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Sujet à la une

«Je dois beaucoup mon élection au Pays Basque, et j’en suis fière»

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21/01/2012

Entretien avec Frédérique ESPAGNAC / sénatrice socialiste des Pyrénées-Atlantiques

En visite dans nos locaux hier, la sénatrice des Pyrénées-Atlantiques Frédérique Espagnac (PS) a accordé sa première interview au JPB. Compte-rendu.

Depuis votre élection le 25 septembre, vous êtes très souvent sur le terrain au Pays Basque. Pourquoi cette “hyper-présence” ?

Cela tient à l’engagement que j’avais pris pendant la campagne. J’avais dit que je serais une sénatrice de terrain et de dossiers. J’essaie d’être deux jours par semaine en Béarn, deux jours au Pays Basque. 

Vous sortez justement d’une réunion en sous-préfecture sur le conflit entre producteurs de lait et industriels. Qu’a-t-il été décidé?

Je ne peux pas vous le dire. Je préfère qu’on ait dans quelques jours une solution. Cette réunion avec le sous-préfet fait suite à une motions d’élus locaux en soutien à la CLPB (Coopérative laitière du Pays Basque, voir page 6). En tant que sénatrice, c’est une dossier sur lequel je travaille depuis maintenant quasiment un mois. Il me tient à coeur. Cette coopérative a une histoire, les producteurs et leur familles ont un engagement sur ce territoire. Plus que jamais, en cette période de crise, on a besoin de les préserver.

Que pouvez-vous faire comme sénatrice ?

Nous sommes plusieurs élus, au-delà des étiquettes politiques, à travailler, main dans la main. Avec Jean-Jacques Lasserre, nous avons vu les producteurs samedi dernier, avant Laborantza Ganbara. Je suis intervenue plusieurs fois auprès du sous-préfet, et du préfet qui arrive. J’ai aussi rencontré les industriels. Il faut remettre tout le monde autour de la table. Le but n’est pas de faire perdre la face à tel ou tel. Il y a une réalité aujourd’hui : les habitants du Pays Basque ne comprendraient pas que ce lait, produit sur leur territoire, soit jeté, pendant que d’autre serait importé. Et que les producteurs, qui sont aujourd’hui le fer de lance de l’AOC (Ossau-Iraty), soient sacrifiés.

Les Conseils généraux et régionaux, tenus par le PS, versent des subventions à l’interprofession. Ne pourraient-elle être conditionnées au réglement de la situation ?

Elle sont déjà acquises, cela n’aurait donc pas d’effet immédiat. Une démarche a été faite par un certain nombre d’élus auprès des Conseils généraux et régionaux. Je sais qu’une motion de soutien à la CLPB devait être présentée au Conseil général ce matin (vendredi) pour être votée. Christine Bessonart a fait voter la même motion à l’unanimité à la communauté de communes Sud Pays Basque. On essaie d’appuyer partout pour avoir un impact. Aujourd’hui, la CLPB est une première étape. Derrière, si jamais on n’arrivait pas à une solution, ça serait une mise en difficulté de la filière ovine. Nous devons nous battre pour préserver l’AOC Ossau-Iraty et renforcer son image. Certains personnes sont en train  de travailler à la CCI et au Conseil des élus sur la marque Pays Basque. Il y a des réticences. Moi-même je me pose beaucoup de questions. Je ne vois pas comment on pourrait continuer à travailler dessus si on n’est pas capables de préserver les producteurs locaux, a fortiori pour des produits qui sont estampillés du Pays Basque. 

Vous étiez présente à la conférence pour la paix de Donostia le 17 octobre. Le lendemain, vous vous trouviez à Madrid, au côté de François Hollande et José Luiz Zapatero. Comment percevez-vous l’avancement du processus ?

