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Pays Basque

"Une salle de consommation offre un lieu hygiénique et de moindre risque"

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13/10/2011

Laetitia BREARD

Entretien avec Alessandro BUA / Responsable de la salle de consommation à moindre risque de Bilbo

Cette semaine se tient le colloque THS (toxicomanies hépatites Sida) au casino Bellevue à Biarritz. A cette occasion plus de 700 congressistes internationaux abordent différents sujets autour de la consommation de drogues et de la réduction des risques liés à cette consommation. Parmi eux Thomas Kerr intervient ce matin pour parler des salles de consommation à moindre risque. A Bilbo l’une de ces salles existe depuis 2003 et son responsable Alessandro Bua a bien voulu répondre à nos questions.

Comment est né le projet de créer une salle de consommation à moindre risque et à l’initiative de qui ?

Le projet est à l’initiative de Munduko medikuak, Médecins du monde Pays Basque après un diagnostic de situation local à Bilbo sur la consommation de drogues par voie injectable. Deux études avaient été faites en 2002 et 2003 afin d’analyser le profil psychologique et social et les besoins des personnes consommatrices de drogues. Ce sont des personnes en grave situation d’exclusion sociale, personnelle et sanitaire, souvent atteintes d’hépatite C ou du Sida. La salle a été créée comme une réponse à cette situation, pour offrir un lieu de consommation hygiénique et de moindre risque mais aussi pour permettre l’approche d’une population oubliée, exclue de la société.

Cette problématique de santé publique est transfrontalière, commune au Pays Basque Sud et Nord, mais surtout localisée sur la côte. C’est pour cela que nous sommes en partenariat avec l’association Bizia.

Quelles sont les drogues qui peuvent être consommées dans cette salle ?

Les drogues illégales. Héroïne, cocaïne ou le mélange des deux (speed). Ces drogues peuvent être consommées de différentes manières : injection, fumette ou snif.

Vous parlez de drogues illégales, quels sont vos accords avec les autorités municipales et gouvernementales ?

C’est un point critique. Mais il s’agit d’une politique de réduction des risques choisie par le gouvernement basque. En effet, si au niveau de la santé publique en Pays Basque on accepte le fait que la consommation de drogues existe et que l’on veut travailler à la faire diminuer, on met en place ce genre de structure.

Il existait déjà d’autres types de structures avant la création de la salle de consommation, elle n’est qu’un outil plus large inclus dans un programme, une volonté politique basque de santé publique. Les trois institutions mairie, province de Bizkaia et Gouvernement autonome basque sont favorables à l’existence de cette salle.

Qui sont les personnes qui encadrent les usagers de la salle de consommation ?

Il s’agit d’une équipe pluridisciplinaire. Comme c’est un service à la fois social et sanitaire, des infirmiers, des psychologues mais aussi des travailleurs sociaux y travaillent.

Quel est le principal objectif d’une salle de consommation à moindre risque ?

Le principe de la salle est d’améliorer les conditions de santé et de vie des personnes consommatrices de drogues. Il est aussi de faciliter un rapprochement, une mise en contact avec un réseau et de faire passer des informations sur la consommation et sur ses risques. Nous sommes en quelque sorte des éducateurs à la santé.

Comment les usagers sont-ils informés de l’existence de cette salle ?

90 % des usagers sont des locaux. Avant l’ouverture de la salle avait été effectué un important travail de contact dans la rue, puis le bouche à oreille a fonctionné.

Auriez-vous quelques informations sur les usagers ? Qui sont-ils et quel âge ont-ils à peu près ?

84 % sont des hommes, c’est une constante depuis 2003. Environ 1 100 personnes par an passent par cette salle et il y a une moyenne de 34 000 consommations par an. L’âge moyen a augmenté avec le temps, il est maintenant de 38 ans. Ce qui veut dire que ce sont les mêmes personnes qui viennent depuis le début. On compte environ 20 % de nouveaux venus par an, avec souvent un passif de 10 à 15 années de consommation.

La forme de consommation a elle aussi évolué : les injections ont diminué (elles représentent environ 38 %) tandis que la fumette a considérablement augmenté (elle est aujourd’hui à 56 %).

Existait-il des salles comme celle de Bilbo avant sa création ou avez-vous été des précurseurs ?

Munduko Medikuak a été précurseur en Pays Basque, mais il en existait d’autres en Europe, en Hollande, à Genève, Madrid ou Barcelone. Cela a apporté une sorte d’évidence empirique sur la pertinence d’une telle salle. La première salle a vu le jour en 1986 en Suisse.

Qu’avez-vous à dire aux détracteurs qui sont opposés à ce genre de structure ?

Il s’agit là de peurs et d’inquiétudes des gens, qui se manifestent presque toujours lors de l’ouverture d’un centre pour personnes exclues quel qu’il soit. Des évaluations comme celle de Vancouver démontrent que si ce genre de salle est ouverte dans un quartier identifié historiquement comme lieu d’échanges, d’achats et de ventes de drogues, le quartier gagnera alors une paix sociale ; Il ne s’agit pas d’occulter la consommation, mais elle devient bien moins visible.

Avez-vous observé des conséquences positives concrètes ?

Bien sûr. Moins de contaminations par l’hépatite C ou le Sida mais aussi moins de morts. Nous avons eu des cas d’overdoses dans la salle même, si ces overdoses avaient eu lieu dans la rue, les personnes n’auraient certainement pas pu être encadrées par un personnel soignant et n’auraient peut-être pas été sauvées.

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