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"Avec Didier Borotra, Biarritz joue de nouveau dans la cour des grands"

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20/09/2011

Pierre MAILHARIN

Entretien avec Max BRISSON / Premier adjoint de Didier Borotra

Malgré de multiples tentatives pour obtenir un rendez-vous avec Didier Borotra, en vue d’un bilan à mi-mandat, nos sollicitations sont restées sans réponses. Max Brisson, premier adjoint UMP au maire de Biarritz, a accepté de se prêter au jeu à sa place.

Que ressortez-vous du bilan de Didier Borotra à mi-mandat ?

Didier Borotra est le maire qui aura redoté Biarritz des équipements indispensables à sa compétitivité dans l’économie européenne du tourisme : Halle d’Iraty, Cité de l’océan, casino… Il y a 20 ans, la ville était sous-équipée, dans l’incapacité d’accueillir de grands congrès. Les retombées économiques de cette politique sont évidentes : le taux moyen de remplissage des hôtels est de 60 % sur l’année. On a assisté à une spectaculaire remontée de gamme du fait des forts investissements des professionnels du tourisme, qui ont travaillé en synergie avec la ville. Biarritz est redevenue une destination qui compte. La politique culturelle, avec le Temps d’aimer, le Fipa, le Festival des cultures d’Amérique latine, a contribué à ce retour d’image. Biarritz joue de nouveau dans la cour des grands.

Parmi les grands équipements que vous évoquez, Biarritz Océan a sans doute été le plus contesté. Comprenez-vous l’hostilité au projet ?

Le projet Biarritz Océan part d’un postulat : si nous ne renouvelons pas les outils qui assurent notre capacité de séduction, nous perdons de l’attractivité et donc des parts de marché. C’est un combat permanent. On ne peut plus vivre sur des acquis. C’est ce qui me sépare de l’opposition : pour elle, il ne faut pas investir dans le tourisme. Aujourd’hui, le tourisme est un secteur économique comme les autres. On a fait comme cela dans le passé et Biarritz a reculé.

Que répondez-vous aux critiques concernant le coût du bâtiment ?

Le coût intègre l’entretien et la mise à niveau du bâtiment par Vinci. Si on faisait la même chose pour le casino, on obtiendrait un coût comparable. D’autre part, si les deux équipements de Biarritz Océan trouvent leur public, ce seront eux qui paieront cet investissement. Plus la fréquentation est forte, moins le coût sera élevé. Les chiffres actuels sont plutôt encourageants. A trois mois pleins de gestion le 25 septembre, nous aurons dépassé les 250 000 entrées. En comparaison, le Musée de la mer avant rénovation faisait 200 000 par an. L’objectif de 400 000 par an est envisageable.

Une partie de l’opposition déplore que l’édifice n’ait pas été bâti selon les nouvelles normes écologiques…

Le bâtiment est BCC, basse consommation calorifique. On peut toujours dire que tel ou tel procédé n’a pas été utilisé. Mais ce qui compte, c’est le résultat calorifique. Je l’affirme haut et fort, contrairement à ce que disent MM. Etcheverry et Claverie. De toute façon, M. Etcheverry critique tout…

Pour certains, Biarritz Océan est le symbole d’une politique exclusivement tournée vers le tourisme, délaissant le social. Comment réagissez-vous à cela ?

Si notre politique n’était orientée que vers le tourisme, le bilan serait médiocre. Je réfute donc complètement ces arguments. Nous avons une politique de solidarité qui est certainement la plus avancée de toutes les communes du Pays Basque. Elle tient compte des particularismes biarrots en reposant non pas sur le revenu mais sur le “reste à vivre”, qui est fonction des cas individuels et du coût des loyers. Nous avons un centre social, une épicerie sociale, une politique de la petite enfance extrêmement poussée, avec deux crèches et en projet une troisième. Nous avons créé des jardins d’éveil. Pour ce qui est des subventions aux associations et clubs sportifs, je suis prêt à faire la comparaison avec toutes les communes du Pays Basque…

La ville a été épinglée en 2011 par la fondation Abbé Pierre pour son faible nombre de logements sociaux. Elle n’en compte que 7,5 %…

La politique de remontée d’image a généré une spectaculaire flambée de l’immobilier, qui a provoqué l’éviction de la ville des jeunes ménages. Après, je pose la question aux Biarrots : veulent-ils la densification de leur ville, qui est déjà la plus dense du département ? Il faut saisir toutes les opportunités qui s’offrent pour faire du logement social, mais je rappelle que la municipalité précédente est tombée car il y avait des grues partout. On a eu une grande opportunité avec le déménagement du centre technique. On l’a saisie. C’est le projet Kléber, qui verra la construction de 400 logements, dont 200 en locatif social, 100 en accession sociale et 100 privés.

