RSS
Index > Edition papier > Sujet à la une

Sujet à la une

Basse-Navarre : Galant défie la fusion

p002_5936.jpg

17/08/2011

Pierre MAILHARIN

Entretien avec Jean-Michel GALANT / Président la Communauté de communes Garazi-Baigorri

Jeudi 25 août, les 50 délégués de la Communauté de communes (CC) Garazi-Baigorri rendront leur avis sur le schéma départemental de coopération intercommunale (SDCI). Dans sa version du 5 mai, celui-ci prévoit la fusion en 2012 des CC Amikuze, Iholdi-Oztibarre et Garazi-Baigorri - plus la commune de La Bastide-Clairence - au sein d’une CC Basse-Navarre. Le président de Garazi-Baigorri Jean-Michel Galant, défavorable au projet, soumettra à son assemblée un texte de refus. Il détaille les raisons de cette opposition, dresse le bilan de son action à mi-mandat et revient sur l’imbroglio des sénatoriales.

Le conseil communautaire délibérera sur le SDCI le 25 août, soit la veille de la date limite. Pourquoi avoir attendu tant de temps ?

Nous n’avons pas voulu passer avant les communes. Un membre du conseil communautaire a souhaité que celles-ci se prononcent d’abord. Chaque délégué connaîtra ainsi la position de son conseil municipal.

Vous aviez donc prévu de voter plus tôt…

Vers fin juin, j’ai réuni les maires. Il est sorti de la séance que nous devions d’abord essayer d’obtenir un minimum d’éléments d’appréciation sur cette question. Nous avons ensuite eu une réunion avec le syndicat Baxe Nafarroa, qui nous a un peu éclairés. Lors d’un conseil communautaire, nous avons quand même très vite tourné autour des mêmes arguments. A la sortie, j’ai senti une grosse inquiétude des maires. J’ai organisé 4 réunions, dans des lieux différents et ouvertes à tous les conseillers, afin d’aider ces maires à préparer leurs conseils municipaux.

Ces conseils municipaux ont délibéré ou sont en train de le faire. Quelle tendance se dégage ?

Je ne le sais pas. Sauf pour certaines communes, qui ont cru bon de délibérer très vite : Irouléguy, Baïgorry, Anhaux. Je constate que ceux qui disent oui ne sont pas gênés de délibérer très vite. Ceux qui se posent des questions sont chaque jour un peu plus inquiets.

Quelles sont les raisons de votre opposition au projet ?

D’abord, de quoi parle-t-on ? On parle de fusion des trois CC plus La Bastide. Ce n’est pas la position du préfet : le 27 avril, celui-ci a proposé que la CC Iholdi-Oztibarre disparaisse et aille avec la CC Amikuze, sauf Irissarry et Suhescun, avec nous. Sur ce, des élus sont intervenus. L’idée de fusion des trois CC vient de trois personnes : Barthélemy Aguerre [conseiller général de Saint-Palais, ndlr], Lucien Delgue [président de la CC Iholdi-Oztibarre] et Jean-Baptiste Lambert [maire et conseiller général de Baïgorry]. Trois membres de la CDCI (commission départementale de coopération intercommunale) qui n’ont pas hésité à cautionner un renouvellement de cette CDCI antidémocratique.

C’est-à-dire ?

Un arrêté préfectoral, daté du 9 février, a été envoyé en mairie le 16. Sous un intitulé anodin. Il annonçait que la clôture des candidatures pour la CDCI était le 23 février. Les petites mairies comme la nôtre sont ouvertes deux jours et demi par semaines et il y avait le week-end au milieu ! J’ai vu ce mail trop tard, je n’ai donc pas pu me porter candidat. Au bout du compte, la CC Garazi-Baigorri n’est pas représentée à la CDCI en tant que telle. Je n’ai pas voulu faire de foin à l’époque, mais je ne suis pas sûr qu’au tribunal administratif ça passait.

