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L'opinion - Tribune Libre

Nos frčres berbčres

30/12/2011

Xipri ALBERBIDE / Prêtre

On a beaucoup parlé de Tunisie, de Libye, d’Algérie et de Maroc en 2011. La “révolution arabe” a-t-on dit. C’est oublier que les “Arabes” d’Afrique du Nord sont la partie des Berbères qui a été arabisée. Les Berbères que l’on pourrait appeler les Basques d’Afrique du Nord, car ils sont soumis au même processus d’aliénation que nous. Ils seraient 15 à 18 millions au Maroc, 12 à 14 en Algérie, 10 % de la population en Tunisie et en Libye, sans oublier que les Touaregs, environ 3 millions, sont aussi des Berbères. Jugurtha, qui lutta contre les Romains à la tête de son royaume de Numidie, est l’une de leurs célébrités historiques, sans parler de saint Augustin, saint Cyprien, papes des premiers siècles, parmi d’autres célébrités.

Aujourd’hui, du Maroc à la Libye, comme nous, ils revendiquent leur langue et leur culture. En Algérie, les Kabyles ont été le fer de lance de la guerre de libération, mais ils n’en ont rien retiré. Ils essaient aujourd’hui encore de relever la tête. C’est au Maroc qu’ils ont le mieux réussi. La nouvelle Constitution adoptée en juillet dernier inscrit leur langue, le tamazight, comme langue officielle avec l’arabe. Le changement avait débuté il y a dix ans avec Mohamed V. Écrasée depuis le protectorat français, une partie du peuple est restée aliénée et certains ont honte de parler leur langue dans la rue. Ils se demandent à quoi ça sert d’apprendre le tamazight à l’école. L’enseignement de la langue est devenu obligatoire avec pour objectif sa généralisation cette année.

Mais pour le moment, seuls 15 % des écoliers sont touchés. Il manque de professeurs, il y a de la résistance au ministère, dans les partis politiques et dans le peuple dont une partie est restée complexée : “Le tamazight ne donne pas de pain”. Nous connaissons aussi ce type de réaction. Depuis deux ans, ils disposent de leur chaîne de télévision, une chaîne publique, généraliste.

Ceux de Libye ont fait savoir qu’ils ont participé activement à la chute de Kadhafi (qui les opprimait) et qu’ils comptent bien en récolter les fruits. C’est un Libyen revenu au pays après 20 ans d’exil, Fathi Ben Khalifa, qui a été élu en octobre dernier président du Congrès mondial amazight (ou berbère).

Il faisait partie du CNT, l’organe politique de la rébellion libyenne. Il rappelle que la communauté amazight a versé le sang de ses jeunes pour la révolution. Il demande la reconnaissance officielle dans la Constitution de l’existence des Amazighen (les hommes libres), de la langue et de la culture du peuple berbère : ils en sont à l’an 2961. Leur alphabet, le tifinagh, est millénaire. Pour les islamistes radicaux, seul l’arabe classique est garant de l’unité de l’islam. Ils voient d’un mauvais œil toute référence à une civilisation antérieure à Mahomed.

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