Ajouté à ces 7,5 % de logement sociaux, la ville compterait près de 50 % de résidences secondaires. N’est-ce pas préoccupant ?

Sur les 27 000 logements, on compte en fait un peu plus de 9 000 résidences secondaires [soit 33 %, ndlr]. Faire croire que cela peut changer à l’avenir, c’est de la démagogie. Les résidences secondaires n’ont pas partout le même sens. Dans les départements de la région parisienne, elles sont la propriété des classes moyennes. Or les lois sont universelles en France, elles ne font pas de différenciation entre les territoires. Aucun gouvernement ne s’attaquera aux résidences secondaires. D’une façon générale, il faut augmenter le stock de logement. Biarritz doit participer à cet effort. Le projet Kléber est une première réponse.

Didier Borotra se retirant en 2014, vous avez décidé de vous présenter à sa succession. Vous avez annoncé votre candidature en début d’été. Pourquoi si tôt ?

Il ne faut pas mentir aux gens. La langue de bois, ils en ont soupé. Je ne vais pas faire semblant. Je souhaite être maire de Biarritz. J’ai acquis une expérience suffisamment solide pour pouvoir postuler. D’autre part, un nouveau cycle va commencer. Le véritable enjeu est de réconcilier les deux Biarritz, le Biarritz dynamique, du tourisme, et une vraie ville qui doit le rester. Les deux objectifs doivent être menés de pair. Ils nécessiteront beaucoup de rencontres et d’écoute. Avec mes amis, je vais rencontrer des responsables associatifs, des acteurs sociaux. Deux ans pour fixer un nouveau cycle, un cap, ne me paraissent pas de trop.

Sans “langue de bois”, cette candidature précoce n’est-elle pas une façon de couper l’herbe sous le pied de Michèle Alliot-Marie ?

Si Michèle Alliot-Marie avait l’intention d’être candidate, je pense que j’en serais le premier informé. Elle en aurait parlé avec moi.

Chaque fois qu’elle est interrogée sur le sujet, elle se fait évasive…

Elle se fait évasive sur toutes ses candidatures. C’est une constante chez elle de ne pas anticiper les élections. Je serai surpris que Michèle Alliot-Marie rompe le lien très fort qu’elle a noué avec les Luziens. Je la rencontre très souvent. J’ai avec elle des relations de travail et amicales. Elle m’a téléphoné au mois de juillet, nous sommes en contact étroit. Bien plus que ceux qui parlent en son nom et qui font croire qu’ils portent sa parole.

Vous avez également déclaré vouloir former une liste ouverte, de rassemblement. Ce qui a marché avec Didier Borotra peut-il fonctionner avec vous ?

Le postulat “On ne pourra pas faire du Borotra sans Borotra” est faux. On pourra le faire après Borotra car on l’a fait avant. La municipalité de Guy Petit, qui était un homme de droite, était très ouverte. Didier Borotra a repris cet héritage. Mon point de vue est simple : l’épicentre de cette ville est au centre-droit. Sur un contrat municipal, on peut se retrouver avec des hommes et des femmes de sensibilités différentes. Mais il s’agit de faire un vrai rassemblement. Certains veulent un rassemblement s’il exclut l’UMP. Moi je suis prêt à travailler avec des gens qui ont des sensibilités de gauche ou abertzale. A deux conditions : le strict respect de l’Etat de droit, mais cela va aujourd’hui sans dire, et un contrat municipal partagé.

Pensez-vous que les abertzale biarrots sont prêts à s’allier à un potentiel maire UMP ?

Les abertzale sont entrés sur une liste où l’UMP constituait le principal groupe. Je ne leur demande pas de renier leurs idées, de se cacher. Comme ils ne me demandent pas de renier les miennes. Michel Poueyts est candidat aux sénatoriales [suppléant, ndlr]. Je respecte sa candidature, qui est légitime, mais il sait qu’il n’aura pas ma voix. Ça ne nous empêche pas de travailler ensemble pour Biarritz, d’être par exemple en phase sur le futur schéma de transports.

Sur quelle thématique comptez-vous faire campagne durant ces deux ans ?

