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Tamborrada : une tradition plébiscitée, aux origines militaires mais aussi carnavalesques

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19/01/2012

Carole SUHAS

Ce soir, les tambours seront de sortie en Pays Basque. La traditionnelle tamborrada (danborrada, en euskara) de la Saint-Sébastien, célébrée dans la ville du même nom, mais aussi à Azpeitia de façon simultanée, sera lancée à minuit dans la capitale gipuzkoar, et devrait se faire entendre jusqu’au samedi suivant, à Hendaye cette fois, lors des fêtes de la Bixintxo. Alors, la tamborrada, célébration militaire ou tradition carnavalesque ? Probablement une collusion des deux. Prenant ses sources au Moyen-Age, la tamborrada, qu’elle ait lieu à Azpeitia, Donostia ou Hendaye, est historiquement la “fête du bruit”, si l’on en croit l’ethnologue Thierry Truffaut. Son origine la plus ancienne remonte à la tradition carnavalesque et donc au bruit de l’hiver. Cette tradition d’un charivari assourdissant en saison hivernale pour chasser les maladies, les guerres ou les étrangers autant que pour protéger les villageois, est commune à toute l’Europe.

Traditionnellement, au mois de janvier, entre le 15 et le 20, des quêtes étaient autorisées aux lépreux dans les communes. Ces derniers annonçaient alors leur venue, afin que les gens se protègent de la maladie, par de grands bruits de crécelles ou en tapant sur toutes sortes de choses. Cette tradition du bruit est ce qui restera ensuite comme le moyen de chasser tout ce que l’hiver apporte de mauvais et se retrouve donc dans la tradition carnavalesque. La tamborrada est ce que l’on pourrait qualifier de “montée en puissance des différents carnavals à venir”.

“Déploiement de force folklorisé”

Ce n’est que bien plus tard, lorsque l’Espagne se trouve engagée dans la guerre d’occupation napoléonienne puis dans la guerre carliste, que le fait militaire fait son entrée dans la symbolique de la tamborrada. Et plus particulièrement encore à Donostia, qui fête son saint (Sébastien) à cette date-là. La tamborrada est une sorte de “déploiement de force folklorisé”, selon les termes de Thierry Truffaut. Et donc un moment de montrer à la société sa force militaire, une façon de dire “Ne nous marchez pas sur les pieds”, une sorte de mécanisme de dissuasion tout comme d’autopersuasion. Ce que corrobore l’histoire de ce fameux saint Sébastien, qui mourut transpercé par des flèches. A une époque où les armes à feu n’ont pas encore fait leur apparition, les parades militaires sont constituées d’archers. Saint Sébastien en est le protecteur et donc par extension celui des militaires. Le lien avec la tradition carnavalesque sera aussi symbolisé par ces archers qui autrefois décapitaient un coq pour élire le roi du carnaval. C’est de cette façon que, petit à petit, la tamborrada s’est tournée davantage vers ses racines militaires en délaissant son ancrage carnavalesque.

Phénomène encore amplifié par la composition musicale qui s’en suivit, œuvre des Santesteban et autres Sarriegi, compositeur de la célèbre Donostiako Martxa, reprise par les milliers de tambours amassées à minuit, Konstituzio Plaza, écrite par le père du non moins célèbre Pio Baroja, Serafin Baroja. Raimundo Sarriegi est l’une des grandes figures culturelles donostiar. La tamborrada de Donostia reste la plus médiatique de toutes, et celle qui attire le plus de curieux. Bien sûr, elle s’exporte et on la retrouve aussi à Hasparren ou à Bayonne en Pays Basque Nord, lors des fêtes patronales, avec une symbolique bien différente de celle du mois de janvier et du sombre hiver.

 

La tamborrada, c’est aussi à Hendaye

A Hendaye, la tamborrada a lieu le samedi 21 janvier et accompagne les fêtes de la Bixintxo qui démarrent dès demain, vendredi 20 janvier. Il y a neuf ans de cela, l’association Baleak (aussi organisatrice), prend l’initiative d’organiser un grand repas hendayais rassembleur pour les fêtes patronales.

Puis, trois ans après, viennent des envies d’originalité et d’événement participatif. “Nous nous sommes inspiré des pratiques culturelles en Hegoalde, à Azpeitia notamment, puisqu’on retrouve le tambour dans toutes les cultures. Il symbolise la guerre, mais aussi la fête et c’est ce qui nous intéresse. Nous voulions quelque chose d’assez simple pour que les gens se sentent impliqués”, détaille Txema Egiguren, initiateur du projet au sein de Baleak. Il y a donc six ans de cela est essayée la première tamborrada, une forme de test. Et pour que tout le monde y trouve sa place, s’en est suivi un travail de neuf mois entre la municipalité de l’époque, l’incontournable Zarpai banda et Baleak afin que “la mayonnaise prenne”.

Il a ensuite fallu créer des costumes pour accompagner les tambours, et c’est à cette tâche que s’est attelé Txema Egiguren. Bien différents des costumes spécifiques à la tamborrada de Donostia, ceux de Hendaye sont des tenues de pirates ou de pêcheurs, reflet de l’histoire de la ville.

Maintenant que la mayonnaise a pris, ils seront entre 600 et 700 tambours samedi à Hendaye à défiler dès 11 heures du matin dans les quartiers, puis à 17h15 dans la ville, avant le rassemblement général de 19 heures devant la mairie. S’ensuivra le repas traditionnel au fronton.

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