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Sujet à la une

Les partis ont les yeux rivés vers l'avenir

27/09/2011

Goizeder TABERNA

Comme tout scrutin qui s’annonce difficile, celui de dimanche dernier a réservé de nombreuses surprises (voir par ailleurs, page 8). La victoire de Frédérique Espagnac (PS, 38 ans) et avec elle celle du Parti socialiste (deux élus) font partie de ces surprises, dans un département historiquement démocrate-chrétien. Vue du Pays Basque, l’“entourloupe” de la sénatrice basque sortante Annie Jarraud-Vergnolle est un autre fait marquant de ces élections sénatoriales.

Troisième socialiste avec 511 voix lors du premier tour, l’ancienne sénatrice a souhaité participer au second tour, malgré l’accord passé entre son parti et la coalition Europe Ecologie-Les Verts et Régions et peuples solidaires. Cette dernière prévoyait que le candidat socialiste arrivé troisième au premier tour laisse sa place à Sauveur Bacho, candidat de la coalition.

“Au regard de l’accord national signé avec les écologistes, il lui a été demandé de ne pas se présenter par la fédération et par les instances nationales”, explique le secrétaire fédéral du PS, Pierre Cherret qui considère son attitude inacceptable. Il a demandé son exclusion du parti.

L’ancienne sénatrice cri à “l’injustice” des résultats du premier tour, soupçonnant “des arrangements” sans donner plus de précision que : “Beaucoup de voix recueillies par Frédérique Espagnac ne venaient pas du PS”. Elle tient à affirmer qu’elle était d’accord avec l’accord qui liait le PS à la coalition abertzalo-écologiste. Elle s’est tout de même présentée au second tour sans l’investiture du parti. “De toute façon, si je ne m’étais présentée, Sauveur Bacho n’aurait pas fait le plein des voix”, conclut A. Jarraud-Vergnolle.

Pierre Cherret reconnaît que l’accord “n’a pas été à 100 % respecté, malgré les efforts réalisés” par les responsables du parti. En plus, tous les militants du PS n’auraient pas défendu cet accord, notamment, David Habib. Et P. Cherret souffle : “Ce sera à eux [représentants de la coalition] à voir comment ils envisagent l’avenir…”

Problème interne

Pour Sauveur Bacho, il ne semble pas y avoir de doute : “Il ne s’agit pas de trahison de la part du PS. Certains n’ont pas appliqué la ligne de leur parti ; ils devront régler ce problème en interne”. Il confie, néanmoins, que David Habib a maintenu “un drôle de jeu avec le Parti communiste”. L’union large reste toujours “son combat” pour les échéances à venir. Une union qui devra inclure tous les progressistes du Pays Basque.

Pour l’instant, le candidat d’Arbérats est satisfait du score obtenu dimanche dernier (150 voix au premier tour, 317 au second), même si une trentaine de bulletins ont été annulés à cause d’ajouts de noms sur le bulletin même. “Avec les voix du PNB, on arrive à 20 % des voix”, commente S. Bacho.

Un score que Jean Tellechea (candidat du PNB) considère insatisfaisant : “Nous sommes toujours les mêmes 200 convaincus”. Il tape sur le manque de lisibilité de l’ensemble de la gauche abertzale et défend le travail “dans les majorités”. Il prône l’union de la famille centriste, depuis Forces 64 jusqu’au Nouveau Centre de B. Inchauspé et des indépendants. Par ailleurs, J. Tellechea retiendra du scrutin de dimanche dernier “l’humiliation des élus basques” qui se sont retrouvés noyés dans une élection majoritairement béarnaise.

Effectivement, le seul Basque siégeant au Sénat sera Jean-Jacques Lasserre (Forces 64). Arrivé en seconde position au niveau du département (823 voix), il pense que l’électorat centriste et ses “amis de l’UMP” l’ont aidé, mais “au-delà des accords politiques, j’ai attiré des voix de gauche et régionalistes”. Il refuse néanmoins de parler d’accord avec Max Brisson (UMP) qui lui avait publiquement accordé son soutien, et préfère parler “d’appui très officiel”.

A présent, le nouveau sénateur devra faire un choix, non seulement dans le cadre de la nouvelle dynamique de rassemblement de la famille centriste qu’il souhaite entamer en vue des prochaines échéances, mais aussi parmi ses différentes fonctions. Conseiller général, conseiller régional et sénateur, il envisage d’abandonner un des trois mandats. Il confie être attaché au département, mais n’avoir pas encore pris de décision.

En revanche, il maintient la présidence du Conseil des élus du Pays Basque et compte poursuivre la réflexion sur l’avenir de ce territoire. Unique Basque du Sénat, il ne pense pas être le seul “à défendre” le Pays Basque. Il dit vouloir tout de même faire avancer le débat à Paris : “Je compte m’exprimer sur ce dossier”.

Renouvellement

Comme Jean-Jacques Lasserre, de nombreux candidats ont vu l’avènement de leur cadette, Frédérique Espagnac (PS), comme une demande de renouvellement et de rajeunissement des représentants politiques. D’après le secrétaire fédéral Pierre Cherret, la jeune sénatrice béarnaise a aussi attiré les grands électeurs hostiles au cumul des mandats et les personnes “outrées par la façon de faire du gouvernement dans le dossier de la réforme territoriale”, ceux qui “s’opposent au schéma du préfet”.

