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Sujet à la une

Réseau Comète : un film contre l'oubli

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08/09/2011

Béatrice MOLLE

C’est une épopée de solidarité et de fraternité. Le réseau Comète a été créé en 1941, pour permettre aux pilotes alliés, dont les avions avaient été abattus en Belgique, Hollande ou au Nord de l’Etat français de traverser la frontière de l’Etat espagnol, par le Pays Basque Sud. Beaucoup d’habitants du Pays Basque, impossible de donner un nombre précis, ont ainsi aidé des aviateurs anglais et états-uniens à passer de l’autre côté et rejoindre Gibraltar. Cette année a lieu le 70e anniversaire de la création du Réseau Comète.

Et parallèlement, un documentaire sera projeté en séance privée, vendredi, au théâtre de Bayonne. Son nom : Le dernier passage. Il sera diffusé le 5 octobre sur France 3 Aquitaine à 23h50, ainsi que sur la chaîne Histoire à une date non communiquée. Le documentaire sera également en compétition au Zinemaldia de Donostia où il sera diffusé en “exclusivité mondiale”.

Un film documentaire

Le documentaire écrit par Thecla Geesing est réalisé par deux jeunes femmes, Enara Goikoetxea et Iurre Telleria. Les principaux membres du réseau Comète, Belges, Anglais, Français et Basques étant morts ou très âgés, ce sont de jeunes acteurs qui interpréteront le parcours des membres du réseau. Mais il s’agit bien d’un documentaire et non d’une fiction. Diverses scènes ont été tournées à Bayonne, aux alentours de la cathédrale. Plusieurs institutions des deux côtés du Pays Basque, de Belgique, des Flandres, ainsi que des chaînes de télévisions et des entreprises de production ont participé, comme Amo Films, dont nous avons joint la productrice, Agnès Jamal, qui nous raconte la génèse de ce documentaire : “Cela a été un montage financier assez long à mettre en place. Il s’agit d’une coproduction à trois pays avec toutes les tracasseries administratives que cela suppose. Il y a quatre versions : basque, anglaise, espagnole et française. Par ailleurs, il a fallu cinq années de recherches, nous avons recherché les protagonistes de ce réseau qui étaient encore en vie en France, mais aussi en Belgique et au Canada. Ce fut un véritable travail d’équipe et nous avons également tourné en Autriche. Nous espérons que le film sera également diffusé dans les salles en France. Il le sera dans les salles espagnoles à partir du 11 novembre”.

Deux survivantes

Il ne reste que deux survivantes du réseau Comète en Pays Basque Nord : Lucienne Dassié, “Lulu”, et Joséphine Castets, “Fifine”, qui était la fille de Kattalin Aguirre de Ciboure, arrêtée et déportée en 1943. Joséphine ne sera pas arrêtée. Elle avait 14 ans mais travaillait activement avec sa mère, au sein du réseau. Lucienne, âgée de 15 ans, était la fille d’Edouard et Cyprienne Dassié, tous arrêtés en 1943 et déportés en camps de concentration. Jean Dassié, le frère de Lucienne, avait sept ans lorsque cette tragédie emporta sa famille dans les camps. Elevé par sa grand-mère maternelle pendant le temps de la détention de ses parents et de sa sœur, il est aujourd’hui président de l’association des Amis du réseau Comète : “Mon père est mort à l’hôpital à Paris en rentrant de Buchenwald et ma mère est morte deux années plus tard. Elle avait été à Ravensbrück. Seule ma sœur Lucienne est vivante. Aujourd’hui, nous nous battons contre l’oubli, nous avons un devoir de mémoire à perpétuer”.

 

En mémoire de Frantxa et de tous les autres

15 janvier 1943, Urrugne  : Frantxa Uzandisaga, jeune veuve de 35 ans et mère de trois enfants, est arrêtée par l’armée allemande à son domicile, maison Bidegain Berri. Encadrée par deux soldats allemands, elle marchera dans la rue, les mains sur la tête, derrière le camion qui l’emmenait. Une scène dont se rappellent encore les Urruñar âgés. Frantxa n’était pas une militante politique, au sens stricto sensu du mot. C’était une femme qui a su dire non, au péril de sa vie, acceptant que sa maison Bidegain Berri soit un relais du réseau Comète. Déportée au camp de Ravensbrück, elle mourra le 12 avril 1945, un mois avant la libération. L’écrivaine Marie-José Basurco dans son livre Retour d’exil a consacré un chapitre à Frantxa : “Elle embrasse son enfant dans le cou. Et puis la porte en bas cède dans un grand bruit. Raus ! Raus ! Ils sont déjà dans la cuisine avec leurs mitraillettes, leurs bottes, leurs casques. Ils la jettent contre la table, elle et le vieux domestique, et aussi les quatre aviateurs anglais. Les enfants appellent derrière elle. Les Allemands l’empêchent de se retourner, de les toucher [...]. Elle ne connaît pas les camps, ni les miradors. Elle ne connaît que la Rhune, les fougères et l’eau fraîche du lavoir. Ils la font remonter dans le camion. Direction : Bordeaux, le Fort du Hâ”. Le 24 septembre 2005, un groupe de personnes a déposé deux gerbes au monument aux morts d’Urrugne signées “The Royal Air Force, in memory of Frantxa Usandisaga”. “Qu’avons-nous fait pour que Frantxa demeure dans la mémoire collective de notre village ? Y a-t-il une rue dans le bourg qui porte son nom ?”, questionnait alors Danielle Albizu, ancienne élue d’Urrugne.

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