Culture
Rétro - 2011, la culture cree l’emoi

29/12/2011
Polémique, renouveau, tradition. Trois qualificatifs qui pourraient résumer l’année culturelle 2011, trois qualificatifs qui siéent bien à l’art. La polémique d’abord, alimentée par les artistes eux-mêmes ou par leurs détracteurs. Dans des registres différents, le réalisateur mexicain Arturo Ripstein et l’écrivain basque Joseba Sarrionandia ont été au cœur du tumulte.
Le 29 septembre dernier, en villégiature à Biarritz à l’occasion du festival de cinéma Biarritz Amérique latine, A. Ripstein critiquait vivement le jury du festival Zinemaldia de Donostia, le qualifiant de “lamentable”. Des propos parus dans Gara et le JPB, immédiatement repris par quelques grands titres de la presse espagnole, enflant d’emblée la polémique jusqu’à ce que le réalisateur ne fasse des excuses publiques pour ses “paroles prononcées sous le coup d’une fureur incontrôlable”.
Une semaine plus tard, c’était au tour de l’écrivain basque en exil J. Sarrionandia de se retrouver au cœur des débats. En effet, le département Culture du gouvernement basque décidait de récompenser son œuvre Moroak gara behelaino artean du prix de littérature Euskadi, mais sans lui reverser les 18 000 euros qui l’accompagnent. Blanca Urgell, conseillère à Culture, avait alors laissé entendre que Sarrionandia devait “régulariser sa situation judiciaire”. Accusation qui s’est révélée fausse, l’écrivain ayant été déclaré en règle avec la justice par l’Audience nationale. B. Urgell avait alors dû s’expliquer de cette décision arbitraire avant de remettre publiquement le prix ainsi que les 18 000 euros à la sœur de J. Sarrionandia, venue en émissaire.
Souffle nouveau
Avec la polémique vient parfois le renouveau. En 2011, c’est l’annuel rendez-vous Euskal Herria Zuzenean à Hélette qui a suscité l’intérêt avec une nouvelle création d’ampleur. De son nom Gaia, ce projet participatif a fait appel aux volontaires à l’âme artiste ou voltigeuse pour une pièce présentée en exclusivité au festival, sur la place du village. Gaia, déambulation géante, sonore et gestuelle, mêlant musique, danse et escalade s’inscrit plus largement dans une volonté des bénévoles de l’association de proposer de nouvelles choses.
En témoigne la programmation “art vivant” de cette édition, à laquelle s’ajoutaient des moments de débat et de cinéma qui ont su séduire quelque 20 000 festivaliers sur trois jours. Et l’association EHZ semble décidée à poursuivre sur cette voie, puisque la collaboration avec le village de Hélette ne serait peut-être pas terminée.
Pour finir sur l’événement parmi les plus marquants de l’année, il s’agit bien sûr de la grande pastorale dont l’organisation était cette année confiée au village de Larrau en Soule. Une pastorale qui a su fédérer, une fois n’est pas coutume, un public des sept provinces par son sujet mythique : la vie de Telesforo de Monzon, écrivain et homme politique basque qui lutta pour un Pays Basque indépendant lors des années de la guerre civile espagnole. Monzon Pastorala, écrite par Jean Bordaxar, a aussi rencontré son petit succès auprès de ceux que l’on n’attendait pas forcément dans les premiers rangs à Larrau ce jour-là. Etaient en effet présents le candidat socialiste à la présidentielle François Hollande, accompagné d’élus socialistes dont le président du Conseil général Georges Labazée, le maire d’Oloron, Bernard Uthurry, et le conseiller régional Frantxoa Maitia. Enfin, le député MoDem Jean Lassalle était là lui aussi. Une pastorale qui a su être le grand rendez-vous populaire escompté, doublé d’un message politique particulièrement à propos dans le contexte actuel en Pays Basque.
2012 avant l’heure
2011 pas encore achevée, se dessinent déjà à l’horizon des rendez-vous à ne pas louper pour l’année à venir. Au mois de juillet 2012, succession d’événements en Pays Basque Sud, avec pour le seul mois de juillet, trois festivals : le fameux Bilborock qui fait cette année venir le groupe anglais Radiohead ; celui de jazz de Gasteiz et ses trois saxophonistes de classe mondiale, Joe Lovano, Joshua Redman et Sonny Rollins et l’inévitable Jazzaldia de Donostia qui garde pour l’instant sa programmation secrète.
En Pays Basque Nord, l’incertitude pour 2012 se situe, elle, du côté de la mascarade, épisode qui a subi plusieurs rebondissements ces dernières semaines. Le village choisi comme organisateur pour 2012, Camou-Cihigue a annoncé le 18 novembre dernier qu’il ne pourrait mener le projet à bout pour cause de décès dans le groupe.
Pour prendre la suite, le choix s’était reporté assez vite sur le village ayant organisé la mascarade précédente, à savoir Sainte-Engrâce. Après que les médias ont annoncé la reprise par les jeunes du village de la mascarade, ceux-ci faisaient savoir qu’ils ne pourraient, eux non plus, se lancer une nouvelle fois dans l’aventure au regard de leurs obligations étudiantes ou professionnelles. Aujourd’hui, l’avenir de la mascarade est encore source de questions.
Parallèlement, la troupe de Xiru, emmenée par Mixel Etxekopar, et rejointe par des danseurs de hip-hop, pourrait redonner sa création Maskar, inspirée de la scénographie de la traditionnelle mascarade, au mois de mars 2012. Maskar est un retour sur les codes de la mascarade, et peut-être sur une dynamique qui a tendance à s’amenuiser au fur et à mesure que passent les années.
Carole SUHAS







