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Culture

"Certains nous imaginent encore avec un os dans le nez et un silex"

16/11/2011

Depuis plusieurs semaines, la Maison basque de New York affiche la toute dernière exposition de la photographe Angela Mejias, “Geroa eta itxaropena” (L’avenir et l’espoir), réalisée en partenariat avec l’Institut culturel basque. Une exposition itinérante qui, après avoir fait escale à Montréal puis à New York, s’apprête désormais à rejoindre San Francisco. Au travers d’une soixantaine de photos, Angela Mejias, qui est née en Extramadura mais a grandi à Bayonne, dépeint différents aspects et moments de la vie au pays. L’occasion pour la diaspora basque du continent américain de se confronter à un autre regard, celui porté par la photographe sur la rencontre de la tradition et de la modernité en Pays Basque.


Vos thèmes de prédilection semblent être “la réalité sociale d’un pays, la vie communautaire d’une tribu, l’existence misérable de ces enfants abandonnés par le sort”. Serait-ce, comme le dit l’écrivain Eduardo Manet à votre propos, “l’art de la résignation” ?

Je dirais plutôt que c’est la réalité d’un pays en général avec tout ce que ça entraîne. Mais je ne me focalise pas sur les existences misérables. Il y en a aussi chez nous malheureusement et ce sont toujours les faibles qui en subissent les conséquences et les enfants en premier. “L’art de la résignation”, si on peu appeler ça de l’art sic ! Avec tout le respect que je dois à Eduardo Manet… et puis le mot m’agace un peu. On dit parfois que l’art exprime ce que les mots ne peuvent dire. Dans le cas d’une réalité sociale ce ne sont pas les mots qui manquent, mais les photos sont là comme support pour témoigner de toutes ces injustices. Ca peut paraître prétentieux mais c’est ma façon de me révolter contre cette société qui n’a d’yeux que pour les élites. Non, je ne me résigne pas.


On dit de vous que vous êtes une “photographe d’instinct”. Une autodidacte, un peu “anarchiste” même…

... J’ai surtout le don de me mettre dans des situations impossibles ! J’attire les ennuis d’une façon incroyable, à croire que je traîne un aimant avec moi. Anarchiste ? Non, je ne pense pas. Bordélique ? sûrement. Pour le reste… Qui sait ! Ce qui est sur, c’est que j’ai toujours aimé la photo. Gamine, je passais mon temps à fouiller dans les boîtes en carton de mes parents et de mes tantes ce qui me valait souvent une sacrée rouste, mais je trouvais fascinant tous ces visages, toutes ces scènes de vie de gens qui pour la plupart, m’étaient inconnus. C’était un peu comme feuilleter une bande dessinée, sauf qu’il n’y avait pas les bulles, ce qui laissait donc libre court a l’imagination. En grandissant (c’est marrant vu ma taille) je voulais avoir des centaines de boîtes en carton remplies de gens, de lieux, de paysages etc., mais cette fois, pour leur donner une autre vie que celle de la boîte… Je pense que c’est pour cela que je me définis comme une photographe de rue.


Il y a eu l’Algérie, l’Afghanistan plus tard le Mexique, le Paraguay, le Pérou, le Nicaragua… Mais toujours, en toute occasion, le Pays Basque. Pourquoi ?

J’ai grandi dans ce fichu Pays que j’adore et malgré tout mes voyages je ne l’échangerai pour rien au monde. C’est quand même là que je reviens toujours. En fait je suis accro au Pays Basque. Au bout d’un mois je suis en manque : l’odeur de l’océan, la Rhune et les ami(e)s. Bien sûr tout cela je ne vais pas le perdre, mais quand même, je suis heureuse de les retrouver.


Votre dernière exposition, intitulée “Geroa eta itxaropena” porte d’ailleurs sur le Pays Basque. Comment est née l’idée de cette exposition ?

“Geroa eta Itxaropena”, je crois que ce titre est l’un de mes préférés sur le thème du Pays Basque. Certes il fait sourire quelques personnes, mais j’ai aussi la capacité de passer outre les ricanements et de n’en faire qu'à ma tête. Donc ce titre je l’ai usurpé à un ami musicien, Serge Lonca qui venait de sortir son CD. En écoutant les paroles, j’ai adoré “Avenir et Espoir”. Que peu t’ont demandé de mieux pour le Pays Basque ? Comment exprimer ce qu’on ressent ? Chacun a ça façon de le revendiquer, que ce soit par des manifs, des spectacles, des festivals… Pour ma part, j’ai choisi de le revendiquer en images. Sans oublier d’être présente à tout ce que je viens d’énumérer…


Elle est actuellement présentée à la maison basque de New York et rejoindra bientôt celle de San Francisco. Son itinérance semble mimer la diaspora en quelque sorte…

