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Pays Basque

"Le piment d’Espelette n’a rien de basque"

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10/06/2011

Zoé SINSOU

Entretien avec Jon SUDUPE / Technicien botaniste

A l’occasion de la manifestation “Les plantes nourrissent le monde”, Jon Sudupe, technicien botaniste au jardin botanique de Saint-Jean-de-Luz donnera une conférence sur le thème “Le voyage des plantes alimentaires” le 11 juin à 16 heures à la médiathèque de Biarritz.

Pourquoi faire cette conférence en basque et en français ?

L’intérêt de faire une conférence sur un sujet particulier en langue basque est que cela permet de montrer que c’est une langue vivante. Le double avantage avec la traduction simultanée est que personne n’est exclu : ceux qui ne maîtrisent pas totalement le basque ou qui ne le parlent pas du tout peuvent suivre la conférence si le sujet les intéresse.

Quels sont les facteurs qui font voyager les plantes ? Ont-ils évolué au fil du temps ?

Il n’y a qu’un seul facteur qui fait voyager les plantes : l’humain. Dans un premier temps, c’était un voyage relativement court mais très long : le blé, par exemple, est une céréale originaire du Proche-Orient qui a été diffusée progressivement dans les régions alentour, en Europe ou en Asie. Le tournant majeur est celui des grandes explorations. La découverte d’un nouveau continent a entraîné la découverte de nouvelles plantes alimentaires. C’est là qu’a réellement commencé la mondialisation car les échanges se sont faits bilatéralement. Aujourd’hui, ils se font de manière accélérée grâce à l’évolution des transports : les plantes alimentaires continuent donc de voyager.

Qu’est-ce qui fait qu’une plante s’enracine dans une région ?

Tout d’abord, c’est son intérêt alimentaire, par exemple, le piment d’Espelette est une plante sud-américaine qui n’a rien de basque ni d’européen mais qui a gardé une identité basque. C’est étonnant car les gens pourraient penser que le piment a toujours existé au Pays Basque alors qu’il n’est que depuis trois ou quatre siècles à Espelette. L’humain s’approprie la plante alimentaire, et il crée ainsi des variétés qui sont adaptées à sa région et lui donne une identité. Ce phénomène de créer une identité autour d’une plante est très particulier.

La mondialisation et la société de consommation ont modifié les conditions de vie de ces plantes, quelles en sont les conséquences ?

La principale conséquence est la domestication des plantes : c’est l’action de s’approprier une plante sauvage pour l’améliorer dans un but alimentaire. Dès la naissance de l’agriculture, l’humain a su choisir les plantes qui avaient les fruits les plus intéressants et les domestiquer. Depuis longtemps, il a fait des croisements entre différentes espèces pour trouver une variété intéressante. Depuis le début des années 1950 est aussi apparue la génétique qui a accéléré les choses. Un autre effet de la globalisation est donc la création de nouvelles variétés hybrides, dont les OGM qui sont créés pour résister. La solution est peut-être de consommer ce qui est près de chez soi en utilisant des variétés locales et en limitant ainsi le transport, on peut ainsi sûrement avoir quelque chose de plus respectable.

Que pensez-vous de la citation “Les plantes nourrissent le monde” ?

Elle est importante car une grande partie de la population mondiale est totalement dépendante des récoltes annuelles, surtout dans l’hémisphère sud. En Afrique, s’il y a encore des famines, c’est parce que les populations sont dépendantes du résultat de la récolte. De plus, les plantes alimentaires sont essentielles à notre alimentation. Il ne faut pas non plus oublier que les plantes en général nous permettent de respirer grâce à leur production d’oxygène.

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