L’un des vrais enjeux à Biarritz, c’est la mixité sociale, ce qui ramène à la question du logement et à l’intégration des populations venues d’ailleurs. Elles viennent chez nous pour l’identité de la ville, y compris basque, son cadre de vie, sa convivialité. Il ne faudrait pas que cette arrivée casse ce qui explique notre attractivité. Il y a 40 ans, Biarritz était à la fois une grande station et un grand village. C’est ça qui part. C’est un phénomène de société, pas propre à Biarritz.

Vous avez récemment pointé l’insécurité l’été sur la Grande Plage. N’est-ce pas un peu électoraliste ?

Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir qu’il y a un problème sur la Grande Plage et d’une façon générale dans la deuxième partie de la nuit biarrote. Les grands rassemblements de jeunes, très jeunes, qu’on y observe, avec une alcoolisation excessive, sont en rupture avec l’esprit de la fête et conduisent à des dégradations importantes. Loin de moi toute idée anti-jeunes. Je souhaite qu’ils puissent passer la nuit à la belle étoile. Je dis juste qu’il faut travailler avec les professionnels de l’encadrement des jeunes, les travailleurs sociaux, les éducateurs pour avoir une présence adulte encadrant cette forte concentration, assurant la sécurité. Je ne souhaite pas le couvre-feu à Biarritz.

Vous tirez la sonnette d’alarme sur ce phénomène, alors que M. Borotra semble le minimiser. Y a-t-il une rupture entre vous sur ce point ?

Le maire a l’obsession de ne pas amplifier le phénomène et donc de ne pas propager une image qui serait négative. Lorsque j’en parle, j’ai moi-même cette inquiétude en tête. Mais j’ai senti le besoin de dire aux Biarrots qu’on se rend bien compte du problème.

Vous avez évoqué l’identité basque de la ville. Qu’en est-il du projet de lycée général et technologique ?

Pour la ville, l’engagement est celui de la mise à disposition d’un terrain. L’aide pour le financement est travaillée entre Seaska et le Conseil général. Quand le lycée arrivera-t-il ? La question est à poser au président du Conseil général.

Vous venez de quitter la présidence de l’Office public de la langue basque (OPLB). Votre bilan a la tête de celui-ci est salué par tous. Une interrogation demeure cependant : pourquoi ne pas en avoir profité pour apprendre le basque ?

Je ne vais pas m’inventer un passé bascophone que je n’ai pas. Je suis issu d’une famille qui n’est pas bascophone, mes enfants n’ont pas été à l’école bilingue. Mais le jour où je disposerai de plus de temps, ce sera un beau chantier. A l’âge de la retraite. Je n’ai pas le temps aujourd’hui, vu l’investissement que cela demande. Je note qu’à aucun moment, sauf une fois, les acteurs que j’ai eu en face de moi en ont fait un problème. C’est un signe de tolérance et d’intelligence. Mon successeur est bascophone, c’est très bien. Mais je ne pense pas qu’il y ait obligation à l’être, pas plus qu’être enseignant pour être adjoint à l’enseignement.

Ce passage à la tête de l’OPLB a-t-il fait évoluer votre vision politique ?

J’ai beaucoup changé dans mon approche du Pays Basque, même si ce cheminement avait commencé avant la présidence de l’OPLB. A 18 ans, j’avais une vision caricaturale du Pays Basque. Une de mes obsessions comme élu est le vivre ensemble, de créer le plus de passerelles possibles entre les gens.

 

L’opposition juge sévèrement le dernier mi-mandat de Borotra

Galéry Gourret-Houssein (Biarritz à cœur) - “La démocratie voudrait que tout(e) candidat(e) réalise le programme pour lequel il ou elle a été élu(e). Didier Borotra avait écrit en 2008/2014, qu’il allait ‘fusionner la Sogicoba avec un autre organisme de même nature, que la rénovation des halles centrales serait faite en 2008-2009- 2010, que le complexe d’Aguilera, que l’extension de l’auberge de la jeunesse’, etc. Que de promesses non tenues ! Le parc de la Sogicoba, 626 logements sociaux en bon état, a été bradé à Erilia Marseille pour 50 000 euros le logement, soit 625/m2. Impensable pour une ville qui se trouve à 6 % au lieu de 20 % minimum de logements sociaux. Encore plus inquiétant, les retards pris sur la réalisation du quartier Kléber. La Cité de l’océan et du surf est un bâtiment décevant, au coût dépassant les 70 millions. A contrario, j’ai toujours approuvé l’agrandissement du Musée de la mer, qui semble être un succès. Peu avant, était inaugurée la Halle d’Iraty à 18 millions au lieu de 14 annoncés ! Notre maire se disant ‘grand bâtisseur’ a fait exploser l’endettement de la ville. Et voilà que les responsables de l’ex-Bab nous imposent une dépense de 195 millions pour les Chronobus, avec les encombrements sur la D810 et les CO2 générés. On augmente la pollution au lieu de la combattre ! Biarritz est devenue méconnaissable, car le ‘tout tourisme’ que je dénonçais en 2008 est devenu une réalité. Les Biarrots ont abandonné le centre de la ville au profit des touristes ; résultat : très peu de convivialité entre les habitants. Le tourisme reste nécessaire mais doit être étalé sur toute l’année et devrait profiter à tout le Pays Basque”.

