RSS
Index > Edition papier > Culture

Culture

«La musique, quand elle est populaire, a toujours eu un fond politique et social»

p011_01toast_1.jpg

04/02/2012

Entretien avec Dr Jaka / Membre du groupe de rap Toastibarre

La scène rap basque a sa compilation. Projet initié par la radio Info7, RapHerria recense une quinzaine de groupes du Pays Basque et donne un aperçu de la création actuelle. Toastibarre, groupe gravitant en Oztibarre, fait partie de ceux-là. Dr Jaka raconte.


Un bref retour sur l’histoire de Toastibarre depuis sa création ?

Il n’y a pas d’historique très précis, ça fait quelques années qu’on tourne autour du rap et on a voulu un jour concrétiser cette idée-là. C’est venu petit à petit. Pour l’instant, on n’a pas fait de concert, on a fait une seule prestation publique, mais le premier concert du groupe n’a toujours pas eu lieu.


Votre rôle dans le groupe ?

Moi, je chante et je fais aussi des textes. La musique, elle, est téléchargée et téléchargeable sur Internet, tous les instruments sont tirés d’Internet, en diffusion libre. Dans Toastibarre, il y a un jeu de mot parce qu’on est d’Oztibarre d’abord, mais il y a aussi le toaster ou la toasteuse, c’est la personne qui pose sa voix sur la musique des autres.


Toastibarre fait partie des groupes de la compilation de la radio Info7, RapHerria. Comment s’est passée la collaboration ?

Quelqu’un d’Info7 nous a parlé de l’idée et ça nous a plu. L’envie de participer est venue tout naturellement. L’idée est bonne, même si je n’aime pas trop mettre les musiques dans des cases. Ça m’aurait davantage plu d’avoir une compil qui représente la scène d’Euskal Herria, la scène jeune avec toutes les tendances musicales. Je ne pense pas qu’il faut mettre le rap d’un côté et le ska d’un autre. Je pense que tout doit aller dans le même sens pour qu’on soit dans une même dynamique.


Est-ce que vous pourriez définir la musique rap ?

Pour moi, rap, c’est Rock Against Police, le rock hait la police. Ce qui me plaît dans cette musique, c’est qu’elle est plutôt minimaliste, il ne faut pas grand-chose pour faire quelque chose. Comme je vous dis, on prend deux, trois musiques sur Internet et on peut faire des choses. C’est accessible à tout le monde et en plus, on peut jouer dans n’importe quel lieu avec un simple groupe électrogène. C’est vrai aussi que dans le son et la manière de chanter, il y a quelque chose de clair qui ne tourne pas autour du pot. Je pense que quand on est jeune, c’est intéressant de ne pas chercher à écrire un chef-d’œuvre, mais plutôt ce qui nous passe par la tête, tout en sachant que c’est réfléchi. On écrit ce qu’on pense tous les jours.


Alors rap, poésie improvisée… Les liens avec le bertsularisme sont-ils vite faits ?

J’avais pris des cours de bertsu pour apprendre à écrire et pour enrichir mon vocabulaire basque et ça m’a énormément aidé à écrire des textes, à essayer de retransmettre dans un texte ce qui me passait par la tête, à faire des jeux de mots, etc. Après, tout ce qui est bat bateko et improvisation, je trouve très très difficile de rapper en improvisation, surtout quand on a un sujet imposé. Il y en a qui y arrive.

Après, je pense qu’en Euskal Herria, on a un potentiel pour développer cette pratique, même si moi, j’en suis incapable. De plus en plus, ça va s’implanter et nous, les Basques, allons trouver dans le rap une manière personnelle de faire cette musique. Le rap n’est pas le même aux Etats-Unis qu’en Slovénie. En Pays Basque aussi on va le faire, on l’a déjà fait pour plein de genres musicaux, pas le zouk, peut-être, mais pour le rock qu’on s’est réapproprié avec une touche d’Euskal Herria. Dans le rap, je pense que les bertsulari peuvent apporter des choses intéressantes. Il y a déjà des rencontres rap-bertso qui se font.


