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Gartxot : le premier long-métrage d’animation en euskara enfin dans vos salles

16/11/2011

Carole SUHAS

L’histoire de la conquête de la Navarre est un thème qui se fait plutôt discret sur les grands écrans des salles de cinéma. Ou plutôt se faisait jusqu’à ce qu’Asisko Urmeneta, Juanjo Elordi et Edorta Barruetabeña prennent les choses en main. Les inspirés créateurs amènent Gartxot au cinéma après lui avoir fait faire ses premiers pas en bande dessinée.

Pour revenir sur l’histoire, Gartxot est un barde qui, accompagné de son fils Mikelot, chante ses peines et ses espoirs en euskara. Ils sont les figures de leur petit village, ceux qui ne laissent pas tomber les chants ancestraux dans l’oubli. Précisément le contraire de ce que tente de faire l’abbé de Roncevaux. Leurs chants, qu’ils se refusent à chanter en latin selon la volonté de Roncevaux, symboliseront vite la résistance face à cette conquête, contre l’oppression.

Sur les écrans (du Pays Basque Sud pour le moment) le 18 novembre prochain, soit samedi, Gartxot est le fruit de quatre années de labeur, celui des dessinateurs Asisko Urmeneta et Marko Ampsach, du réalisateur Juanjo Elordi, du scénariste Barruetabeña, du compositeur Benito Lertxundi et de tant d’autres collaborateurs qu’il est peu aisé de citer ici.

Souletins en première ligne

Comme il peut arriver de l’entendre dans les films d’animations, ce sont des personnalités qui prêtent leur voix aux héros animés. Et à l’échelle du Pays Basque, on retrouve alors assez naturellement, des noms comme Mixel Etxekopar, Ttitika Recalt, Luxi Agergarai et Maika Etxekopar, toutes deux chanteuses du groupe souletin Amaren alabak, ou encore Kristiane Etxaluz. Alors la conquête de la Navarre racontée par des souletins ? Choix qui pourraient en étonner plus d’un, si ce n’était la réalité historique. “Ce choix a été motivé par la vraissemblabilité” explique Kristiane Etxaluz, qui prête sa voix à la guérisseuse du village, celle qui transmet son savoir des plantes. “Il n’est vraiment pas exclu que l’euskara pratiqué à cette époque dans cette partie de la Navarre, soit plus proche de celui pratiqué actuellement en Pays Basque Nord que celui du Sud”. Ce à quoi les réalisateurs ajouteront que “la majorité des acteurs vient de Soule parce qu’ils ont un accent proche de l’euskara de la vallée de Salazar, actuellement disparu, ils partageaient une façon de vivre avec les habitants vivants de l’autre côté de la montagne”. Cette invitation lancée aux Souletins doit aussi beaucoup à Benito Lertxundi lui-même qui a proposé la voix de Mixel Etxekopar pour la bande-originale.

Du court au long

Juanjo Elordi, principal responsable de ce projet cinématographique confiait dimanche dernier au supplément dominical de Gara, Zazpika, qu’à l’origine “il avait pensé faire un court-métrage, car la narration originale d’Arturo Campion [ndlr, dont est tirée toute l’histoire] et l’adaptation en bande dessinée par la suite, étaient des récits courts. Seulement, une fois immergés dans la trame visuelle et littéraire du court, nous nous sommes rendu compte que l’univers narratif que nous offrait Campion était bien plus riche que nous le pensions. Finalement, nous nous sommes servis du court pour en faire une sorte de pilote qui nous permettrait de trouver des financements et qui nous servirait de laboratoire visuel. Dans le long-métrage, nous avons pu développer ce qui n’était qu’effleuré dans le court : le Chemin de Compostelle, la présence des Arabes en Navarre, les troubadours, le fait que la société navarraise ait été dépossédée de sa culture par l’arrivée de puissants occitans, qu’on leur ait imposé un nouveau culte à des fins impérialistes, etc.”

Autant de points historiques qui ont séduit Kristiane Etxaluz, outre l’amitié et le respect qu’elle porte à Asisko. “Dans un moment de conflit, il faut perdre la peur de l’ennemi, il ne faut pas nous laisser engloutir, nous laisser assimiler comme on pourrait le dire aujourd’hui. L’histoire raconte comment il faut être de plus en plus nous-même lorsque quelqu’un en veut à notre avenir”.

Création artisanale

A l’heure où la 3D est à la mode chez les films d’animations, Asisko Urmeneta ne se laisse pas influencer par le climat ambiant et persévère dans ce style qu’on lui connaît. Ce qui n’a pas forcément été le plus pratique pour la suite, “je suis conscient que mes personnages ont un sévère handicap, leurs profils sont extrêmement cubistes. Sur le papier, ça fonctionnait bien, mais les doter de mouvement n’a pas été chose aisée”.

Plus largement, c’est le projet entier qui est un immense pari pour ses instigateurs. Réaliser un film comme celui-ci, totalement en euskara, est un premier pas de ce que pourrait être la création cinématographique en Pays Basque. “Gartxot pourrait être une très intéressante première pierre pour réaliser de futures productions nous conduisant à réfléchir sur nos propres signes identitaires” estime Asisko. Sans compter les conditions même de réalisation de ce film, bien loin des “gigantissimes” studios de films d’animations qui monopolisent le marché, Pixar ou Dreamwork.

Comme le dit Juanjo Elordi, “nos productions doivent être différentes, sur le plan de la thématique comme du traitement, pour susciter une vraie curiosité”. Artisanal et fier de l’être, Gartxot ne sera pas un film au rabais. Oui c’est encore possible.

 

Le barde d’Itzaltzu

Gartxot est le fruit de l’imagination de son créateur, Arturo Campon, qui en 1917 écrit El bardo de Itzaltzu, récit d’une vieille légende de la Vallée de Salazar en Navarre. Davantage qu’un plaidoyer romantique en faveur de l’euskera, Campon y propose différentes clés pour comprendre la conquête de la Navarre.

Arturo Campion, linguiste de son état, fut l’un des fondateurs et membres de la Real Academia de la Lengua Vasca et de l’Académie espagnole. Son art littéraire touchait à différents styles, passant des discours et conférences aux articles de presse, écrits politiques, nouvelles et contes ou autre livre historique, sans jamais s’éloigner de sa marotte. Il a en effet consacré sa vie à la devise “Euskalherriaren alde”. Sa célèbre balade Orreaga, écrite en dialectes gipuzkoar, bizkaitar, labourdin, souletin ainsi qu’en 18 variantes de l’euskara de Navarre, est d’ailleurs le nom d’une abbaye au centre de l’action du film Gartxot, celle contre laquelle luttent les villageois. L’expansion de cette abbaye met en péril la tradition basque au profit du latin des conquérants.

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