Je retiens une chose de ce qu’a dit Gerry Adams à Saint-Sébastien, à la fois très sensée et qui nous a un peu assommés sur le moment : ‘Vous en avez au minimum pour 20 ans”. Ce n’était pas très optimiste mais, au final, assez réaliste sur le temps nécessaire aux parties présentes pour à la fois poser la vérité sur ce qui s’est passé, des deux côtés, puis j’espère arriver à un moment donné sur des paroles - les mots seront très importants - je ne sais pas s’il faut dire de pardon, mais en tout cas entendre la souffrance des deux côtés. C’est très important. En ce qui concerne le lendemain, je ne voudrais pas divulguer cet entretien pour plusieurs raisons : je connais José Luiz Zapatero bien avant, depuis quinze ans, puisque je l’ai connu avec François Hollande (dont elle a été successivement attachée de presse et directrice adjointe de cabinet). D’autre part, cette rencontre était une boucle qui se bouclait : quand  Zapatero a été élu, le premier qu’il a reçu était François Hollande, le dernier aussi. Cette rencontre était le mardi. Le lendemain, le mercredi, nous avons vu Rubalcaba, qui nous a annoncé que le communiqué de l’Eta allait sans doute tomber le jeudi, ce qui s’est produit. On attendait ce communiqué après Saint-Sébastien. Cela dit, quand je suis sorti de la conférence, je me suis dit : “Mais c’est quoi la prochaine étape ?” On a fait cette grand-messe médiatique, dont le contenu était très important, sans au final en sortir avec un calendrier de travail. Je suis un peu resté sur ma faim.

 

Pour ce qui est des étapes à venir, quelle est votre position quant au rapprochement des prisonniers ?

Dans le processus tel qu’il a été envisagé, on a parlé du communiqué, certains ont parlé du fait que l’Eta devait rendre les armes et que c’est dans ce cadre après, que la problématique des prisonniers devait se poser. Il y a aujourd hui à la fois de la douleur chez les familles des victimes et de la douleur pour les familles qui ont leurs parents ou leurs enfants en prison. Le respect de la dignité veut que, le plus tôt possible, on arrive, je m’engagerai dans ce sens, à ce que les prisonniers puissent être rapprochés de leurs familles.


Ce nouveau contexte global est-il désormais favorable à l’idée d’une Collectivité territoriale Pays Basque ? Quelle est votre position personnelle là-dessus ?

La donne politique change et nous devons en tenir compte. Si certains se sont réfugiés dans le passé derrière cette situation, elle n’a plus lieu d’être. Cette réflexion doit donc être menée. J’ai dit que j’étais favorable à un Collectivité territoriale Pays Basque, que c’était au Conseil des élus de définir laquelle, et que dans ce cadre, je porterais cette décision.

Il faudra convaincre certains vos amis socialistes, qui ont vision de la décentralisation un peu différente…

Il ne vous a pas échappé pendant la campagne des sénatoriales, que même au sein de mon propre parti, nous n’avons pas tous la même vision des choses. Le choix de proposer à Jean-Michel Galant d’être mon suppléant a visiblement dérangé en interne, mais c’était un choix politique. Il faut aujourd’hui avoir une vraie réflexion sur ce que serait cette Collectivité territoriale, quelle en serait la fonction et les compétences. Il est important de construire une réflexion positive pour l’avenir du Pays Basque, qui ne sera pas perçu dans l’ensemble du territoire comme une soustraction mais une avancée pour chacun. C’est ce qui nous permettra d’obtenir une majorité et donc d’arriver à un résultat.

Frantxoa Maitia a déclaré qu’il allait essayer de favoriser une rencontre entre l’équipe de campagne de François Hollande et des abertzale, notamment autour de cette thématique de la Collectivité territoriale. Oeuvrez-vous aussi dans ce sens ?

