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Pays Basque

noels de basqueS aux ameriques

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24/12/2011

Au centre basque de South San Francisco, les nappes blanches sont de sortie. Dans la salle, plus de 350 couverts ont été dressés, prêts à accueillir autant de familles basques pour le fameux repas de Noël des Basques de San Francisco. Nous sommes le 11 décembre. Un peu tôt, me direz-vous. Mais, pour des raisons avant tout pratiques, le Noël entre Basques précède toujours les vacances et les examens de fin de semestre. Valérie Etcharren, la présidente de l’Euskal Etxe depuis juin, a réservé ses places près de ses parents et de quelques amis. Ici, beaucoup viennent du Pays Basque Nord. Les anciens parlent euskara à table. Les jeunes, plus souvent français et anglais entre eux. Ici, en dehors de retrouvailles et de la distribution de cadeaux orchestrée par le père Noël local, pas de véritables mets traditionnels au menu. Si la garbure fait figure d’indétrônable, frites et épinards se côtoient joyeusement aux côtés de la truite à la sauce biscaïenne. “Nous pouvons changer chaque année, faire du bœuf, de l’hirondelle ou autre… Nous essayons de faire des produits maison, mais avec la réglementation, impossible de les faire partager à table dans de si grandes proportions. Difficile aussi de ne travailler qu’avec des Basques ou de faire appel à des petits producteurs indépendants. C’est trop risqué”, confie Valérie. L’ambiance est décontractée et joviale, et la journée se terminera comme il se doit autour de quelques tablées de mus, qui se forment spontanément à l’étage sitôt le repas fini.

A Montréal aussi, le Noël des Basques est un moment très attendu par la communauté. Ici, le menu jongle davantage avec les traditions du Sud, entre pintxo, paella, et agneau grillé. Et pour cause, les Basques de Québec ne disposant pas de locaux suffisants, il leur faut réserver une salle pour l’occasion, et cette année, c’est au club espagnol qu’ils ont élu domicile.

Du côté de New York, en revanche, pas de repas de famille à proprement parler. Dans la Grosse Pomme, Noël se fête en compagnie d’Olentzero à l’occasion de la Santo Tomas. Les visiteurs sont donc invités à migrer de stands en stands entre talo, txistor, et sagardo, aux doux rythmes des chants de Noël.

Joyeux Noël à tous !

 

Leur premier Noel loin du Pays Basque

Quoi de mieux pour Noël qu’une histoire de Noël ?

C’est en tout cas le défi que nous avons lancé aux Basques d’Amérique du Nord en leur demandant de se remémorer leur premier Noël loin du pays ou de nous raconter leur Noël basque en tant qu’Américain.


Monique et Ernest - Montréal, Québec


Arrivés sur le sol québécois au mois d’août 1968, nous avions subi notre première tempête de neige le 11 novembre. Nous habitions dans une vieille école au bord du Saint-Laurent. Imaginez le décor : le fleuve gelé où ne passait plus aucun cargo mais où jouaient les renards, les jardins recouverts de 60 cm de neige, les arbres, les toits des maisons tout blancs, mais partout des décorations illuminant le paysage. Pour nos enfants (trois ans et demi et quatre ans et demi) et pour nous-mêmes, c’était un émerveillement sans pareil ! Entrons maintenant dans notre petite école. Annexe d’un collège français de Montréal, elle ne comptait que trois classes à ce moment-là. Et nous nous étions tous réunis, les trois collègues, avec nos époux respectifs autour de notre vieux concierge, un Québécois pure laine, qui veillait sur nous. Oh, ce premier réveillon de Noël à Laprairie, quel souvenir ! Au menu, les escargots de notre Bourguignonne (effarement de notre Québécois), mon poulet basquaise, la bûche traditionnelle et pour réchauffer le tout, les “peuchère” de notre Provençale dont l’accent nous amusait tant. Il n’était pas triste ce premier Noël loin du Pays. Nous étions éblouis, entourés d’amitié et il était plein de promesses.

En ce Noël 2011, entourés de nos enfants et petites-filles, nous pouvons dire : promesses tenues.


