RSS
Index > Edition papier > Culture

Culture

Le festival Black and Basque débarque

p011_ph01_76558.jpg

26/07/2011

Cyrielle BALERDI

Chemisette à motifs africains, pantalon noir, chaussures imprimées léopard aux lacets rose fluo et chaussettes rayées multicolores, pas de doute, nous sommes bien en présence de l’inimitable Christian Borde, alias Jules Edouard Moustic, le célèbre présentateur grolandais et directeur des programmes de la radio I Have a Dream. Après des mois de discussions, l’enfant terrible de Canal +, confortablement installé aux côtés de Jean-René Etchegaray dans l’enceinte du Musée basque, présentait hier le fruit d’une collaboration élargie : le festival Black and Basque, qui, du 9 au 11 septembre, réunira pour la première fois des dizaines d’artistes autour des cultures afro-américaine et basque à Bayonne.

“D’où vient l’idée ?”, s’auto-questionne le concepteur. “J’ai une maman basque, j’ai été élevé dans les chants basques et tout cet univers culturel, avant d’avoir une révélation… lors de ma première écoute de Ray Charles. Ma musique à moi est devenue la musique afro-américaine. J’entendais cette musique basque et, derrière, du blues. Je me suis toujours dit que ça serait magnifique de faire chanter un bon blues man avec une chorale basque derrière…”. Mais le parallèle black-basque, à première vue incongru, ne s’arrête pas là : “La première similitude, c’est leur lutte respective pour conserver une culture et une identité. A La Nouvelle-Orléans, on retrouve des représentations de blacks qui dansaient le fandango sur la place Congo dans les années 1815, pour montrer aux blancs que leur culture demeurait bien vivante. Ce n’est qu’un exemple d’une analogie devenue pour moi évidente”. Et d’ajouter sous couvert d’un clin d’œil amusé : “Et puis les Blacks Panthers portaient des bérets dans les années 1970 !”. Moustic s’amuse. Avant de reprendre plus sérieusement : “On m’a aussi demandé pourquoi ‘black’ ? Je ne sais pas”, avoue-t-il. “Mais pourquoi pas…”.

Mouvement de sympathie

Pour se lancer dans l’aventure, Moustic a choisi de s’entourer de ses proches : l’association organisatrice JFB Lagunak en mémoire de Jean-François Bizot, Bernard Zekri, rédac’ chef des Inrocks, Loïc Dury, compositeur des BO de Cédric Klapish ou encore Rémy Kolpa Kopoul, pilier de Radio Nova… “Bref, je ne suis pas allé chercher des techniciens de TF1 !”, lance-t-il, non sans provoquer quelques éclats de rire dans l’assemblée. Mais il n’oublie pas non plus sa “dream team”, sa “force basque” comme il l’appelle : les jeunes. “Ces gens sympathiques pour lesquels on a envie de se battre et de faire quelque chose… à Bayonne”. Présents pour la plupart dans la salle, ce sont les membres actifs d’EHZ, de Bizi, de Lurrama, d’EHLG mais aussi les représentants de la librairie Elkar, de L’Atalante, d’Integrazio Batzordea et quelques artistes locaux. Tous ont choisi de prendre part à l’aventure, pour un premier voyage culturel 100 % Black and Basque.

Un programme tout en “fusion”

Au programme de cette première édition, de la musique bien sûr, mais aussi du cinéma, de la photographie, de la peinture, et de la littérature. Tandis que les jardins de la Poterne accueilleront le “Bal2Vieux” (JEMoustic, DJ RKK et DJ Rapsode, pionniers de l’équipe de Radio Nova) et Laurent Garnier en guest pour l’ouverture du festival le vendredi 9 septembre, Old School Family, Angélique Kidjo (marraine du festival) et Sandra Nkaké le Samedi, Sadar Bahar et Akhenaton et Faf La Rage le dimanche, la librairie Elkar présentera une conférence de l’écrivain Eddy L. Harris (auteur de Harlem) et une exposition photo de Mathieu Abonnenc.

Cette dernière prend sa source dans une collection de cartes postales éditées aux Etats-Unis au début des années 1900, et représentant des groupes d’hommes qui prennent la pose après des lynchages raciaux. “L’artiste a choisi de conserver les images dans lesquelles les tortionnaires font face à l’appareil du photographe et de flouter les corps pendus et/ou brûlés…”, explique Christian Borde.

Tout au long du festival, le street art sera également représenté, notamment grâce à un atelier de collaboration entre l’école des Beaux-Arts de Bayonne et d’autres artistes, invités à se produire. De quoi recréer “une rue de Brooklyn dans le Petit Bayonne”. Une exposition de grands formats est aussi prévue dans toute la ville, avec la participation de Zee, un artiste peintre basé à Anglet.

Enfin, côté cinéma, L’Atalante prévoit trois soirées spéciales, dont une soirée “Black Talent” le jeudi 8 septembre et une fin d’après-midi “Black Power” le samedi 10 septembre. Tarifs compris entre 5 et 20 euros.

inprimatu