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Culture

Les mâles fantasmés d’Yves Matxikote contraints à se retirer

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09/12/2011

Carole SUHAS

L’exposition d’Yves Matxikote, dit iF, au Kalostrape aura résisté une semaine à la censure. Son travail Arrak eta garrak, traduisez “Mâles et fantasmes”, a affronté la pudibonderie, mais a perdu. “Cette bataille, mais pas la guerre”, précise l’artiste. La pomme de la discorde, les tableaux de l’artiste mettant en scène des hommes “sous le coup de l’émotion”, comme il le dit lui-même, autrement dit en érection ou au repos. Certains clients du restaurant auraient refusé de manger sous un de ses tableaux, voire auraient quitté le Kalostrape.

Valeurs rétrogrades

“En livrant ce travail, je sentais que ça allait secouer les valeurs rétrogrades de certains”, explique iF. “J’ai proposé cette série au Kalostrape, qui connaissait ma période antérieure qui était un peu différente. Ça leur a plu, ils ont osé l’exposer”. Et de suite, l’artiste s’est trouvé face à ces valeurs qu’ils voulaient critiquer. “Le Kalostrape a fait tampon pendant un temps, mais il était entre deux feux, c’est un restaurant. Ils m’ont donc demandé d’enlever certaines œuvres, précisément neuf sur les 20 qui y étaient exposées. Seulement, pour moi, c’était tout ou rien, sans ces neuf-là, l’exposition perdait son essence même”.

Hier matin, l’artiste controversé se rendait donc au Kalostrape pour soulager l’œil puritain de ces pénis qu’il ne saurait voir. Mais à la place des tableaux, il a tout de même laissé un mot sur chaque cadre, “Mâles et fantasmes censurés”, accompagné d’une citation de Pablo Picasso : “L’art n’est pas chaste, s’il devient chaste, alors ce n’est plus de l’art”.

Il ajoute que “les personnes qui se sont plaintes ne considèrent même pas l’art, ils n’ont aucun regard et n’ont pas cherché à comprendre”. La question se pose alors. Et si ça avait été des femmes nues ? L’artiste pense, lui, qu’il en aurait été tout autrement. “La réalité, c’est que des femmes nues, on en voit tout le temps, même quand c’est pour nous vendre des croquettes pour chat. Ça correspond bien au cliché très hétéro, ça n’aurait pas gêné des hommes de manger avec des femmes nues à côté”. Mais tous n’étaient pas gênés à la sortie de cette exposition… quoique “c’est vrai qu’elles sont un peu grandes”, s’est exclamé ce gai spectateur attentif et un peu “émotionné”.

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