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Pays Basque

Les producteurs “livrent” leurs “excédents” de lait à Pau

13/01/2012 | Victoria Mendoza Psicoterapeuta

G.C

Les producteurs de lait de brebis dont le lait est collecté par la Coopérative laitière du Pays Basque (CLPB) ont de nouveau laissé exploser leur colère, et leur désespoir, hier à Pau où ils ont déversé quelque 8 000 litres de lait devant la Chambre départementale d’agriculture.

Environ 70 producteurs sont donc partis de Larceveau hier matin pour Pau avec un camion-citerne pour “livrer” les “excédents de lait” que les industriels refusent d’acheter à la coopérative mettant “en péril les exploitations de chaque paysan lié à la CLPB mais également leur coopérative”, selon les paysans.

Ils se sont rendus à la Chambre d’agriculture où se trouvent les bureaux de l’interprofession, espérant pouvoir rencontrer les représentants de la structure dont les bureaux se trouvent dans le bâtiment. Une délégation de trois personnes a été constituée par les agriculteurs mais ils ont trouvé porte close, le président de l’interprofession s’étant enfermé à clef dans les locaux.

La mine grave et la “boule au ventre”, les producteurs de lait ont donc déversé le contenu de la citerne, soit près de 8 000 litres de lait, devant la Chambre départementale. Ils ont également déployé une banderole et distribué des tracts explicatifs.

“Aujourd’hui, un jour sur deux, la CLPB collecte un camion entier de lait de brebis AOP Ossau-Iraty sans que celui-ci n’ait de preneur”, a expliqué M. Iribarne, président de la CLPB, qui estime à 8 000 litres sur deux jours la production non achetée par les industriels du département. “Nous n’allons pas jeter ce lait en silence”, ajoute-t-il, augurant ainsi de nouvelles actions.

La sénatrice socialiste paloise Frédérique Espagnac, qui passait par là, s’est arrêtée et a apporté son soutien aux producteurs. Elle a également dénoncé le “chantage inadmissible” des industriels qui refusent de collecter une partie du lait de la coopérative tout en continuant à en importer d’autres départements et de l’Etat espagnol. La sénatrice, qui a indiqué avoir rencontré les membres de la CLPB il y a quelques jours, s’indigne que rien ne soit fait alors que “tout le monde sait depuis une semaine que 1,3 million de litres de lait ne seront pas récoltés”. Elle a également affirmé avoir parlé de ce dossier au nouveau préfet, Lionel Beffre, qui doit prendre ses fonctions dans quelques jours.

Les membres de la CLPB ont également rencontré Jean-Michel Ansolabéhère, président de la Chambre départementale d’agriculture, dans l’après-midi à Saint-Palais où celui-ci tenait la cérémonie des vœux de l’institution pour la partie basque du département. Les agriculteurs reprochent à la Chambre son “manque de soutien” dans ce dossier.

Les membres de la CLPB, qui ont reçu cette semaine le soutien du syndicat ELB et celui d’Euskal Herriko Ganbara, soupçonnent les industriels de vouloir démanteler la coopérative pour contrer son projet de construction de laiterie qui pourrait leur faire concurrence. Car les industriels acceptent de prendre le lait des producteurs qui quittent la coopérative mais refusent de s’engager sur l’ensemble du lait collecté par celle-ci.

 

«On ne sait que faire du lait. On doit le jeter»

Entretien avec Jean-Luc ETCHART / membre de la CLPB

La CLPB, Coopérative laitière du Pays Basque, est au centre des débats depuis maintenant plusieurs mois. En effet, aucun accord ne semble pouvoir être trouvé entre les producteurs de lait de brebis et les industriels qui collectent leur lait. Les producteurs se trouvent ainsi sans solution. Au pied du mur, ils ont décidé de passer à l’action. Jean-Luc Etchart, membre de la CLPB, revient sur les différents événements des derniers mois et explique la situation actuelle.

Quand et comment ont commencé les problèmes concernant la collecte du lait de brebis produit par la CLPB ?

