Culture
Cinéma : la Soule ne sait plus où donner de la tête

28/07/2011
Carole SUHAS
La Soule fait son cinéma. Alors que Xora, premier long-métrage en souletin, est en plein tournage, l’association Hebentik poursuit dans la lancée avec son projet Xiberoa Zinez. Comme nous en avons déjà parlé dans ces colonnes, le but est de promouvoir la création cinématographique, jusque-là peu expérimentée par les Souletins créatifs. Ainsi, plusieurs projections de film ont été organisées pendant tout l’été, dans différents villages de la province.
Demain, vendredi 29 juillet à 21h30, c’est donc Zalgize Zinez, avec la projection du film de Raoul Sangla, Le Pays Basque : quelques-uns qui parlent le basque. Ce film, projeté en partenariat avec la ville de Sauguis, est le dernier d’une série qui a débuté le 2 juillet dernier, passant par Ainharp, Etchebar, Laguinge, Mauléon et Sauguis, donc, pour finir.
De l’avis de Mixel Etxekopar, instigateur (parmi d’autres) de cette dynamique avec Hebentik, les précédentes projections se sont passées idéalement : “Un tissu blanc tendu sur le fronton des villages, des talo, du beau temps, l’ambiance était super. La moitié du village était là, ainsi que des gens de l’extérieur, on a senti l’intérêt et l’échange”.
Dynamique cinématographique
Demain soir, comme pour les autres soirs, la première partie de la soirée sera consacrée à la projection de photographies du story-board de Xora, à l’actualité brûlante du tournage (refroidie par les litres d’eau qui arrosent le Pays Basque depuis plusieurs jours). C’est ensuite le tour de Raoul Sangla de réjouir les cinéphiles et/ou curieux en villégiature. L’histoire : “Le Pays Basque, ses origines, sa langue, ses traditions fortes et originales à travers des vues de la Soule et les témoignages de ses habitants : Roger Idiart qui fut curé de Sauguis, Etxahun Iruri agriculteur écrivain, Madalena de Jaureguiberry. Le documentaire met en avant la langue basque, le chant, on assiste à une répétition de la pastorale Etxahun de Barcus, à un sermon haut en couleur de Roger Idiart et à une mascarade. Un regard émouvant sur notre petite vallée et ses figures”.
Raoul Sangla, né à Anglet en 1930, est un scénariste-réalisateur, qui a d’abord évolué dans le monde du cinéma avant de se tourner vers la télévision. Si c’est son documentaire qui a été choisi pour Xiberoa Zinez, ce n’est pas parce que sa femme est de Büssünaritz, mais bien parce que “c’est un joli regard sur le Pays Basque, dans lequel on retrouve certaines anecdotes qui ont marqué l’histoire de la Soule”, estime Mixel Etxekopar.
Raoul Sangla et le cinéma
Raoul a fait ses études à Bétharram, Ustaritz et Biarritz, et était d’abord destiné à une carrière de plâtrier. C’est grâce à la danse basque du groupe Etorki de Philippe Oyhamburu, qu’il découvre de nouveaux horizons et notamment ceux des pays de l’Est ainsi que le théâtre du Berliner Ensemble. En assistant à une représentation de Galileo Galilei, R. Sangla prend conscience de l’effet immédiat de la mise en scène sur le signifié de la pièce constate très tôt que “la forme est aussi le fond”.
Il prend aussi conscience de l’existence de la CGT et par ce biais, Raoul Sangla est introduit dans le milieu, très fermé, du cinéma et commence à travailler en bas de l’échelle, en tant qu’assistant-réalisateur stagiaire aux côtés, tout de même, de Marcel Carné sur Le pays d’où je viens.
Il collabore ensuite au dernier film de Sacha Guitry, Assassins et voleurs, avant de coréaliser un court-métrage en 1959 avec le surréaliste Ado Kyrou, Parfois, le dimanche (sous-titre du film : L’âge d’or).
La télévision de l’intérieur
Il entre ensuite à l’ORTF en tant que réalisateur. Il crée un concept novateur à l’époque, “la télévision qui se mêle de ceux qui la regardent” : à une certaine époque de la télévision, il avait ouvert l’image des studios à tout ce qu’il faut cacher avant que la cérémonie télévisuelle ne commence : les échelles, les coulisses, et les petits travailleurs.
Mais la mise à nu n’est guère appréciée par ceux qui ont besoin de masquer, et Raoul Sangla en a largement fait les frais. Il n’en a pas pour autant démordu de l’idée que les anonymes ont plus à dire et à faire à la télévision que la place qui leur est assignée, potiches d’un décor misérable ou d’une misère décorative.
Avec ce documentaire Le Pays Basque : quelques-uns qui parlent le basque, réalisé en 1974, Raoul Sangla revient à ses origines et raconte un pays et surtout les gens qui y vivent. Mixel Etxekopar espère quant à lui que tous ces films projetés permettront “à des choses de naître en Soule dans le domaine du cinéma. Il faut que la création et l’art deviennent notre quotidien”.







