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Culture

La mythologie basque dans tout ce qu’elle a de plus contemporain selon Claude Labat

07/03/2012

Carole SUHAS

Claude Labat, qui a fait de la transmission son devoir, met un terme à cinq ans d’exploration. Cinq années pendant lesquelles il s’est penché de près comme de loin, de long en large, sans oublier le travers, sur la mythologie basque. De cette épopée intellectuelle, il livre un “ovni littéraire”, un parcours libre à travers le mythe en Pays Basque. Parcours parce qu’il a suivi la voie que lui montrait sa terre, partant des paysages de lumière et de nuit, passant par les montagnes et les forêts avant de descendre les vallées et les cours d’eau pour parvenir à la route, au port, à la maison et au village et terminer en ville.

Un parcours, pensé en huit chapitres, qui se veut libre en ce sens où l’on peut s’en éloigner, prendre le livre à une page, en sauter 50, revenir à la dixième. Et pour ces va-et-vient, que de choix, puisque ce livre de 350 pages, propose textes, photos, cartes, schémas ou encore dessins “qui racontent parfois mieux que n’importe quoi d’autre ce qu’est le mythe”, explique l’auteur de cet ouvrage titanesque. Libre parcours dans la mythologie basque avant qu’elle ne soit enfermée dans un parc d’attraction est le fruit d’un “travail de retraité”.

Happé par la mythologie

“Je suis beaucoup intervenu en milieu scolaire, et souvent on me faisait la remarque qu’il n’y avait pas de matériel pédagogique pour travailler sur la mythologie et encore moins pour la comprendre. J’ai dit que je m’y mettrai quand je serai à la retraite et c’est ce que j’ai fait. Finalement, ce thème m’a happé car il était beaucoup plus riche que je n’avais pu l’imaginer. J’ai découvert beaucoup d’éléments avec les études de Barandiaran ou Baroja, mais j’ai voulu en faire quelque chose de nouveau. Je me suis donc penché sur d’autres modes de pensées et j’ai articulé mes explications mythologiques autour de la notion de paysage qui est omniprésente dans la mythologie basque”.

Avec ce livre, Claude Labat propose différents éclairages car, comme il le dit lui-même, la mythologie basque est la même que partout ailleurs dans le monde, elle a les mêmes fondements que sont le monde souterrain et le monde aérien. “Seulement, elle a un parfum particulier”. “Je prends toutes les mythologies du monde pour éclairer la mythologie basque”, résumera-t-il.

Pour le passionné, qui voit dans cet ouvrage un outil de vulgarisation avant tout, un moyen de pousser les lecteurs à s’intéresser de près à la mythologie basque, cette dernière est constituée de “repères, ce sont des cairns [amoncellements de pierres généralement hauts comme un avant-bras que l’on trouve surtout en pleine nature qui balisent les chemins en montagne, ndlr] pour définir notre société. Un mythe, c’est vivant, ça change au cours du temps et nous sommes actuellement en train d’en écrire de nouveaux”, estime le chercheur. D’où la place qu’il tient à donner au mythe de la ville dans ce livre qui, il faut le dire, est bien peu souvent répertoriée comme mythe. Pourtant, “toutes les villes sont bâties sur des mythes et elles en sécrètent elles-mêmes, du type du mythe du progrès”, rappelle C. Labat.

Mythologie nouvelle génération

Une approche originale, donc, de cette mythologie, qui ne se limite pas au basajaun, lamin et autres sorgin qui peuplent les montagnes et dont la signification s’est bien souvent trouvée amoindrie au fur et à mesure des années et de l’urbanisation. L’idée est d’interroger bien plus avant ces mythes. Le basajaun, ou sauvage, qui est-il réellement ? Ce sauvage cruel et violent des montagnes ou bien celui qui a refusé d’être “humain” lorsqu’il a vu ce que devenait l’humanité ? Les lamin, souvent représentés comme des lutins, ont vu leur image “déformée ces derniers temps, alors qu’elles sont peut-être les nymphes de la mythologie”.

Et ce qui tient le plus à cœur à l’auteur, c’est bien sûr que la jeune génération s’empare de ces mythes constitutifs, qu’ils les considèrent comme particuliers en Pays Basque car “la plus grande différence avec les autres mythologies dans le monde, c’est qu’ ici il y a une cohérence entre la mythologie et le mode de vie. Ce que reflète par exemple le carnaval”. Et cette récupération du mythe, Claude Labat la voit aller bien plus loin que le simple domaine du “folklorisme”. “Il serait très intéressant que l’art abstrait s’empare de tout cela, comme a pu le faire Nestor Basterretxea”. La sculpture donc, mais aussi pourquoi pas la danse ou le cinéma ? C’est à ce travail de fond sur la mythologie que certains chorégraphes ou cinéastes s’attellent déjà, une preuve de plus pour Claude Labat que “la culture est vivante” malgré tout ce que l’on peut en dire ou entendre.

En résumé, une mythologie résolument actuelle, qui peut revêtir sa tenue urbaine aussi bien que rurale, mais qui ne doit en aucun cas être reléguée au second plan. D’ailleurs, l’un des souhaits de Claude Labat serait que “l‘université relance la recherche fondamentale en Pays Basque. Il y a trop de blocages. Il faut établir des liens intellectuels forts avec Hegoalde aussi, et pas seulement des jumelages bidons”. Un libre parcours dans la mythologie basque qui se veut donc un élan de curiosité et de contemporanéité.

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