Le 7 novembre dernier, lors du comité directeur de l’interprofessionnelle qui s’est tenu en sous-préfecture à Bayonne, la situation était que 2 millions de litres de lait sur les 3 millions produits par la CLPB se trouvaient sans preneur. A cette même réunion, il nous a été proposé la solution qui pouvait être de démissionner de la CLPB pour livrer directement les laiteries du Pays Basque qui font partie de l’interprofessionnelle.

Quelle a été la suite des événements ?

Nous avons ensuite été contraints de tenir une assemblée générale le 17 décembre, qui avait pour but de laisser partir de la CLPB les producteurs qui le souhaitaient. Treize producteurs ont fait ce choix, cela a ensuite été officialisé en sous-préfecture le 5 janvier et les industriels se sont engagés à les collecter individuellement.


Qu’est-ce qui vous a poussé à “passer à l’action” ?

Sur les 3 millions de litres de lait que produit la CLPB, les industriels se sont engagés à en collecter 1,2 million. Il reste donc 1,8 million. Depuis, 13 producteurs sont partis et sont collectés individuellement, soit l’équivalent de 550 000 litres de lait. Il reste 1,35 million de litres dont on ne sait que faire. Il n’y a aucune solution pour nous. C’est pour cette raison que nous sommes aujourd’hui contraints à jeter du lait.

Les négociations avec les industriels n’ont donc finalement abouti à rien ?

Les négociations n’ont abouti à rien, mis à part cette garantie de la part des industriels de collecter 1,2 million de litres de lait. Mais il n’y a pas de volonté. Peut-être même que le souhait est de faire disparaître la CLPB. Il faut croire en tout cas que la CLPB est réduite à 1,2 million de litres de lait.

Pourriez-vous expliquer rapidement ce qu’est la CLPB aujourd’hui ?

La CLPB a été créée en 1970 et comprend 37 producteurs de lait de vache, soit l’équivalent de 8 millions de litres de lait de vache ; et maintenant, 71 producteurs de lait de brebis, soit 2,5 millions de litres de lait de brebis. Nous avons une cave d’affinage d’une capacité de 60 tonnes à Saint-Jean-Pied-de-Port et un magasin de vente et un circuit de visite. Sept salariés travaillent au sein de la CLPB. Nous avons par ailleurs un projet de laiterie de transformation, plusieurs terrains nous intéressent et le choix se fera en mars.

La situation concernant la collecte du lait de brebis est-elle vraiment bloquée ?

Jusqu’à présent, on nous avait toujours trouvé des solutions de dépannage. Aujourd’hui, on ne sait vraiment que faire du lait, on doit le jeter. Huit mille litres de lait tous les deux jours, soit l’équivalent d’un tiers de la production annuelle d’un berger moyen. Nous allons renouveler cette opération tant qu’il n’y a pas d’acquéreur, de solution. Je ne pense pas que l’on puisse tenir ainsi plus de deux mois.


Lætitia BREARD

 

Sous-préfet : malgré les difficultés, “les choses ne sont pas figées”

Pour le sous-préfet, Laurent Nuñez, “les choses ne sont pas restés figées” malgré les difficultés dans les négociations entre producteurs et industriels. Il rappelle qu’“un peu avant Noël, les industriels se sont engagés à récolter 1,2 million de litres de lait sur 3 millions aux producteurs”. Le sous-préfet considère qu’“il y a eu une évolution importante avec le maintien de la Coopérative laitière du Pays Basque, ce qui n’était pas dans la proposition initiale”. Celle-ci se situait effectivement plus dans le fait de “récupérer” l’ensemble des producteurs de la CLPB. M. Nuñez a tout de même entièrement conscience que le problème persiste, puisque lorsqu’on enlève les 1,2 million de litres de lait sur 3 millions que les industriels se sont engagés à collecter, il reste 1,9 million. A la proposition formulée par les industriels et faite aux producteurs membres de la CLPB de les rejoindre, seuls 13 ont répondu favorablement, soit l’équivalent de 550 000 litres de lait. Restent donc 1,35 million de litres qui posent problème.

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