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Culture

Hommage à Igor Stravinsky à Bayonne

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11/10/2011

Carole SUHAS

Igor Stravinsky honoré par le corps, celui des dix danseurs franco-russes qui se mettent au service de l’écriture sensuelle du chorégraphe Régis Obadia. Jeudi 13 octobre prochain, à 20h30, le théâtre de Bayonne accueille une soirée Stravinsky exceptionnelle, érigée sur le socle de deux des œuvres majeures du compositeur russe, Noces et Le sacre du printemps.

L’espace de Noces est une épure de salle de fêtes dans laquelle trônent trois grandes tables, espace prêt à accueillir la bataille des sentiments enfouis qui se manifestent sous forme de jeux et de danses. Le mystère de l’amour et l’illustration d’un rite initiatique que peut constituer Noces sont sous-tendus par la dimension onirique de la partition de Stravinsky.

La sensualité comme griffe

Pour ce qui est du Sacre du printemps, la chorégraphie de Régis Obadia a été primée Masque d’or en Russie. Dans un espace aride, postindustriel, un mur de tôle rouillée et du sable noir, c’est un tout autre rite que le chorégraphe aborde, celui de la sensualité et du désir. Douze danseurs sont alors présents sur scène pour donner corps à cette pulsion. Le bourgeonnement du printemps éclate dans la chair de ces danseurs sur une musique aux rythmes proches de l’extase.

De son travail sur le compositeur, Régis Obadia dira que “se confronter à l’œuvre géniale de Stravinsky est un moment unique, un véritable défi, une mise à nu, un envoûtement et une transe qui s’achève lorsque le Sacre est terminé et le travail accompli”.

S’attaquer aux ballets composés par Igor Stravinsky, c’est aussi s’attaquer aux chorégraphes qui ont pu le mettre en scène, et pas des moindres, puisque Maurice Béjart et l’Allemande Pina Bausch ont avant lui frotté leurs pointes sur ces partitions monumentales. Mais Régis Obadia est l’un des précurseurs de la nouvelle danse contemporaine française.

Des artistes (ré)novateurs

Egalement appelée Jeune Danse française, elle est un courant de danse contemporaine né durant les années 1970, sous l’impulsion de quelques jeunes danseurs et chorégraphes (pas tous Français) voulant développer un langage chorégraphique se détachant de la danse moderne en plein essor aux Etats-Unis et de l’institution de l’opéra de Paris. C’est de ce mouvement rénovateur que sont nés les différents centres chorégraphiques nationaux qui parsèment dorénavant le territoire français. Régis Obadia, avec celle qui fut pendant longtemps sa collaboratrice artistique, Joëlle Bouvier, en est une des figures les plus notables.

En 1998, Régis Obadia s’engage dans une démarche individuelle de création, tout en conservant cette sensualité qui distingue son écriture chorégraphique. C’est peut-être son statut d’“innovateur” qui l’a poussé vers l’autre innovateur qu’était Igor Stravinsky. D’aucuns considèrent en effet que Le sacre du printemps, au même titre que deux autres de ses œuvres premières, L’oiseau de feu et Petrushka, ont réinventé le genre du ballet classique. Par ailleurs, Le sacre du printemps, ballet élu par Régis Obadia, est considéré comme l’apothéose de la “période russe” (sa première) du compositeur.

Elle est probablement sa période la plus somptueuse puisque les pièces qu’il compose à cette époque sont faites pour être interprétées par des orchestres grandioses. Elles sont également très ancrées dans le folklore russe, et notamment pour Le sacre du printemps, dans la brutalité de la Russie païenne, reflétée par l’agressivité des sons, les rythmes abrupts et la polyphonie qui constituent cette œuvre.

En bref, la grandeur d’Igor Stravinsky rencontre de façon brutale la sensualité de Régis Obadia.

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