En votre absence, la proposition de CC Basse-Navarre aurait donc été émise par ces trois seuls élus…

Oui. Le 27 avril, ces trois élus sont intervenus en faveur d’une fusion, sans donner plus d’arguments. Lucien Delgue a simplement déclaré qu’il ne fallait pas couper Iholdi-Oztibarre ; à Saint-Palais, on a dit quelque chose du genre “Plus on est gros, mieux c’est”. Jean-Baptiste Lambert a ajouté : “Puisque Lucien Delgue ne veut pas que sa CC soit coupée, je le suis”. Aujourd’hui, on nous demande de dire oui ou non à une proposition faite par trois élus. Ce n’est pas une volonté exprimée par la base ! Je n’en avais jamais entendu parler avant !

Il vous faut néanmoins y répondre. Quel est votre désaccord sur le fond ?

Je déplore la précipitation dans laquelle cela se fait. Je regrette qu’il n’y ait pas eu au préalable d’étude sur les avantages et inconvénients d’une telle structure. On entend dire que le syndicat Baxe Nafarroa fait des choses positives. Certes, mais il ne s’en dégage pas des projets communs. Seulement des projets à l’échelle de sous-territoires. Nous refusons de nous engager les yeux fermés là-dedans. Je proposerai le 25 un avis défavorable à la fusion et soumettrai au vote le fait de privilégier la première proposition du préfet.

Pourquoi des projets ne pourraient-ils pas être portés sur l’ensemble de la Basse-Navarre ?

L’objectif de la loi est de faire correspondre les CC à des bassins de vie. Il faut aussi qu’elles aient des dimensions suffisamment importantes (plus de 5 000 habitants). D’où la disparition de la CC Iholdi-Oztibarre. Mais le préfet n’a jamais dit qu’il fallait des structures de 20 000 ou 25 000 habitants ! Pour lui, les deux CC Amikuze et Garazi-Baigorri, complétées de communes de la CC Iholdi-Oztibarre, seraient de dimension ‘tout à fait convenable’. Il reconnaît le dynamisme des deux bassins de vie, Saint-Palais et Saint-Jean-Pied-de-Port. L’objet d’une CC est d’organiser les services pour la population sur un territoire. Pour faire une crèche, c’est très bien. On ne peut pas mettre en place des crèches à l’échelle de la Basse-Navarre. Je pose la question à ceux qui prônent la fusion : quelles sont leurs propositions de développement de la Basse-Navarre ? Le seul projet commun du syndicat Baxe Nafarroa est la création du poste de technicien de la langue. Mais il a été possible sans la fusion. Si on prend l’exemple de la clinique Sokorri, c’est un dossier où le besoin est à peu près le même partout. L’étude peut se faire à l’échelle de Baxe Nafarroa. Mais la réalisation se fera localement. Baxe Nafarroa est un bon outil pour animer le territoire, mais on n’a pas forcément besoin d’une CC pour la réalisation. La fusion pose aussi des questions pratiques : comment fonctionne-t-on à 91 délégués ? Avec des gens qui auront chaque fois plus d’une heure de route à faire, pour des projets qui ne les concerneront pas toujours ?

Vous évoquez des bassins de vie trop éloignés. Qu’en est-il au plan culturel ?

A Garazi-Baigorri, nous sommes dans un secteur de montagne, avec de petites structures, attachés à la terre. Culturellement, du côté de Saint-Palais, ils sont davantage “handigarria”. Ils voient les choses plus en grand. Au niveau des zones d’activités, nous les avons volontairement multipliées et réparties sur le territoire (5). Saint-Palais a tout regroupé à Arbérats-Aicirits. Ils ont 15 ha à disposition. Si une entreprise extérieure veut s’installer sur cette CC Basse-Navarre, où va-t-elle aller ? Là où il y a du terrain. Et ça sera très mal vécu ici…

Pensez-vous obtenir la majorité lors du vote du 25 ?

Je ne veux pas me prononcer. Mais je ressens beaucoup d’inquiétude du côté des maires. Vendredi, lors du conseil municipal d’Ascarat, j’ai été surpris du sentiment de révolte des conseillers. Ils voient dans cette fusion la deuxième disparition de leur commune, après la création de la CC Garazi-Baigorri.