Henar Chico - Boise, Idaho


C’était ma première année à Boise, en 1996, et c’était si dur… Premièrement, toute ma famille était au pays, en Bizkaia, là où j’ai grandi, et je connaissais ma belle-famille depuis six mois à peine. La manière dont ils fêtaient Noël n’était pas moins bonne ou meilleure, mais elle était si éloignée de la mienne ! Le pire, ce fut le Nouvel An. Maintenant, cela m’est égal, mais j’avais alors 21 ans. Le dîner était à 19 heures, la soirée à 22 heures, tout ceci, pour moi, n’avait aucun sens. J’étais habituée à faire la fête toute la soirée, à dîner à 22 ou 23 heures, et à sortir sur les coups de deux heures de matin après avoir avalé quelques grappes de raisins et m’être arrêtée chez des amis…

Aujourd’hui encore, ma famille et mes amis me manquent avec la même intensité qu’au premier réveillon passé loin d’eux. Mais j’ai appris à apprécier Boise, ma nouvelle famille américaine et mes amis, et je me réjouis de ces vacances malgré tout.


Ysabel Bilbao - Boise, Idaho


Grandir en tant que Basque est une expérience particulière, et spécialement lorsque l’on est une Basque américaine. On tente de garder les traditions de notre vieux pays, tout en intégrant celles américaines. C’est naturel pour nous de mixer les deux. Ici, je crois que beaucoup de familles gardent la tradition de la messe pour Noël : grands-parents, enfants, et petits-enfants réunis. Etre basque américain est un concept difficile à comprendre. Pour la plupart, nous sommes nés ici, ce qui fait de nous des Américains. Nous grandissons dans les écoles américaines, célébrons les fêtes américaines et avons le mode de vie américain. Mais lors des fêtes, et de Noël en particulier, les traditions et les coutumes du vieux pays prennent une place très importante dans nos célébrations. Nous fêtons aussi bien Olentzero début décembre – comme s’il avait suivi la route depuis le Pays Basque jusqu’à Boise – que Santa Claus (la fête des pères Noël) ou les Rois mages en janvier.

Dans ma famille, nous célébrons le réveillon du côté de ma mère (Eiguren). Nos dîners se composent principalement de poisson, de lomo et de riz, un repas simple qu’on peut retrouver sur un menu du jour au Pays Basque. Le jour de Noël, nous allons du côté de mon père, natif de Bilbo. Là, les repas deviennent encore plus authentiques avec des txipiroi, de l’agneau et des gambas. Il n’y a jamais qu’une seule langue parlée à table. A tout moment, nous pouvons entendre du basque, du castillan ou de l’anglais. Et chaque année, au même moment, quelqu’un de notre famille du Pays Basque nous appelle pour nous souhaiter un joyeux Noël. Nous parlons alors généralement de notre dernier voyage au Pays Basque, ou du prochain. Nous travaillons dur pour conserver nos traditions et nos valeurs. Nous sommes fiers de l’héritage que nous portons et nous le défendons constamment auprès des autres.


Iñaki Loinaz - Montréal, Québec


Je suis né il y a 69 ans à Donostia. Mon premier Noël loin du Pays Basque, je l’ai passé à Libreville, capitale du Gabon, en 1968. Passer Noël à la plage, brûlant sous le soleil tropical et nager dans une eau avoisinant les 30 degrés, c’est quelque chose que je n’avais jamais expérimenté auparavant !

Comment je suis arrivé là ? Et bien, en septembre de cette année-là, j’étais engagé comme comptable en Espagne par une compagnie pétrolière américaine. Quelques mois plus tard, elle m’envoyait à son siège à Londres pour un programme d’entraînement. Après cette période, j’ai été envoyé à Libreville pour “quelques semaines”. Le court terme s’est rapidement transformé en long terme et je suis finalement resté sept ans là-bas. J’y ai rencontré ma femme, une Canadienne, avec qui j’ai migré au Québec en 1976. Le basque était la langue de ma mère, et à cause de la famille et de certaines considérations politiques, j’ai quasiment tout perdu. Aujourd’hui, je prends des cours à la Maison basque de Montréal. Cela revient petit à petit…

 


Cyrielle BALERDI

inprimatu