RSS
Index > Edition papier > Pays Basque

Pays Basque

Dix mille cas de torture depuis 50 ans

p004_01_35407.jpg

14/02/2012

G.C

Le 13 février 1981, après avoir été torturé pendant neuf jours dans un commissariat espagnol et finalement transféré dans un hôpital madrilène, le militant d’ETA Joxe Arregi mourrait des suites des mauvais traitements reçus. C’est la première fois qu’un rapport médico-légal indiquait que la cause de la mort était liée aux mauvais traitements reçus dans un commissariat.

Depuis lors, de nombreuses manifestations sont organisées à cette date en Pays Basque contre “la torture” et l’“impunité” des tortionnaires. Dimanche, avait lieu un hommage à Joxe Arregi dans son village de Zizurkil (Gipuzkoa). En Pays Basque Nord, un rassemblement avait lieu hier soir à Saint-Pée-sur-Nivelle à l’appel du mouvement de jeunes Segi. D’autre part, la Fondation Euskal Memoria a annoncé être en train est en train d’élaborer un rapport exhaustif sur la torture en Pays Basque.

Dans son édition de dimanche, le quotidien Gara a consacré un long article sur ce travail de recensement de l’ensemble des cas de tortures par Euskal Memoria. Un travail difficile, d’une part parce que dans les années 1960 et 1970, il était impossible de porter plainte, et d’autre part car beaucoup de victimes ne l’ont pas fait, que ce soit pour ne pas rouvrir de blessures, pour ne pas heurter leur entourage ou par crainte de ne pas être pris au sérieux.

Euskal Memoria estime à près de 10 000 les cas de tortures en Pays Basque pour les cinq dernières décennies. Ce chiffre se base sur le nombre de détentions pour raisons politiques (liées au conflit basque) qui seraient d’environ 35 000, auquel a été appliqué le pourcentage des cas avérés de mauvais traitements. Des corrections ont également été apportées en tenant compte de l’évolution de l’attitude des forces de police selon les diverses périodes politiques.

Sur ce dernier point, le témoignage d’un médecin légiste, Paco Etxeberria, recueilli par la Fondation et également publié par Gara, est édifiant. Il indique ainsi que lorsqu’il a commencé à exercer dans les années 1980, “100 % des détenus étaient maltraités”, qu’ils soient liés au conflit basque ou détenus de droit commun. Le médecin porte d’ailleurs de graves accusations contre ses collègues de l’Audience nationale (la plus haute juridiction pénale espagnole) estimant qu’ils ont “couvert et couvrent encore” les cas de mauvais traitements.

C’est ainsi que, selon Arantxa Erasun citée par Gara, “seuls 2 500 cas sont recensés” actuellement et la Fondation cherche donc à répertorier tous les cas qui auraient pu être tus. Pour cela, Euskal Memoria réalise un travail de fourmis, village par village et quartier par quartier pour recenser les témoignages.

Témoignages sur les mauvais traitements eux-mêmes mais aussi sur leurs conséquences. En effet, de nombreuses personnes souffrent de séquelles des années après, voire “à vie”, selon les responsables d’Euskal Memoria. Ils affirment voir émerger des exemples de ces séquelles comme “des problèmes psychologiques, des cas d’alcoolisme, des morts…”.

 

Amaiur apostrophe le président du TS

Le député d’Amaiur a interpellé hier le président du Tribunal suprême (TS) et du Conseil général du pouvoir judiciaire espagnol, Carlos Dívar, pour lui demander s’il avait l’intention de faire appliquer les recommandations du rapporteur de l’Onu sur la torture. Celui-ci a en effet à plusieurs reprises demandé à l’Etat espagnol de mettre en place des mesures comme la suppression de la détention au secret afin d’éradiquer les mauvais traitements dans les commissariats espagnols. Pour le député, “de nombreuses actions” des forces de police “restent impunies”.

inprimatu