L’été dernier, quatre de vos vice-présidents ont démissionné. Quelle est aujourd’hui votre marge de manœuvre ?

Il y a un an, j’ai effectivement été l’objet de certaines attaques. Mes alliés du départ m’ont laissé tomber. Aujourd’hui, avec ce qui se passe à la SDCI, il y a peut-être un peu de vengeance. On m’a écarté de la commission départementale. Avec cette fusion, on sait également que je n’aurais pas le même poids politique.

Avez-vous songé à démissionner l’été dernier ?

A aucun moment. J’avais la conscience tranquille.

Les griefs étaient injustifiés selon vous ?

On me reprochait le choix du directeur [Estebe Eyherabide, ndlr]. D’avoir pris “un copain”. Mais jusqu’à la veille de ces démissions, toutes les décisions avaient été prises à l’unanimité du bureau ou presque. Depuis, il y a eu des votes sanction pour les démissionnaires. Le budget a récemment été voté à l’unanimité moins une voix. Je ne suis pas contesté au niveau de ma politique.

Vous aviez l’habitude de travailler avec les démissionnaires pour préparer les séances. Comment opérez-vous désormais ?

On était sept, on est maintenant trois. Je n’ai pas voulu remplacer les démissionnaires pour ne pas engendrer une bataille politique. Le directeur remplace l’apport des quatre autres. Avec des précautions car il n’est pas élu.

Vous êtes président depuis 2008. Quel bilan dressez-vous à mi-mandat ?

Un bilan positif, même si je regrette énormément cette crise de l’été dernier. La critique que l’on faisait à mes prédécesseurs était qu’ils ne faisaient rien. Le dernier vote du budget, qui prévoit un investissement de 10,5 millions d’euros sur trois ou quatre ans, montre que la CC est en train de prendre l’ampleur qu’elle doit prendre.

Allez-vous vous représenter en 2014 ?

Je n’y pense pas du tout. Je pense au terrain. Et puis cela dépend si la fusion se fait ou pas. Cela suppose également de passer à la mairie.

Vous avez été au cœur d’un imbroglio lors des sénatoriales. Le PS vous a annoncé, à tort, comme suppléant de la candidate Frédérique Espagnac. Que s’est-il passé ?

Il faut le demander au PS ! Mme Espagnac est venue deux fois me voir, j’ai dit non les deux fois. Pourtant, mon nom s’est retrouvé sur un papier annonçant la conférence de presse de présentation des candidats PS. C’est intolérable.

Selon vous, s’agit-il d’un petto ou d’un acte calculé ?

C’est bien évidemment calculé. Quelqu’un a calculé. On voit bien qu’il y a des conflits internes au PS. C’est là qu’il faut trouver l’explication.

Sur quoi portaient les discussions ?

Je suis quelqu’un qui est pour le principe des alliances. Quand on est minoritaire comme nous, s’il y a des perspectives d’alliance, c’est une bonne chose. Je l’ai donc écoutée sur ce principe. Elle souhaitait être associée à un abertzale. Mais à mon niveau d’engagement personnel, je n’étais pas au stade d’un tel mariage.

Avez-vous discuté au nom d’AB ou à titre personnel ?

A titre personnel. Et je rappelle que c’est elle qui m’a demandé.

Vous avez finalement décidé de soutenir les candidats de l’alliance AB-Europe Ecologie. Cela ne va-t-il pas à l’encontre du texte Bil Gaiten, dont vous êtes signataire (texte appelant au rassemblement des abertzale) ?

Chacun comprend ce qu’il veut. Bil Gaiten est complètement à côté des sénatoriales. Dans une perspective plus lointaine. J’ai signé Bil Gaiten, car cela fait longtemps que je dis que les partis, que ce soit Batasuna ou AB, ne parlent pas aux gens du Pays Basque, mais se parlent entre eux. Personne ne fait de différences entre les partis abertzale. Il faut en finir avec ça et porter un message hors partis.

inprimatu