Culture
Avec la révolution Internet, de nouvelles formes artistiques voient peu à peu le jour

27/01/2012
Carole SUHAS
Au Fipa, il n’y a pas que des projections, des cinéastes et des cocktails. Si on y parle esentiellement de télévision, de grille de programmes ou d’opportunités, il y a aussi des temps consacrés aux débats. Hier matin, dans la droite ligne de la nouvelle catégorie en compétition officielle cette année, la web-création, différents interlocuteurs s’interrogeaient sur les nouvelles écritures engendrées par l’émergence de nouveaux médias.
A l’heure où l’on parle de projet interactif, participatif, visible sur Internet uniquement, les schémas de création, de production et de diffusion s’en voient chamboulés, tandis qu’un nouveau public fait son apparition. Nouveau public qui se trouve lui aussi bousculé dans ses habitudes de spectateur passif, puisqu’il devient lui-même acteur de ce qu’il regarde, grâce au progrès technologique mis à disposition de (presque) tous.
Liberté de l’interactivité
Antoine Viviani, est un des ces nouveaux créateurs qui ont exploité les ressources Internet (mais aussi celles d’Arte et du Centre national du cinéma qui ont investi 140000 euros dans le projet) pour se lancer dans l’interactivité. Interactivité qui signifie concrètement que l’on peut “jouer avec l’image”. Exemple avec son projet In Situ, construit sur une narration, pas forcément linéaire, mais à l’intérieur de laquelle le spectateur, avec sa souris d’ordinateur ou son doigt, peut effleurer la tête des personnages pour y lire leur pensées. Sans pour autant perturber le fil de l’histoire. Illustration parmi tant d’autres des nouveaux horizons de l’interactivité. La démarche de l’artiste à travers In Situ? Interroger notre rapport à l’espace urbain. “Comment regarder différemment un espace urbain aujourd’hui fatigué en Europe”, se demande-t-il. Ainsi, In Situ est la somme des petits exploits individuels de quelques individus qui incrustent l’art dans le quotidien. Danser dans un métro, transformer un centre financier en centre d’attractions. “Les personnages s’emparent de cet espace pour le délivrer. Il y a un côté totalement mégalo mais en même temps, que raconte leur démarche de notre liberté?”, poursuit le web-créateur.
Après ces considérations d’ordre artistique, le débat s’orientera vite sur les coûts de production, les droits d’auteurs et comment vendre un produit auquel tout le monde a accès gratuitement. Car c’est aussi là l’un des enjeux qui apparaissent avec ces nouveaux médias, à savoir comment réglementer et définir le produit, ses auteurs, ses consommateurs, ses créateurs? Cette question qui accapare l’esprit des interlocuteurs pourrait presque l’emporter sur l’aspect artistique de la démarche, bien cachée derrière les notions de subventionnement et de lois. C’est un fait, l’interactivité échappe, elle détonne et surtout elle jouit pour l’instant d’un espace de liberté (car pas encore réglementée) dont elle devra profiter tant qu’elle le peut encore. La web-création est encore une épine dans le pied des fous furieux de la question du droit d’auteur. Antoine Viviani le dit, s’il a choisi ce mode d’expression, c’est parce qu’il voulait “juste aller plus loin, avoir plus d’espace de liberté”. “Je n’ai pas choisi la forme avant d’envisager l’histoire, ce format m’a juste paru naturel. Il y a beaucoup de fantasmes autour de ces nouveaux médias”.
Réalité économique
Fantasmes que contrebalancent vite les intervenants, qu’ils soient représentant de l’Ina, d’Arte France ou bien de l’Office national du film du Canada en rappelant certains chiffres. In Situ a par exemple coûté 140000 euros, tandis que du côté du Canada, ce sont des centaines de milliers d’euros qui sont investis dans la web-création. Monique Simard, venu représenter l’ONF qui a fait de la web-création l’un de ses chevaux de bataille, parle, elle, de “8e art”. “Arrêtons la comparaison avec le cinéma, la télévision ou la radio. C’est autre chose. Le public a encore des difficultés à jouer avec ces œuvres, pourtant l’écran est de plus en plus disponible, il faut se demander comment se l’approprier. C’est une immense espace de création dans lequel il faut plonger à fond”. Alors la web-création, un stimuli pour la création audio-visuelle actuelle qui se laisse flotter, qui reste sur ses acquis? Un nouveau souffle qui pourrait rappeler au bon souvenir des programmateurs les termes d’“audace” et d’“originalité”? Certains en doutent, tandis que petit à petit de nouvelles réalités apparaissent au cinéma, des réalités urbaines et humaines, regards portés par une jeune génération qui a probablement envie de s’échapper des étaux codifiés de la télévision et du cinéma.
Clameurs parallèles
Programmation parallèle à celle du Fipa, Grande Plage#Clameurs a commencé hier pour se terminer dimanche.
Se définissant comme “un élargissement en contrepoint”, cette manifestation nommée Clameurs en l’honneur des clameurs des peuples, combinera comme d’habitude des concerts, des projections, une exposition et des conférences.
Pour cette sixième édition, organisée par par Artistes&Associés, association présidée par le plasticien Pascal, l’Esa des Rocailles de Biarritz et Galaxie Photos, seront accueillies plus d’une quinzaine de personnalités, artistes pour la plupart qui viendront présenter, discuter, débattre, exposer, jouer et proposer.
Seront notamment présents les membres du collectif cinématographique DodesKaden, les cinéastes Nicolas Klotz, Elisabeth Perceval, Lorin Louis (qui s’interrogeront eux aussi sur l’arrivée des nouveaux médias), le jazzman Bernard Lubat, le journaliste politique Edwy Plenel, le photographe Christian Caujolle, le philosophe et historien d’art Georges Didi-Huberman, la photographe russe exilée Mari Bastashevski, Beñat Achiary que l’on ne présente plus ici.
L’intégralité de la programmation de cet événement parallèle est disponible sur le site de l’association organisatrice : http://www.artistesetassocies.org.







