Culture
«On essaie de concilier plusieurs branches du hip-hop. Ne parler que de rap est une erreur.»

11/02/2012
Entretien avec Jon Eyherabide / Membre du groupe MAK
Le groupe MAK a été l’un des pionniers de la scène rap en Pays Basque. C’est tout naturellement qu’ils figurent sur la compilation Rap Herria initiée par la radio Info7. Une compilation qui offre un aperçu de la création actuelle. Jon Eyherabide, membre fondateur et chanteur du groupe, revient sur l’aventure du groupe depuis ses débuts jusqu’à la compilation d’Info7.
Vous avez été avec MAK l’un des premiers groupes de rap sur la scène musicale en Pays Basque. Peux-tu revenir sur les débuts de l’aventure ? Comment avez-vous été perçus dans les premiers temps ?
Il n’y avait pas grand-chose de fait à l’époque. Selektah Kolektiboa avait déjà sorti un CD. On était étudiant à Bordeaux, on a commencé à écrire quelques textes, à faire des petites maquettes. A force de batailler, on a voulu présenter nos maquettes à une maison de disques. On suivait à l’époque tout le mouvement Esan Ozenki, l’alternative aux majors musicales. Ils avaient trouvé que c’était dans l’air du temps, c’est comme ça qu’on a enregistré notre premier CD.
Vous êtes parfois assimilé à un groupe de rap, parfois à un groupe de hip-hop. Où est la nuance et comment vous définissez-vous ?
On va plutôt s’identifier au mouvement hip-hop dans son ensemble. Sachant que le hip-hop est l’ensemble du rap, du DJ-ing, du graff, de la danse. Le rap fait partie d’un des axes de ce mouvement-là. Nous, on essaie plutôt de concilier diverses branches. Dès qu’on peut mettre en avant les potes qui font de la danse, du graff, on a un DJ dans le groupe… S’il faut revendiquer : “We represent for hip-hop and not the rap !” Ça, c’est un vieux sample de musique qui traîne par-ci par-là dans nos musiques.
Finalement, ne parler que de rap est faire une erreur. Une erreur historique et une erreur de sens. Le sens qui était donné était celui d’essayer d’utiliser une énergie. A l’origine, il faut se replacer aux Etats-Unis, dans les quartiers populaires, les inégalités sociales entraînant un mécontentement certain, il fallait essayer de canaliser un peu les énergies de ces jeunes des ghettos plutôt “vénères”. Pour ne pas tout brûler sur place, certains ont essayé de transférer cette énergie en un élan plus positif, d’en faire une énergie créatrice. On leur a proposé divers ateliers. Les premiers danseurs se sont fait accompagner des premiers DJ’s.
Vous avez commencé par le rock. Comment avez-vous ensuite évolué vers le rap ?
Rock dans un sens très général. On va plutôt parler de punk, de hardcore, de musique de gens qui ne savent pas trop faire de musique, en fait !
La transition s’est faite toute seule. Sur le fond, sur le message, c’est juste une suite tout à fait logique. Sur la forme, on avait le groupe AKA 47. Dans notre musique, il y avait deux tendances. La première allait plus vers le noise, l’indus. L’autre, dont je faisais partie, tendait plutôt vers la fusion. Les deux se sont conciliées un temps, mais au bout d’un moment, certains ont continué dans un sens et nous, dans un autre.
Qui écrit les textes ? C’est le fruit d’un travail commun ? Sont-ils pour vous un moyen de véhiculer des idées ?
Au début du groupe MAK, on était quatre chanteurs et un DJ. Là, chacun s’occupait de ses textes. C’était l’époque du premier CD Suari darion kea. On était un peu vert, dans le sens pas mûr, et pas prêts à affronter l’industrie musicale, même dans ce qu’elle représente d’alternatif. C’était un peu la piscine à requins, et nous, des petits gardons. On n’a rien contrôlé de ce qu’il s’est passé, en quelques mois, les tensions se sont amplifiées, le groupe a mal vécu ce moment-là et on s’est séparé. Même si cette période a été bénéfique sur de nombreux points. En terme de propagande, ce genre d’outil est extraordinairement efficace.
On s’est donc retrouvé le DJ et moi, présents depuis le départ du projet. Avec une énorme frustration à voir l’aventure se terminer déjà. On avait encore plein de choses à raconter, on commençait à peine. On s’est réapproprié le projet, on l’a fait évoluer, et on a décidé de continuer avec le même nom. Un second CD est sorti par la suite en autoproduction.
Pour en revenir aux textes, c’est moi qui les écris. Ce sont des grands débats passionnés autour de verres, pour essayer de se mettre d’accord sur les idées, les thèmes à aborder, la manière de voir le monde. C’est plus de la discussion de potes, au départ. A partir de tout ce pot-pourri d’idées et d’échanges, quand j’ai un peu de temps et d’inspiration, je me colle avec la feuille, le dictionnaire, le dictionnaire de rimes. Je refais le travail que le berstsulari fait en deux secondes. Sauf que moi ça me prend 15 jours.
Vous venez de collaborer avec Info7 pour la compil Rap Herria. Comment cela s’est-il passé ?
Au départ, c’est nous qui avons proposé le projet à Info7, il y a plus d’un an. A la suite des concerts que l’on pouvait faire, on s’est rendu compte qu’il y avait du monde qui émergeait sur cette scène. Aritz Sound System, membre de Selektah Kolektiboa, avait déjà monté plein d’ateliers, beaucoup de soirées et d’après-midi ; il a tenu le flambeau. Au fur et à mesure, on voyait d’autres groupes sortir, rapper en euskara. C’était le moment de fédérer ça. On avait notre petite expérience d’autoproduction, on avait également participé à d’autres collectifs avant. On cherchait quelqu’un qui sache faire ça et qui veuille le prendre à son compte. On voulait surtout que ce projet, altruiste au départ, tombe dans les mains d’une maison de disques, même qui se dise alternative. J’ai donc proposé le projet à Info7, qui a fini par se concrétiser. Un grand merci donc à Info7, et à tous les groupes qui participent au projet !
Une petite erreur s’est malencontreusement glissée dans la compil : la dernière chanson a été copiée au ralenti. C’est une chanson assez représentative du collectif des groupes de rap en euskara, puisqu’on est cinq ou six à apparaître dessus. Que les fouilleurs d’Internet fouillent, ils trouveront la version sur le Net, qui s’appelle Intsumisioa.
Pour terminer, l’actualité de MAK, c’est quoi ?
Le travail de fond. On est en train de faire des textes, d’enregistrer des morceaux, de préparer le troisième album de MAK. On est à peu près à cinq-six morceaux de faits. On est en chantier.
Cécile VIGNAU







