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Culture

“El Tren Fantasma”, film culte du cinéma muet mexicain, mis en musique 70 ans après

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27/09/2011

Carole SUHAS

Pour ses 20 ans, le festival Biarritz Amérique latine s’offre une création. En images, bien sûr, mais aussi en musique pour une association pour le moins anachronique, celle de l’Orchestre régional côte basque, dirigé par Joël Merah pour l’occasion, et de Gabriel García Moreno, réalisateur mexicain des années 1920, figure du cinéma muet. Une nouvelle fois, Joël Merah se frottera au match d’improvisation sur pellicule, à partir de 20h30 à la Gare du Midi.

Si l’Orchestre régional côte basque (ORBCB) se produit chaque année pour le festival, il est en revanche plus rare de croiser une œuvre cinématographique d’une telle envergure. El Tren Fantasma de Gabriel García Moreno est considéré comme l’un des films cultes du cinéma muet mexicain. Après visionnage du film, Joël Merah est inspiré par son caractère épique et tragique, semblable aux films états-uniens de l’époque (qui ont beaucoup inspiré García Moreno), mais aussi par l’image du Mexique, de ses mœurs et de sa mafia. Deux obsessions essentielles en surgissent alors : rester immergé dans un univers mexicain authentique et s’aventurer dans une orchestration métissée entre jouets, percussions latines, ballons, ukulélés et bande électronique.

La volonté de Joël Merah, comme il le confie, “était de rendre hommage au compositeur mexicain Conlon Nancarrow, qui a beaucoup travaillé sur le rythme via un piano mécanique. Beaucoup de scènes se sont imposées à partir de cette pensée-là”. Pour base, le compositeur s’est inspiré d’une chanson romantique mexicaine, Mitexeca, pour y intégrer sa démarche de musique davantage influencée par Stravinsky et la musique de cabaret des années 1920 à 1940.

Action sous psychotropes

Années 1920 à 1940 qui sont aussi celles de Gabriel García Moreno puisqu’il réalise ses quatre longs-métrages, El Buitre, Misterio, El Tren Fantasma et Puño de Hierro entre 1925 et 1927. Ce qui a fait de l’œuvre, pourtant succincte, de Gabriel García Moreno une des plus emblématiques du cinéma mexicain, c’est son rapport à la drogue et sa façon de filmer.

Passionné de technique, il affectionne particulièrement la photographie du cinéma états-unien, tout en restant attaché à des thèmes typiquement mexicains. Allant plus loin qu’un discours moraliste destiné à une jeunesse perdue ou une démonstration dissuasive de l’ingurgitation de psychotropes, Gabriel García Moreno empreint son aventure ferroviaire à scènes d’actions de haut vol d’une ambiance toxicomane au réalisme impressionnant. De ce style détonnant à l’époque, c’est sans doute Puño de Hierro, son dernier long-métrage, que l’on cite en référence.

El Tren Fantasma est un film d’action sous-tendu par une rivalité amoureuse et des crimes commis par une troupe de bandits de grands chemins de fer. Dans ce film, alors qu’il débarque à Orizaba pour informer des irrégularités qu’il a remarquées sur la ligne de chemin de fer, le jeune ingénieur Mariel se retrouve pris dans une histoire d’enlèvement. Il s’oppose à une bande d’assaillants de trains, qui a enlevé la femme dont il est tombé amoureux, la belle Elena, qui se trouve également être la fille du propriétaire de la station d’Orizaba.

Entre 1926 et 2011, le cinéma mexicain a certes évolué, mais reste audacieux, à l’image de celui de García Moreno.

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