Le grand perdant est l’UMP qui n’a pas de sénateur ni au Pays Basque ni en Béarn. Michel Hiriart est le seul candidat de droite à s’être maintenu au second tour (528 voix). La plupart étaient difficilement joignables hier. Sans l’investiture du parti, Peyuco Duhart évoque “un contexte national difficile” pour expliquer ces résultats. “Même les candidats soutenus par Michèle Alliot-Marie n’ont pas de bon résultat”, dit-il se défendant du manque de soutien qu’il a suscité au sein de l’UMP. Son chef de file, Max Brisson a déclaré sur France Bleu que son parti était en phase de reconstruction sur le département.

 

Le scrutin de dimanche a amené quelques surprises et de nombreux enseignements…

Antton Etxeberri

Les résultats de ces élections sénatoriales pour le département des Pyrénées-Atlantiques apportent différents enseignements quant au rapport de forces qu’il existe chez nos élus. Seuls étaient autorisés à voter les “grands élus” : maires, conseillers généraux, régionaux, députés… Le résultat obtenu confirme ce qui s’est dessiné ces dernières années tant au niveau des élections municipales, cantonales et régionales : une majorité de gauche dans le département 64. Les résultats de dimanche sont sur la même lignée : les trois anciens sénateurs (un UMP, un MoDem et un PS) ont laissé la place à trois nouveaux (deux PS et un MoDem).

Pas forcément ceux qu’on attendait au PS

Outre les rapports de force politiques, il est intéressant de s’arrêter sur les personnalités élues. Et la grosse surprise a été l’élection de Frédérique Espagnac, conseillère municipale de Pau, qui s’est retrouvée propulsée en tête au premier, et au second tour. A 38 ans, cette inconnue de la politique a visiblement réussi à convaincre au-delà du cercle socialiste, puisqu’elle obtient par exemple 164 voix de plus que le président du Conseil général Labazé, pourtant grand favori socialiste pour ce scrutin. La campagne et le discours qu’elle a portés auprès notamment de nombreux élus du Pays Basque intérieur semble avoir porté ses fruits. Son pari d’ouverture opéré auprès de nombreux élus abertzale a eu raison de l’appareil politique socialiste, dont certains de ses représentants ne cachaient même pas avant le scrutin qu’ils ne voteraient pas pour elle. A contrario, la sénatrice sortante, Annie Jarraud-Vergnolle, n’aura pas réussi à retrouver son poste. Elle est même aujourd’hui menacée d’exclusion par la direction du PS, en raison de son attitude entre les deux tours : forte de ses 511 voix au premier tour, et voyant la tête de file RPS-Verts ne faire que 150 voix, elle n’a pas hésité à maintenir sa candidature au second tour, contrairement à l’accord passé entre le PS et les Verts, qui stipulait que le troisième socialiste laisserait sa place au second tour à Sauveur Bacho. Pour l’anecdote, elle fera 100 voix de moins au second tour qu’au premier. Quant au troisième socialiste, Jo Labazé, il sera finalement élu de justesse, avec seulement 59 voix de plus que la MoDem Denise Saint-Pé. On peut penser que la trahison de sa colistière d’Anglet a pu refroidir un grand nombre d’élus, au moment de soutenir le président du Conseil général.

La débâcle du parti présidentiel

On savait que la concurrence au sein de l’UMP pour un poste de sénateur allait faire des dégâts. Mais à ce point… Le premier d’entre eux, Michel Hiriart, pointe en sixième position, loin derrière Denise Saint-Pé. Son titre de président de l’Association des maires du département n’a finalement pas beaucoup compté au moment du vote. Ses concurrents de la même famille (Duhart et Castaings) n’ont eux non plus pas atteint les scores espérés, loin de là. Le maire de Saint-Jean-de-Luz et l’ancien président du Conseil général reçoivent un sérieux désaveu lors de ce scrutin. La multitude de candidatures de droite en Pays Basque a favorisé la poursuite de la chute de l’UMP dans le département, entamée dans les années 1990. Le visage de Michèle Alliot-Marie dimanche à Pau était révélateur du travail qu’il reste à mener dans le département pour le parti de Sarkozy, à quelques mois de l’échéance présidentielle. Cette débâcle de l’UMP a profité à Jean-Jacques Lasserre (MoDem), qui a su tirer son épingle du jeu. Il s’en est même fallu d’un cheveu que sa collègue Denise Saint-Pé ne crée pas le doublé. Le MoDem confirme avec ces résultats sa bonne implantation, notamment en Béarn et Pays Basque intérieur.

La trahison du PS

Enfin, la candidature RPS-Verts n’a pas atteint les résultats obtenus par Darraïdou il y a dix ans. Le chef de file Bacho a eu au premier tour 150 bulletins, contre 196 pour l’ancien maire d’Espelette. On pouvait penser que le vote au panachage favoriserait le maire d’Arbérats, mais cette candidature était aussi concurrencée par celle de Tellechea du PNB, qui a réuni autour de son nom 50 bulletins. Les collègues de Bacho, Alice Leiciagueçahar et le Béarnais Iriart ont obtenu respectivement 86 et 104 voix. Même si l’espoir était mince, le non-respect de l’accord passé avec le PS a enterré les chances de Bacho d’être élu au second tour. Il obtiendra 317 voix. Les abertzale qui auront fait le pari d’une alliance avec les écologistes et d’un accord technique avec les socialistes trouveront dans ces sénatoriales matière à se sentir trahis par le Parti socialiste. Une fois de plus…

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