il leur en coûtera 5 % de sortir du circuit. “Les commerçants rencontrés lors de notre voyage d’étude en Bavière nous ont clairement dit qu’ils s’y retrouvent financièrement. C’est un système monétaire proposant une alternative locale. Accepter les paiements en ‘euskal moneta’ sera aussi une manière de communiquer pour les prestataires de services”, argumente D. Edme.

Chimère ou projet réaliste ?

Le triangle économique utilisant notamment la monnaie locale et complémentaire, composé par les particuliers, les prestataires et les associations bénéficiaires des versements de 3 %, est perçu par les porteurs du projet comme une arme de redynamisation des territoires.

“Ce qui donne une valeur à une monnaie, étant entendu qu’une monnaie n’a aucune valeur intrinsèque, c’est l’exigence d’un gouvernement de payer une taxe dans cette monnaie. C’est, d’ailleurs, la raison pour laquelle les monnaies complémentaires restent marginales. Une monnaie n’est pas neutre et a un programme compétitif et centralisateur”, expliquait il y a peu sur France Culture Bernard Lietaer.

Mais les alternatives existent bel et bien. Et les membres d’Ambes aiment à le rappeler : “Le chiemgauer, monnaie complémentaire mise en place en Bavière depuis 2003 déjà, représente un volume d’échanges annuels équivalent à plus de 6 millions d’euros sur un territoire semblable à celui d’Iparralde, en termes de population et d’activités.”

En outre, l’usage de cette monnaie complémentaire favorise la rapidité de la circulation des devises, puisqu’un chiemgauer change grosso modo douze fois de main par an, alors qu’un euro n’est en moyenne échangé que deux à trois fois dans le même laps de temps. La monnaie, dont le nom reste à déterminer – un vote est d’ailleurs organisé à cet effet – sera imprimée sous forme de coupons infalsifiables de 1, 2, 5, 10 et 20 unités. Si le compte n’est pas rond, “les partenaires rendront la monnaie en euros, comme ils le font avec les tickets restaurants qui sont une forme de monnaie complémentaire”, conclut D. Edme.

 

Les principes généraux

Le nom de la monnaie sera choisi par les habitants du Pays Basque. Dans un premier temps, la monnaie sera mise en circulation en Pays Basque Nord. Une extension au Pays Basque Sud sera peut-être par la suite envisagée. La monnaie sera convertible au taux d’un euro contre une unité. Ces unités de la monnaie complémentaire locale ne seront pas reconvertibles pour les particuliers. En revanche, les prestataires (les commerçants, les petits producteurs, etc.) pourront effectuer une reconversion moyennant une décote de 5 %. De ces 5 %, 2 % serviront à financer l’association gestionnaire de la monnaie et les 3 % restants seront versés à l’association choisie par les adhérents au moment de la conversion des euros en unités monétaires locales. La monnaie sera mise en circulation progressivement par bassin de vie, selon l’échelle la mieux adaptée à chaque territoire. Enfin, les prestataires devront satisfaire à un ensemble de critères sociaux, écologiques et linguistiques.

inprimatu