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Des étoiles à Biarritz : l’opéra garnier en grande pompe

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28/10/2011

Carole SUHAS

Grâce aux multiples sollicitations du ballet Malandain de Biarritz, Biarritz peut enfin s’enorgueillir de la venue de leurs altesses, étoiles du ballet de l’Opéra de Paris, et de son corps de danseurs, en représentation exceptionnelle dans la cité balnéaire ce soir et demain à 20h30. De mémoire de ballerine, c’est la première fois que l’Opéra Garnier se déplace avec autant d’étoiles. Pour ses danseurs qui se produisent le plus souvent à la capitale, environ près de 150 représentations par an, la venue en province est anecdotique. Inversement, pour leurs hôtes biarrots, c’est LE rendez-vous de la danse classique à ne pas louper.

A l’Hôtel du Palais où elles avaient pris leurs quartiers, les étoiles ont accordé quelques minutes à la presse avide de savoir ce qui se passe dans la tête d’une étoile. Et dans son corps. Parmi les présents, les deux interprètes principaux du Boléro de Maurice Béjart, Marie-Agnès Gillot et Nicolas Le Riche prennent place.

Discipline

Marie-Agnès Gillot, consacrée étoile en 2004. Face à elle, Nicolas Le Riche, étoile, lui, depuis 1983. Ils sont ce qui se fait de mieux en matière de danse classique, au plus haut sommet de ce qu’ils appellent “le temple de la danse classique, où tout le monde respire danse”. On peut penser que cette “consécration” a un prix, celle de l’effort, qui n’est a priori pas ressentie comme une souffrance à en croire les danseurs : “Nous ne le vivons pas comme un travail, c’est une passion et nous ne comptons pas les heures”. Pas question donc de s’apitoyer sur les 35 heures, qu’ils dépassent allègrement, sourit Marie-Agnès, pour qui “ne pas danser, là serait la réelle souffrance”.

Plus précisément, Marie-Agnès Gillot et Nicolas Le Riche sont les deux interprètes solistes du célébrissime Boléro de Ravel, chorégraphié par le tout aussi célébrissime Maurice Béjard. Et comme l’expliquent en chœur les étoiles, cette pièce est l’une des plus difficiles et éprouvantes à interpréter pour un danseur. “C’est un des rares solos duquel on sort épuisé, mort physiquement, mais aussi nerveusement tant l’enchaînement requiert de concentration et de tension, surtout du fait de ses thèmes répétés jusqu’à 15 fois”.

Interprétation classique

Aux côtés de Béjard, ce sont à deux autres mythes de la danse classique que se confronteront les étoiles maintenant rodées à l’exercice, à savoir les chorégraphes Serge Lifar et sa Suite en blanc et Roland Petit et son Arlésienne. Si ce sont ces trois immenses classiques qui ont été choisis pour Biarritz, l’Opéra Garnier a également quelques créations dans son escarcelle. Aux étoiles donc de se plier à la demande, mais toujours dans le classique. “La principale différence entre l’interprétation et la création est le rapport humain, puisque dans une création, nous évoluons en même temps que la réflexion du créateur. C’est quand même mieux d’avoir une personne vivante que morte face à soi. Après, comme nous sommes bons en tout, pour nous, il s’agit d’abord de danser. Nous avons appris à modeler nos corps pour cela”, résume l’étoile Gillot. “En fait, c’est comme avoir un père et une mère bilingue, ce sont deux façons de dire la même chose”, ajoute Nicolas Le Riche.

Si toutes les lumières sont assez légitimement tournées vers les étoiles, le ballet de l’Opéra de Paris, ce sont aussi des premiers et premières danseuses, un corps de ballet, des figurants, des techniciens et un encadrement qui sollicite au total une centaine de personnes. Sur les 150 danseurs que compte l’Opéra Garnier, ils sont tout de même 70 à s’être déplacés à Biarritz, dont les étoiles en nombre, ce qui fait de ces deux dates à Biarritz un exemple des choix de la ville en matière culturelle. Choix qui lui coûte pour ses deux jours une coquette somme. L’opéra et ses étoiles se méritent.

 

Serge Lifar, la figure inspirante

Le chorégraphe ukrainien Serge Lifar est probablement celui qui a le plus bouleversé les codes de l’école française de danse, codes édités sous le roi Louis XIV. Serge Lifar s’est préoccupé de danse pure, indépendamment de toute autre considération ; il a voulu créer de belles visions, des visions qui n’aient rien d’artificiel ou de cérébral.

Il en résulte une succession de véritables petites études techniques, de raccourcis chorégraphiques indépendants les uns des autres, apparentés entre eux par un même style néoclassique. Style que l’on retrouve d’ailleurs dans l’écriture chorégraphique de Thierry Malandain, qui, en cela, a beaucoup de ressemblances avec Maurice Béjart et Roland Petit. En effet, ces deux chorégraphes doivent aussi beaucoup à la vision de Lifar dans leurs travaux de création respectifs.

Suite en blanc, le ballet de Serge Lifar qui sera interprété par les danseurs de l’Opéra Garnier à la Gare du Midi, est probablement l’ode la plus connue à cette école française de la danse. Serge Lifar cherche à démontrer l’excellence des danseurs de l’Opéra tout en illustrant sa réflexion de théoricien du ballet. En 1929, Lifar règle sa première chorégraphie, Renard, sur la musique de Stravinsky : à l’époque, c’est un triomphe, une nouvelle esthétique du ballet est née. En 1930, il est nommé maître de ballet de l’Opéra et prend effectivement les rênes du ballet, auquel il consacrera plus de 30 ans de sa vie.

D’emblée, il impose ses réformes : il crée une classe d’adage, c’est-à-dire que grâce à lui, le danseur n’est plus le “faire-valoir” de la ballerine et développe son style néoclassique, point de fusion des techniques classiques et modernes. Ce style fera école.

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