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Culture

«Partir de la femme est une invitation à revoir tous les stéréotypes ancrés dans notre quotidien»

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09/02/2012

Entretien avec Arantxa Lannes / Chorégraphe de “Buruz-behera”, création pour le festival Hartzaro

A l’occasion du festival Hartzaro à Ustaritz, la jeune artiste Arantxa Lannes a imaginé et créé la chorégraphie Buruz-behera (“La tête à l’envers”) pour les filles d’Izartxo. Une création par et pour les femmes, qui revisite les codes féminins. Avec une formation en arts plastiques et une envie d’imbriquer les différentes disciplines entre elles, Arantxa Lannes a également dessiné les costumes pour la pièce.

Buruz-behera est présentée le vendredi 17 février à Latsa, le samedi 18 février à Kiroleta.


Peux-tu nous parler de la chorégraphie réalisée pour les filles d’Izartxo, de la thématique choisie ?

J’ai repris l’idée que le carnaval est une période où l’on renverse un peu les codes établis, tout le monde est masqué, il y a un côté festif. Jusqu’à aujourd’hui, dans le cadre du festival Hartzaro et du carnaval, on a fait pas mal de créations avec le groupe de danse d’Ustaritz, qui visitaient différents points de vue de la nature et des personnages mythologiques. Cette année, on a eu envie de revisiter ce rôle qu’on a pu avoir, d’une façon plus actuelle. C’est-à-dire sortir un peu des personnages fantastiques, se rapprocher plus de la réalité et faire des liens avec l’actualité. Du coup, on a choisi le thème des codes féminins : est-ce qu’on est encore aujourd’hui en quête de ce que veut dire “être une femme” ? Quelle liberté on s’autorise face aux codes féminins renvoyés par la société, la culture, les médias… Cette pièce revisite ces codes à travers l’évolution de l’état de petite fille à celui de femme. Le but étant d’en sortir pour s’affirmer en tant que soi, en tout cas, en tant qu’être humain et pas en tant que femelle procréatrice ou deuxième sexe. Je précise que le but n’est pas de créer un conflit entre hommes et femmes, il est déjà dépassé, mais plutôt de sortir de ces clichés et de s’affirmer en tant que soi.


Izartxo est un groupe mixte : c’était une volonté de ne pas intégrer les hommes dans la pièce ?

La création vient d’une demande des filles. Les garçons avaient une autre actualité, et elles me l’ont demandé. Le thème de la femme n’est, du coup, pas intervenu par hasard.


A partir d’un thème universel, tu as intégré le patrimoine et la tradition.

Exactement. On a joué sur la gestuelle, sur différents styles de danse. Sans pour autant faire traditionnel, après contemporain, après jazz… On a plutôt tout mélangé, tenté de visiter plusieurs styles. On part de la femme, mais c’est d’une manière plus générale une invitation à revoir tous les stéréotypes ancrés dans notre vie quotidienne. Pour aller un peu plus loin. Le but était de voir d’autres styles que la danse basque, parce que c’est exactement l’univers que connaissent les danseuses, et elles voulaient en sortir pour aller vers la découverte. En même temps, le but de la pièce est de la transmettre aux jeunes qui vont arriver plus tard, et de la reproduire dans d’autres cadres, même si elle a été créée dans le contexte du carnaval.


Justement, penses-tu que cet environnement culturel fort influe sur ton identité artistique, la façonne ? Cette tradition est-elle intégrée à toutes tes créations ?

Complètement, bien sûr. On choisit des sujets qui nous touchent, par rapport à une période dans laquelle on est. Je débute à peine dans le métier, du coup, mes influences sont forcément mes origines, et en même temps, j’essaie d’aller voir ailleurs pour pouvoir me construire. Ça va être des sujets d’actualité, je vais essayer de me les approprier, chercher ce qu’il y a d’universel dans tel ou tel sujet ; jongler entre le personnel et l’universel.


Comment se passe le processus de création d’une chorégraphie ?

Il n’y a pas de formule précise, chacun fonctionne à sa manière. Je fais des recherches sur un sujet choisi. C’est beaucoup de documentation par Internet, des livres, par les médias. Ensuite, on essaie de trouver un fil rouge. C’est d’ailleurs possible de partir sur un sujet et au fur et, à mesure des recherches, de bifurquer complètement sur un autre. Ensuite, c’est un bouillonnement permanent, presque obsessionnel, parce qu’on a plein d’idées, c’est un peu brouillon. On finit par écrire une trame, pas forcément une histoire narrative, mais un fil rouge, une idée. Voilà pour la partie théorique. En pratique, j’ai des images en tête et j’en fais des essais avec les danseurs. Des essais qui fonctionnent ou pas. Il y a un dialogue avec les danseurs, des propositions sortent. Finalement, ça se fait toujours au fur et à mesure. La création finale en elle-même est rarement celle imaginée à l’origine.


Pour cette création, Buruz-behera, y a-t-il eu dialogue avec Rémy Gachis, qui a composé la musique pour les Gaita Luze ? Ou les deux compositions sont-elles indépendantes ?

On a vraiment travaillé ensemble dans le sens où j’avais quand même des idées précises par rapport à la musique, sur des ambiances. Je lui ai proposé des points de départ par rapport à la trame que j’avais écrite. Par contre, ensuite, je l’ai laissé complètement libre sur tout le côté mélodique. Après plusieurs rencontres, on a créé chacun de notre côté, tout en restant en contact.


Comment es-tu passée de danseuse à chorégraphe ? Comment on saute le pas ?

En fait, je ne me considère pas du tout comme chorégraphe, c’est quand même un mot assez puissant. J’ai d’abord démarré avec les arts plastiques. Le fait de créer est un besoin, ça ne s’apprend pas vraiment. Je suis en formation de danse, mon but est de faire le lien avec mon parcours artistique. Le passage danse-chorégraphie se fait naturellement. Il y a cette envie de créer, ou en tout cas de proposer des choses à un public, de faire passer des émotions. Après, si on m’avait proposé de créer une chorégraphie pour un groupe il y a un an, je me serais sans doute sentie incapable de le faire. C’est une accumulation de petites expériences qui font qu’on acquiert plus de confiance pour se lancer. On n’est jamais vraiment prêt, finalement, il faut le faire pour gagner en confiance.


Quels sont tes projets, en danse comme en arts plastiques ?

Mon projet global est justement de faire cette synthèse entre les arts plastiques et la danse, en tant que danseuse ou chorégraphe. Là, je suis en processus de création avec deux autres danseurs. Avant de créer mes propres projets, j’aimerais gagner en expérience, en tant que danseuse en compagnie. Du coup, je vais passer des auditions. Pour les projets plus lointains, une fois que j’aurai acquis plus d’expérience, je pense qu’il y a beaucoup de choses à faire au niveau de la danse en Pays Basque, notamment à trouver des liens avec Hegoalde. J’aimerais y participer à ma modeste place.


Cécile VIGNAU

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