Nous avons trois sujets de discussion avec François Hollande. Un : un engagement que j’ai pris et que lui-même a pris au cours des années, sur la reconnaissance des langues régionales. Il l’a répété dernièrement lors de ses déplacements en Bretagne, en Corse et en Outre-Mer. J’ai posé et je reposerai, avec Robert Navarro, dès que possible, un texte là-dessus. Je travaille avec d’autres pour obtenir une majorité et le faire passer au Sénat. Deux : il est important de faire le pari de la paix. Si François Hollande vient, j’espère, je souhaite, qu’il se positionne sur ce qui s’est passé à Saint-Sébastien. Enfin, pour la Collectivité territoriale, il ne s’agit pas d’annoncer des rencontres ou de faire des grandes déclarations comme les socialistes ont pu en faire dans le passé. Il s’agira de passer aux actes.

Revenons sur votre élection. Vous êtes une femme, jeune (39 ans), arrivée première des sénatoriales dans un département plutôt fermé aux femmes et aux jeunes. Comment expliquez-vous que vous ayez réussi à franchir cette barrière ?

Les temps changent, mon élection le prouve. Je rends d’ailleurs hommage aux élus qui ont bien voulu faire confiance à la jeunesse. J’ai essayé de prouver, dans cette campagne, que je serai quelqu’un de dossiers. J’avais travaillé en amont. Je dois mon élection au milieu rural alors que je suis une élue urbaine (adjointe à Pau). Je dois mon élection beaucoup au Pays Basque, plus qu’au Béarn. j’en suis consciente, et j’en suis fière. Si pour beaucoup, je suis une élue béarnaise, je suis Basque dans mon coeur. Pour le reste, mes origines, mais aussi mes convictions, et mon engagement ont sans doute aidé dans cette victoire.

Les choses avaient pourtant bien mal démarré : lors de la présentation officielle des trois candidats socialistes, Jean-Michel Galant était inscrit, à tort, à côté de votre nom comme suppléant. Quel est le fin mot de cette histoire ?

J’avais proposé à Jean-Michel Galanat d’être mon suppléant. Peut-être comme un pied de nez à certains socialistes, qui l’avait traité de terroriste quand il est rentré au Parlement de Navarre. La deuxième raison qui m’avait orienté vers ce choix était que dans la réforme territoriale en cours, dans la CDCI, Jean Michel Galantt et Alain Iiart n’avaient pas été désignés alors qu’ils sont présidents de communauté de communes. Cela, parce qu’ils étaient des élus abertzale. C’était pour moi rééquilibrer les choses. Et poser aussi un acte politique : les socialistes au cours des dernières élections ont toujours eu comme partenaires soit les Verts, soit le PC, soit les radicaux de gauche. Il y a aujourd’hui dans ce département un quatrième partenaire, les abertzale. Suite à nos rencontres et discussions, il a souhaité refuser, ce que j’ai respecté. J’ai découvert comme vous le jour de la conférence de presse, que son nom était sur les feuilles distribués. 

Avant de trouver votre suppléant définitif (Bernard Lougarot), vous avez rencontré beaucoup d’élus basques. Est-il exact que vous avez mis dans la discussion que vous seriez ministre en cas de victoire de François Hollande ?

Jamais. Je n’ai jamais dit que je serai ministre. Je n’ai pas cette prétention.

Vous avez travaillé au côté de François Hollande mais ne faites pas partie de son équipe camapgne. Pourquoi ?

Il m’a proposé d’être sa porte-parole. J’ai souhaité refuser. j’assume ce choix. J’étais élue depuis deux mois. Il n’était pas question pour moi de rester toute la semaine à Paris.

Seriez-vous d’accord pour dire que vous êtes une femme politique ambitieuse ?

J’ai entendu ça. Le choix que je fais de ne pas être porte-parole de François Hollande devrait suffire à répondre à cette question. J’aime la politique, non pas dans le rapport au pouvoir, mais dans ce qu’elle a de plus beau, la vie de la cité. Je souhaite faire mon travail d’élue de terrain, faire mes preuves, être au côté des acteurs de ce territoire qui ont besoin d’aide. Voilà quelle est mon ambition.


Pierre MAILHARIN

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