L'opinion - Tribune Libre
Bobo Land et Papi Boom
29/02/2012
Txomin FUCHS / Larzabale
Voici venu le temps des bons légumes bio et des fruits de saison, des Amap, du soleil écolo, des économies d’énergie et du beurre allégé. Haro sur le cholestérol et le sucre, adieu arroltze ta xingar, adieu chichons et pâtés, adieu les yeux dans le bouillon, le pain perdu et les bonbons multicolores !
Bon. C’est vrai. Moralement et médicalement, ça se défend. Le café équitable n’est pas mauvais, bien qu’un tantinet trop cher. Et de toute façon, tuer son propre cochon devient très difficile. L’acheter tout cuisiné à Gamarte ou aux Aldudes, même fermier, c’est au moins réservé aux retraités de l’Education nationale ou aux touristes anglais ! Autant s’en passer. Le problème, c’est que l’alcool et le pinard sont aussi inabordables : être bourré, c’est dangereux, puni et très mal vu, sans compter que là aussi, l’irouléguy est presque aussi cher que le saint-émilion. On peut se rabattre sur le cidre, quand il est bon et une année sur deux. “Docteur, une petite goutte de poire de chez Brana le dimanche après le café ? Un dimanche sur deux seulement ?” C’est vrai qu’à 70 euros la bouteille, même si la poire entière est dedans, ça nous aide à espacer la consommation…
Seigneur, que reste-t-il pour nous enivrer dans ce bas monde si policé ? On ne peut pas dire qu’avec Sarko, François, Marine et compagnie, souffle le vent de la folie des sèves printanières ! Limiter les dégâts de la crise, obliger les chômeurs à bosser, enfermer les délinquants mineurs, juguler les dépenses de santé et de formation, flinguer les services publics, étouffer les revendications politiques et en priorité les mouvements basques… Quels programmes ! Si j’étais un saumon, j’irais me noyer dans la Nive.
Heureusement, il reste la résistance. Au jour le jour, et pas seulement pour de la confiture bio. Expliquer avec gentillesse à Monsieur Maitia que notre identité n’est pas à vendre au gré des élections nationales françaises. Et que nous n’avons pas oublié les trahisons du passé. Si Monsieur Inchauspé est bien mort – que le Diable ou le bon Dieu protègent son âme –, ce n’est pas pour le remplacer par un notabliau socialeux et françois. Amen.
Prisonnier(e)s du monde et prisonnier(e)s de chez nous, le printemps est presque là. Je n’imagine pas que votre menu de cantine carcérale se préoccupe de l’équilibre ni de la provenance des aliments de base que l’on vous sert pour survivre. Faisons avec vous le vœu que les juges honteux vous libéreront avant que les foins ne soient coupés. Et nous ferons alors la fête dans nos villages sans nous priver de vin de talo ta xingar, ni de rien : la liberté ne se mettra pas au régime ! Euskaldunak etxerat !







