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Sujet à la une

Pour le diocèse de Bayonne, les prochains programmes scolaires auront mauvais "genre"

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18/06/2011

Pierre MAILHARIN

C'est une polémique d'un «genre» nouveau, dont on n'a sans doute pas fini d'entendre parler. Depuis plusieurs semaines, des associations catholiques de l'Hexagone s'érigent contre l'introduction à la rentrée 2011, dans les programmes de l'Education nationale, de la «théorie du genre» ou «gender studies». Le chapitre de science et vie de la terre (SVT) incriminé sera abordé par les classes de première, section L (littéraire) et ES (économique et social).

Née aux Etats-Unis au début des années 1970, la théorie du genre sépare le sexe de l'individu (homme ou femme), de son genre (masculin, féminin). Ainsi, l'identité sexuelle serait purement physique, biologique et publique, quand le genre relèverait de l'orientation sexuelle, liée à l'appréciation personnelle et à l'influence des relations sociales. Pour ses partisans, ce dédoublement induit plusieurs possibilités présentées comme un choix : hétérosexualité, homosexualité, bisexualité, transsexualité.

Au Pays Basque Nord, le directeur diocésain de l'enseignement catholique, M. Aphaule, se montre inquiet de cette évolution programmatique. Dans le numéro de mai-juin de la revue En bref - interne aux établissements dont il a la charge -, il affirme ainsi : «La `théorie du genre' est absolument irrecevable, au regard de l'anthropologie chrétienne qui affirme, la différence `femme/homme', l'altérité, la complémentarité des sexes, l'unité et l'unicité de la personne».

En plein préparatifs de la Gay Pride de Biarritz, qui a lieu cet après-midi, Beñat Gachen (Basco-sphère) s'insurge de ces attaques : «Dans le cadre de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat, l'Eglise n'a pas à donner son point de vue sur les programmes scolaires. Le but de l'enseignement n'est pas de former des croyants, mais des citoyens. Cela ne m'étonne pas : c'est une tentative pour l'Eglise d'imposer un modèle hétérosexuel, unique et éternel. La diversité lui fait peur».

Même son de cloche du côté de l'Unsa Education locale, qui prendra la parole lors de la manifestation festive. Extrait : «Les `associations familiales catholiques' lancent leur nouvelle croisade. Elles ont décidé de s'en prendre aux programmes des SVT et, comme le rappellent les programmes, à `l'acceptation des différences'. Elles ont une cible : l'homosexualité. Elles dénoncent la théorie du `genre' qui montre que les différences sexuelles ne peuvent justifier les inégalités entre personnes. Pour ces associations intégristes, l'hétérosexualité est la norme et les identités entre hommes et femmes établies une fois pour toutes».

Pas explicite dans le programme

Si la théorie du genre cristallise les tensions, le chapitre incriminé, «Féminin masculin», ne la mentionne en réalité pas explicitement. Il souligne «seulement» que «ce thème [...] sera également l'occasion d'affirmer que si l'identité sexuelle et les rôles sexuels dans la société avec leurs stéréotypes appartiennent à la sphère publique, l'orientation sexuelle fait partie, elle, de la sphère privée». Par ailleurs, à l'issue de l'enseignement, «l'élève devrait être capable d'expliquer le déterminisme génétique et hormonal du sexe biologique, et de différencier aussi identité et orientations sexuelles», indique-t-il. En fonction des manuels, le propos se trouve plus ou moins accentué, et la théorie du genre citée ou pas.

Cette nuance semble importante. Un professeur de SVT confie, sous couvert d'anonymat : «Les bouquins, ce sont des éditeurs qui les font. Ils ne sont pas toujours calés sur les programmes. Parfois, ils vont plus loin. Pour l'enseignement catholique sous contrat avec l'Education nationale, c'est le programme qui compte».

Joint par téléphone hier, afin qu'il précise son propos, M. Aphaule estime que la théorie n'a pas sa place dans le programme de SVT tout court, en raison de son caractère supposé non scientifique : «Ce qu'on appelle `théorie du genre' est une théorie, pas une vérité scientifique. Or, les programmes incitent plus ou moins à la présenter comme une vérité scientifique. Il s'agit pour nous d'être vigilants là-dessus. Derrière cette théorie, il y a toute une anthropologie, une vision de l'homme, de l'être humain. Celle-ci est évidemment contestable. Et contestée par l'anthropologie et la vision de l'homme telle qu'elle est dans la vision chrétienne du monde».

«Ils veulent que ce soit retiré»

Certains, dont Beñat Gachen pensent que l'objectif final de toute la campagne «est de faire pression pour que le ministère retire» ce thème des programmes 2011. «On appelle les enseignants à la vigilance, à distinguer entre ce qui est de l'ordre de la théorie, et ce qui est du domaine de la science. Ceci dans le respect de tous les programmes», dément M. Aphaule.

Et le directeur diocésain de proposer une alternative : «En philosophie, cela fait des années que l'on enseigne aussi bien des auteurs chrétiens comme saint Thomas d'Aquin, que Nietsche, Hegel, Marx, Sartre. On présente les différentes visions du monde. Ensuite, les jeunes se forgent leur opinion. Si on veut parler de la théorie du genre en philosophie, pourquoi pas ?». Chiche.

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