Ah ! ça c’est la faute d’Adélaïde Daraspe et de Pantxoa Etchegoin de L’institut Culturel (EKE). Je ne vais quand même pas porter tout le fardeau toute seule ! Adélaïde est la Présidente de l’Euskal Etxea de Montréal et pour la première fois elle a accueilli une réunion de NABO (North American Basque Organisation), réunissant des délégués des Euskal Etxe de toute l’Amérique du Nord il y a quelques semaines. C’est la première fois qu’une réunion de NABO était organisée à l’est du continent américain et la première fois aussi qu’une réunion de NABO a eu lieu hors des États-Unis. Pour compléter le groupe d’Iparralde kalakan qui a donné plusieurs concerts, Iparraldeko Konpilazioa a présenté sa 7e édition et moi “Geroa eta Itxaropena”. C’est de là que tout est parti. De nouveaux liens se sont créés, avec Ibon Santiago et José Antonio Alcayca de New York et Boston, ou encore avec Gratien Etchebehere de San Francisco. Et voilà que le mois dernier, j’étais reçue à New York par Itziar Albisu la Présidente de la maison basque là-bas. J’ai eu seulement trois jours pour organiser tout le montage de l’exposition depuis Montréal, mais tout c’est super bien passé. J’espère bien casser les pieds de toutes les Euskal Etxea avec cette exposition, et plus si affinités…

Vous avez d’ailleurs noué un lien particulier avec New York… Le Pays Basque à New York, une contradiction ?

Le lien particulier avec New York c’est mon ami Jason Weiss. Un grand Monsieur adorable, écrivain et fou de jazz. C’est l’année dernière qu’il m’a fait découvrir Sa ville New York. Je lui avais bien fait découvrir Pasaia, Garazi, Biriatou… Même si ça n’est pas pareil, on s’y retrouve. Découvrir un lieu inconnu devient magique avec quelqu’un de magique. Et puis allez, soyons grande dame, pourquoi ne pas montrer à Big Apple que nous ne sommes pas ce qu’ils imaginent…


Justement quel éclairage sur le Pays Basque souhaitez vous apporter ? Avez-vous le sentiment que votre regard sur le Pays Basque diffère de celui des “basques d’ailleurs” que vous avez rencontré ?

Du 220 volts ici il n’y a encore que du 110 volts et je suis obligé de traîner mon transfo. Je plaisante, je veux juste leur montrer mon regard sur leur Pays d’origine. Parfois, dans certaines conversations, ils semblent avoir oublié que nous aussi, nous évoluons… Même si la majorité des personnes que j’ai rencontré étaient fantastiques, disons qu’il y a quelques euskaldun en Amérique qui n’ont jamais mis les pieds au Pays Basque et d’autres qui n’y sont pas retournés depuis longtemps… Ce qui a tendance à m’énerver, c’est qu’ils nous imaginent encore avec un os dans le nez et un silex. Non, nous avons aussi de brillants littéraires, chercheurs et autres.


Dans cette exposition, vous traversez le temps, mais aussi le pays, dans un mélange de noir et blanc et de couleur, d’architecture, de personnages, de fêtes, de lieux, d’ombres et d’histoire… Comme une confrontation. Pourquoi avoir choisi d’ouvrir tant de fenêtres différentes ?

Un peu comme le fameux schéma sur l’évolution de l’homme… et puis j’aime bien déranger certaines visions. Une confrontation ? Sans aucun doute. Et pour nous confronter à nous-même, il ne suffit pas d’ouvrir une seule fenêtre mais plusieurs, afin que chacun puisse s’y retrouver. Lorsque j’observais les personnes présente à l’exposition il est évident que j’ai tendu l’oreille pour écouter leurs commentaires… Quelques-uns sont restés un long moment devant une photo prise chez Totte à Hélette il y a bien des années et qui représente quatre papis autour d’un verre de rouge qui discutent… Ils se sont alors mis à parler de leurs grands parents avec une certaine émotion. Juste a coté, un jeune homme m’interrogeait sur les photos du Guggenheim de Bilbo et de la technopole Izarbel de Bidart. J’ai bien aimé ce contraste… Et puis je voulais aussi montrer le visage de nos jeunes, comme Amaiur Alfaro, Ur Apalategi, Marie-Pierre Biscay, etc. Tout ce petit monde représente quand même le Pays Basque que ce soit sur les océans, en littérature ou au théâtre.


Vos prochains projets ?

Pour commencer je rentre au Pays dans quelques jours afin de préparer avec l’équipe de l’association Begiradak, l’exposition du Photographe Portugais Gualberto Boa-Morte sur le thème du milieu rural dans la région de Viana do Castelo cette ville qui est d’ailleurs jumelé avec Hendaye. Puis, préparer mon exposition pour la Maison du Chili à Paris “In Xochitl In Cuicatl”. Ensuite je refais mes valises pour une mission à Ambatondrazaka, Madagascar avec PSID (Pompiers pour le Secours International et le Développement).


Cyrielle BALERDI

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