Tu parles du rock basque, est-ce que le rap peut être une continuité dans la façon de véhiculer des idées ou des messages, une sorte de force musicale similaire ?

Déjà, je ne commencerais pas avec le rock radical basque. Il y a eu toute la période kantaldi. La musique, quand elle est populaire, a toujours eu un fond politique très ancré dans la réalité d’une époque. Après, il y a eu des scènes qui se sont développées plus que d’autres, notamment le kantaldi et le punk. N’en déplaise aux métalleux. Au début du métal, oui, il y a eu une scène qui correspondait à la jeunesse, aux revendications ; aujourd’hui, je ne pense pas du tout que le métal représente la jeunesse dans ce qu’il raconte. Je suis très critique, mais pas pessimiste pour autant.

Ces dernières années, on a perdu énormément de militance dans la musique. Je ne me reconnais pas dans les textes des groupes connus. Il y a beaucoup de groupes intéressants qui font de la super-musique, des supers textes et des supers concerts, mais qui ne tournent pas beaucoup. Je pense que le rap peut tenter de hausser la voix et dire que la musique ce n’est pas juste des concerts pour un public qui s’en fout. En Euskal Herria, on a toujours eu une approche spéciale de la musique, elle a toujours été reliée à une contestation et à des revendications, c’est l’une des principales forces de la musique contemporaine basque.


Et donc, pour vous, comment se passe le processus d’écriture ?

Quand je parle, on a peut-être l’impression que nos chansons sont très politiques, mais on n’est pas des donneurs de leçon, ni des intellectuels qui passent des heures à écrire des textes. Il y a un sujet et la manière dont on peut le développer de façon originale. Ce qui me gonfle, c’est les chansons avec des slogans tous faits qui ne font rien évoluer. Je ne dis pas que tout ce qu’on fait est évolué, le titre Polizia porkeria, par exemple, c’est assez basique, mais ça vient du cœur !


Avez-vous l’impression que la scène rap est sur la pente ascendante en Pays Basque ?

La scène rap en euskara, oui. Il y a plein de groupes qui sont dans la compil qui ont fait des années de scène et plusieurs disques. Maintenant, certains de ses groupes-là ont fait le choix dans leur “carrière” de passer à l’euskara pour les textes et ça, c’est assez nouveau. La nouveauté de cette compil et de cette scène, c’est qu’elle chante en basque. Ceci dit, le rap est implanté depuis longtemps en Euskal Herria, même s’il a du mal.


Et l’euskara ? Choix naturel ?

Rapper en euskara, c’est un choix, oui et non. Non, parce que c’est totalement naturel, c’est notre langue. Oui, parce qu’il faut qu’on se force à salir cette langue, à lui donner un côté moins académique et scolaire. Je pense que nous, les jeunes, on doit se réapproprier cette langue. Ça vient d’une analyse personnelle, mais quand j’étais à l’ikastola, dans la cour, on parlait en français parce qu’on ne connaît presque pas de gros mots en euskara, si ce n’est ceux de nos parents. Ça manque un peu de pétillant. Je trouve que l’euskara a aussi son style dans le rap.


Comment voyez-vous Toastibarre dans le futur ?

L’objectif de Toastibarre, c’est quand même d’être un super-groupe, on a l’envie de gagner beaucoup d’argent, des disques d’or aussi, l’Eurovision et puis après, tout ce qui est chanson pour le Téléthon. On veut garder les pieds sur terre alors on a pensé aux Enfoirés. On a quand même des ambitions, on veut sortir d’Euskal Herria et on compte bien un jour atteindre les sommets. On a écrit une charte et on compte bien aller jusqu’au bout de celle-ci.


Carole SUHAS

 
inprimatu