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Culture

La réalisatrice Maiana Bidegain se penche de très près sur l’art du documentaire

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06/03/2012

Carole SUHAS

La bibliothèque d’Anglet se lance dans la création audiovisuelle avec un tout nouveau cycle ; “Historéelles”, ou l’art de raconter une histoire à partir de la réalité. La réalisation documentaire y sera alors à l’honneur autour de rencontres mensuelles. Articulé en deux phases, le cycle devrait permettre au public de mieux connaître l’histoire et les outils de la création documentaire à travers des rencontres avec des réalisateurs et des techniciens spécialisés dans le genre.

Aujourd’hui, à 18h30, l’un des réalisateurs en question sera une réalisatrice, à savoir Maiana Bidegain, réalisatrice du film Secretos de Lucha (primé en 2010 au Festival Amérique latine de Biarritz) et coordinatrice de l’ensemble du projet.

Cette première phase de rencontre laissera ensuite la place à une deuxième dès le mois de mai, qui donnera l’occasion à deux groupes, de douze personnes maximum, de mettre la main à la pâte et de réaliser, avec l’assistance des étudiants du BTS audiovisuel de Cassin, des courts-métrages documentaires. Le tout devrait finir sur une grande soirée-projection le 23 novembre prochain, toujours à la bibliothèque. Pour ce faire, la réalisatrice bayonnaise proposera des études de cas tirées de ce dont elle peut le mieux parler, ses propres réalisations. A travers Secretos de Lucha et Traverses muettes, le public découvrira archives, interviews, reconstructions ou autres effets spéciaux qui peuvent parcourir ses travaux.

Mêler publics et pratiques

L’idée de Maiana Bidegain, quand elle se lance dans ce projet avec la ville d’Anglet, est de faire découvrir l’art du documentaire qui véhicule souvent fausses idées et illusions. Dès ce soir, elle s’attellera à un travail de sensibilisation à l’image, si primordial dans une société qui en est assiégée. Et ce travail, elle a décidé de le mener dans l’esprit de rencontre et d’échange puisque seront d’un côté présents les jeunes “provenant de milieux fragiles” du refuge Cestac d’Anglet et d’un autre côté les seniors de la communauté d’agglomération bayonnaise. L’objectif est de mêler ces publics, ainsi que le public plus large fréquentant la bibliothèque, en les encadrant dans la réalisation technique d’un projet.

Autrement dit, faire de la transmission le maître mot de ces journées qui se posent aussi comme des moments de réflexion, si nécessaires à l’écriture documentaire, et pourtant si rare lorsque l’instantané et la rapidité sont devenus des règles d’or.

 

«Parfois, communiquer signifie manipuler»

Entretien avec Maiana BIDEGAIN / Réalisatrice de documentaires

D’où vient cette passion de l’image ?

J’ai toujours été intéressée par les histoires. J’avais depuis toute petite une grande fascination pour les contes et les mythes puis, pendant l’adolescence, j’ai eu une grande attirance pour l’image.


Donc le documentaire, une conséquence logique ?

J’ai découvert le monde du documentaire par hasard, au travers de mon cursus universitaire : lettres puis communication. J’ai pris ces voies-là parce qu’elles m’évitaient de devoir choisir une seule discipline à l’université. Je voulais appréhender le monde sous divers aspects. Mais, le monde de la communication tel qu’il était enseigné à l’école de communication m’a beaucoup déçue parce que pour moi, la manière dont c’était abordé, c’était communiquer = manipuler l’information pour faire que les personnes réagissent de la manière que l’on souhaite. Ça a été une grande déception de comprendre ça.


A priori, pas de formation audiovisuelle, alors…

C’est totalement par hasard que je suis revenue au monde du cinéma et de l’audiovisuel. En fait, je voulais partir à l’étranger pendant un an et apprendre la langue anglaise. Je suis tombée sur une annonce d’une université australienne, j’y suis allée et ils y présentaient une formation de production audiovisuelle qui m’intéressait. Pourquoi pas essayer de faire le pont et passer de l’autre côté ? En arrivant là-bas, il s’est trouvé que c’était vraiment de l’écriture. Il y avait tout l’aspect technique d’un côté, mais aussi toute la création de l’histoire et les images d’un autre. Toutes les choses qui me plaisaient, mais je n’y avais jamais pensé avant de partir en Australie.


C’est en arrivant là-bas que vos envies de réalisation sont nées ?

En arrivant là-bas, j’ai eu quelques cours avec des profs très enthousiastes dans le documentaire. Le projet que j’ai commencé à développer à l’époque, c’était Secretos de Lucha, l’histoire de ma famille à l’époque où elle a lutté contre la dictature en Uruguay. Ça devait seulement être un exercice, et finalement une de mes profs m’a tellement poussée pour que je raconte cette histoire en vrai que c’est ce que j’ai fait quelques années plus tard.


Comment concevez-vous le documentaire ? Qu’est-ce qui vous fait choisir ce mode de récit ?

Pour moi, le documentaire, c’est donner à voir, c’est partager notre vision du monde, c’est retranscrire le monde avec notre point de vue. La différence pour moi entre un reportage et un documentaire, c’est que le reportage raconte, il prétend à une certaine objectivité. Le documentaire, lui, il affirme sa position. JE vous montre quelque chose. Il faut assumer, même quand on fait un reportage. L’objectivité n’est pas là, parce qu’il y a toujours un montage derrière, des coupures, un choix des mots. Et là, dans le reportage, ce n’est pas assumé, on prétend vous montrer la vérité. Un réalisateur de documentaires honnête assume qu’il a un impact dans ce dont il va témoigner. C’est quelque chose que j’essaie de faire. Certaines personnes ont peut-être l’impression que faire un documentaire, c’est aller dans un endroit, filmer les gens, poser quelques questions, éventuellement en attendant que la réalité se dévoile d’elle-même. Je ne pense pas que soit vrai. La réalité, elle se dévoile quand on la cherche.


Comment définiriez-vous l’écriture documentaire ?

L’écriture documentaire, c’est d’abord toute la recherche préalable sur un sujet pour bien en parler. Si la situation est telle qu’elle est dans un lieu, c’est que des choses sont arrivées avant. Il faut arriver avec tout ce bagage préalable. L’écriture, elle se passe au niveau de la recherche documentaire, archives, interviews préalables. Même dans mon cas, même si c’est l’histoire de ma famille, je ne pouvais pas débarquer un jour en disant “Allez hop, on va parler”. Il y a une écriture. C’est savoir pour quelle personne, quelle question, comment amener des sujets délicats, où va-t-on faire l’interview, comment va-t-on la filmer. Il faut construire une relation de confiance et ça, ça fait partie de l’écriture documentaire, pour moi. Surtout quand il s’agit de personne qu’on ne connaît pas, c’est quelqu’un de vivant en face de soi, il faut avoir une attitude responsable vis-à-vis de ce qu’on émet. Le documentaire, après, il va être vu, et les personnes qui sont dedans vont être affectées.

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