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L'opinion - Tribune Libre

Lettre au maire d’Anglet pour demander la fermeture du centre d’hébergement d’urgence Manuite

10/02/2012

Un Indigné, mais pas résigné, artiste vivant

Monsieur le maire,

Aujourd’hui, cela va faire bientôt six mois que je cherche un logement. La spéculation immobilière et la demande d’un garant obligatoire m’empêchent de trouver un logement dans le privé. Ma demande de logement HLM va enfin être examinée. Je n’ai aucune garantie d’être logé, alors que je travaille pour l’Education nationale, en contrat aidé, dans une école. C’est la deuxième fois que je me retrouve SDF…

Le saviez-vous ?!

Je suis amené à faire le 115 (numéro d’urgence pour manger et avoir un toit). Je découvre La Table du soir, un endroit entouré de grillage, le long d’une voie ferrée, éclairée d’un seul lampadaire, avec des bureaux dans des préfabriqués… On saisit toute la volonté politique de faire le minimum pour les accidentés de la vie. Le hangar en taule n’est même pas fermé. Je n’ai pas très faim, question d’ambiance, mais il fait froid, je mangerai un peu.

Puis, on me donne un ticket de bus pour me rendre dans un centre d’hébergement à Anglet. Je découvre avec stupeur que l’on parque les pauvres derrière les abattoirs ! Je tombe dans une chambre de deux, côté abattoirs.

Je suis encore plus surpris d’entendre le cri des animaux que l’on tue, quand bien même les fenêtres sont closes… Ma colère atteint son paroxysme à cet instant-là, ne trouvant bien évidemment pas le sommeil.

Je descends voir l’éducateur bénévole, je souhaite partir, et dormir dans ma voiture. Mais le froid de ce soir-là est aussi extrême que mon indignation et m’empêche de fuir… En sortant du bâtiment, le lendemain matin, une odeur putride de mort flotte devant le bâtiment et je ne comprends pas que mes camarades de galère puissent rester à fumer leur clope dans cette atmosphère viciée. Je fuis l’endroit pour retrouver ma voiture.

C’est dans ce genre d’endroit que l’homme perd sa dignité, Monsieur le maire.

Lorsque je vais au CCAS de Bayonne (où j’ai eu du mal à être domicilié). Je rencontre deux jeunes travailleurs sociaux à qui je raconte mon innommable nuit. Je me rends compte qu’ils n’ont jamais été voir les centres d’hébergement d’urgence vers lesquels ils orientent les Rmistes. Le tissu social est déchiré, déchiqueté.

Ce courrier n’est pas une demande personnelle, car j’ai encore la chance d’être hébergé, de temps à autre, par des amis artistes. Ce courrier se veut être l’expression de ma colère encore pacifiée par l’écriture ; mais à travers ma colère, la colère de “citoyens” que l’on réussit encore à maintenir sous contrôle. Mais la réalité est que les Français s’aperçoivent de plus en plus qu’ils ne sont plus citoyens, mais esclaves d’un système devenu inhumain, depuis trop longtemps. Un système gangrené par l’individualisme, la compétition à outrance et le dieu Argent, alimenté par la publicité agressive, à tous les étages. Les vendeurs d’adresses et les marchands de sommeil continuent à faire leur profit sur la misère des gens, sans être inquiétés. Les magasins Lidl et Leader Price ont un budget publicitaire énorme et exhibent sur des panneaux géants des morceaux de viande avec un prix à côté, enlaidissant et avilissant notre quotidien.

J’ai récemment fait un stage d’écriture et l’exercice sur les sigles à réinventer me laissait avec celui-ci : SDF = souvent décédé de froid… Je ne pensais pas qu’il put être vérifié à Bayonne…

Les Indignés de Bayonne, dont je me suis rapproché, m’apprennent ce jour que deux sans-abri ont trouvé la mort dans la rue !

Les pouvoirs publics d’une vraie démocratie ne sont-ils pas les garants de l’égalité des chances et d’une justice égale pour tous ? Liberté, égalité, fraternité ne sont-ils pas encore écrits sur les murs du bâtiment qui vous protège du froid lorsque vous travaillez pour le bien commun, l’intérêt général ?

Monsieur le maire, je ne fais qu’une demande : fermez le centre d’hébergement qui se situe derrière les abattoirs d’Anglet et trouvez-en un autre plus humain.

Veuillez agréer, Monsieur le maire, l’expression de mes salutations distinguées d’Indigné.

inprimatu