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L'opinion - Tribune Libre

“Arrak eta garrak” : chronique d’une censure

10/12/2011

Ione JOSIE

Une semaine. C’est le temps qu’aura duré l’exposition inaugurée le 7 décembre dans un bar-restaurant de Bayonne. Pire encore, l’exposition a dû être démontée le lendemain du vernissage. Il nous faut bien admettre qu’au XXIe siècle, la censure existe encore. Des pénis. En effet, ce sont les pénis qui sont au centre de l’exposition intitulée Arrak eta garrak, mais, il faut regarder au-delà, cette exposition met en évidence l’homme dans son intimité, l’homme dans toute sa simplicité. L’homme sous le coup d’une émotion. Pourtant, une partie de la clientèle n’a rien vu d’autre que l’omniprésence de ces pénis et a eu pour conséquence le retrait de l’exposition, prévue pour un mois.

Qu’est-ce qui est à l’origine de cette discorde ? Qu’est qui peut, au XXIe siècle, entraîner le retrait d’une exposition ? Comment comprendre une telle réaction alors même que nous approuvons les images violentes, crues, pornographiques que nous consommons à la télévision ? Que ces images ne nous choquent plus. La télévision n’hésite pas à nous diffuser les images des bombardements en Libye, nous parler de meurtres, assassinats, génocide, la violence de la catastrophe écologique de Fukushima, ou encore des films et téléfilms où la violence est de mise. Nous sommes confrontés quotidiennement à la télé, au cinéma, dans la presse écrite, à la radio, dans la littérature à des sujets qui nous agressent, qui nous renvoient une image crue de la réalité. Mais nous les regardons, nous les admettons. Même certains dessins animés qui s’adressent aux enfants sont porteurs de violence, et parfois d’un certain érotisme, mais nous ne les censurons pas.

Et si ça avait été des femmes ? Les réactions auraient-elles été aussi violentes ? Il est vrai que le sexe féminin est moins apparent. Mais pas seulement. Des images de femmes nues ont traversé les siècles, elles ont été peintes, diffusées en toute normalité dans l’art, la publicité… Le corps féminin, la femme sert encore à vendre tout et n’importe quoi, la femme est devenue une femme-objet. Dans notre société moderne, le sexe reste un sujet tabou. En fait, plus que les pénis, ce sont les situations où les pénis sont représentés en érection qui ont perturbé. En effet, une femme qui a un orgasme, ça se voit moins, du moins physiquement, et cela semble plus acceptable. Si l’artiste avait représenté des femmes nues, il aurait certainement obtenu un accord tacite de la part du public.

Mais non, ces pénis mis en évidence, si crus, si tabous, ces érections ont choqué. L’artiste déclarait lui-même que le but poursuivi par cette exposition était d’essayer de contribuer à révolutionner l’art, de faire naître des émotions au public, de les faire émerger, de toucher le public, l’attirer, le faire sourire, ou tout son contraire. L’artiste a ajouté qu’il souhaitait par cette exposition affronter le puritanisme et le conservatisme, et lancer un appel en faveur de la liberté et du plaisir.

Défi relevé, on aime ou on n’aime, et c’est notre droit. Eprouver des émotions différentes et avoir des goûts différents face à la proposition d’un artiste, et le fait de ne pas aimer voir des hommes nus, ou de trouver ces peintures répugnantes appartient à chacun. Au final, créer une réaction indique que l’artiste est parvenu à créer des émotions, favorables ou défavorables, mais il a atteint son objectif. L’art est subjectif, certes, mais le fait de ne pas aimer un tableau, de le vivre comme une provocation, d’être choqué ne devrait pas amener le retrait de ces peintures. Il en va du respect que nous devons à l’artiste. Comme le disait Picasso, “l’art n’est pas chaste, s’il devient chaste, alors ce n’est plus de l’art”.

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