Jean-Benoît Saint-Cricq (Rassemblement pour le renouveau de Biarritz) - “Après 20 ans de règne, ce dernier mandat s’annonce le plus catastrophique de l’ère Borotra. J’avais prévenu les Biarrots contre les dérives budgétaires, mais mes prévisions étaient en dessous de la réalité. Pour la Cité du surf, j’avais annoncé un coût de 66 millions pour la collectivité alors que Didier Borotra certifiait un coût de 30. Mais voilà, il parlait du coût… pour le constructeur, qui a été, en fait, de 42, et pas du coût pour Biarritz qui sera, au résultat, de 90 ! Pour la Sogicoba, il disait qu’il allait ‘adosser’ celle-ci à un opérateur HLM de plus grande taille. Avec sa mauvaise gestion, il était incapable de redresser la situation financière de notre société de HLM. Il l’a donc bradée au quart de sa valeur à la société marseillaise Erilia. Ce mandat a été marqué par le carnage de la Cité du surf. Les chiffres annoncés pour juillet et août montrent que le Musée de la mer n’a pas connu d’accroissement significatif de sa clientèle. Il sera loin des 300 000 visiteurs espérés et la Cité du surf n’atteindra pas le tiers de la fréquentation escomptée. 80 % de la fréquentation se concentre sur les deux mois d’été. Ce sera un miracle si le chiffre d’affaires atteint la moitié des 6 millions du prévisionnel fantaisiste de D. Borotra. Cette équipe ne voit que par le tourisme mais ne fait rien pour l’écologie, rien de sérieux pour les eaux de baignade, pas de piste cyclable. Le plan de circulation calamiteux n’est conçu que pour assurer le remplissage des parkings Vinci et dissuade l’accès au centre. Il y a un décalage complet entre les attentes des Biarrots et les réalisations de cette équipe municipale autiste qui nous conduit dans une impasse budgétaire”.

Peio Claverie (Biarritz citoyen solidaire)- “A Biarritz plus qu’ailleurs, le maire est seul aux commandes. Les adjoints sont invisibles. Les dossiers sont pilotés exclusivement par le maire. Plus grave, seul son avis compte, comme par exemple la commission de désignation de l’architecte de la Cité du surf propose un nom… Qu’à cela ne tienne, Didier Borotra en impose un autre… Borotra : un maire qui ne tient pas ses promesses ! Depuis sa réélection, Borotra n’a construit aucun logement social ! Biarritz est à 7 % de réalisation… alors que la loi nous en impose 20 %… L’agenda 21 biarrot n’existe pas, il est toujours à l’état végétatif, il n’est pas une priorité du mandat… A Biarritz, il ne manque pas d’argent, soit disant, pour l’action sociale, mais l’épicerie sociale (qui fut ponctuellement en danger) est fermée en été, de même que les structures d’accueil des touts petits. Les navettes gratuites devaient transformer le mode de circulation des Biarrots et désengorger l’hyper centre… En réalité, elles ne desservent aucun quartier populaire ! Aucun de ces quartiers n’est donc rapproché des plages, d’Aguilera, de la polyclinique, des halles centrales… mais les touristes, eux, sont trimballés vers les plages et la Cité du surf gracieusement (avec les sous des Biarrots). Les logements vacants ne sont ni recensés ni imposés comme la loi le permet, alors même que le conseil municipal a voté les textes pour le faire. On sait bien à Biarritz que le traitement des quartiers n’est pas égalitaire. Borotra, les yeux rivés sur sa réussite très locale, n’aura jamais considéré le Pays Basque (Nord ou Sud) comme un atout ou simplement un partenaire”.

inprimatu