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La Basse-Navarre n’est pas encore réunifiée
10/05/2011
Pierre MAILHARIN
Un mariage, quel qu’il soit, nécessite le consentement mutuel des parties. Si l’une d’entre elles juge l’union “prématurée”, la noce a-t-elle vraiment une chance d’aboutir ? La question se pose pour la Communauté de communes (CC) Basse-Navarre, fruit potentiel de “l’hymen administratif” entre trois CC, Amikuze, Iholdi-Oztibarre et Garazi-Baigorri - et d’une localité sans CC, La Bastide-Clairence.
La création de cette superstructure, préconisée par le préfet des Pyrénées-Atlantiques la semaine dernière, dans le cadre de la refonte de la carte intercommunale du département (voir le JPB du 06/05/2011), rassemblerait sous un “même toit” 71 villes et villages, et 27 308 habitants. Géographiquement, l’entité nouvelle s’étendrait sur une partie du territoire historique de la Basse-Navarre (lire ci-dessous).
Alors que beaucoup se réjouissent déjà de cette opportunité, le président de la CC Garazi-Baigorri, Jean-Michel Galant, tempère les ardeurs : “Je vois que tout le monde est en train de s’enflammer. On a l’impression que c’est déjà fait, notamment à Saint-Palais. Je trouve ça énorme. Si je suis favorable à en débattre, je pense le projet prématuré. Il y a des échéances à respecter, un temps de réflexion à avoir”.
Effectivement, du côté d’Amikuze, mais aussi d’Iholdi-Oztibarre et de La Bastide (voir l’interview du maire Léopold Darritchon dans le JPB du 07-08/05/2011), on semble prêt à s’engager rapidement : “Je suis partisan d’une telle structure”, confirme Barthélémy Aguerre, conseiller général MoDem de Saint-Palais. “Je l’ai moi-même défendue. Je souhaite une Communauté de communes assez importante pour représenter quelque chose à l’échelle départementale et régionale”.
Delgué : “Une suite logique”
Lucien Delgué, président UMP de la Communauté de communes d’Iholdi-Oztibarre, estime pour sa part que ce rapprochement s’inscrit dans une dynamique naturelle : “L’intercommunalité, c’est l’apprentissage pour les communes du travail ensemble. Les trois CC ont commencé à travailler entre elles dans le cadre du PCD Baxe-Nafarroa [Projet collectif de développement, lancé dans le cadre du Syndicat mixte Baxe-Nafarroa, créé en 1999, ndlr]. C’est une suite logique. Nous pourrions réaliser des projets plus importants. Et Iholdi-Oztibarre serait au centre de la CC. Nous pourrions poursuivre tous les projets initiés actuellement : les deux crèches à Ostabat et Iholdy, l’achat d’un terrain pour une ZA à Irissarry…”.
Sur cette problématique précise, certains clivages traditionnels s’effacent. Le maire d’Ostabat et ex-candidat EH Bai aux cantonales, Daniel Olçomendy, abertzale comme Jean-Michel Galant, rejoint la position de Lucien Delgué : “J’entends ceux qui disent qu’il faut un temps de maturation. Mais si demain, nous ne faisons pas cette CC Basse-Navarre, je pense que ce sera un grand coup porté à l’échelle du Pays Basque. On risquerait de ne jamais faire la Basse-Navarre. Or, cela s’inscrit dans le travail sur les provinces historiques que nous prônons”.
A tous ces éléments, Jean-Michel Galant oppose un contre-argumentaire détaillé. Il “réfute” d’abord l’idée d’un poids politique plus important donné par cette structure : “Que l’on ait deux CC de 13 000 habitants ou une seule de 26 000, je ne vois pas en quoi nous pèserions plus régionalement ou par rapport au Bab. Pour moi, ça, c’est du vent”.
Il n’est pas non plus convaincu que les différentes composantes de la Basse-Navarre soient vraiment prêtes à travailler ensemble : “J’attends de voir quel serait le projet de cette CC Basse-Navarre. Même si on se retrouve dans le Syndicat mixte Baxe-Nafarroa depuis plusieurs années, cela ne veut pas dire que l’on soit prêt à être réuni dans une CC unique. Le PCD a apporté un plus, mais si l’on regarde, sur la cinquantaine de projets qui ont été réalisés, chacun s’est porté sur un bassin de vie, Saint-Palais ou Saint-Jean-Pied-de-Port, un peu moins Iholdy. Il n’y a pas eu de projet pensé à l’échelle du territoire, à l’exception du poste de technicien de la langue”.
70 communes, distantes de 70 km
Derrière cette critique, transparaissent les différences culturelles et géographiques entre les deux principaux bassins de vie : “Une communauté, ça veut dire ce que ça veut dire. Il ne faut pas croire que 70 communes vont s’accorder comme ça. Entre Garazi et Baigorri, cela a pris du temps. Et l’esprit communautaire n’est pas encore total. Alors j’essaie de m’imaginer 70 communes, distantes de 70 km…”.
Plutôt que cette CC Basse-Navarre, Jean-Michel Galant préférerait voir le renforcement des deux CC existantes (Amikuze et Garazi-Baigorri), via le partage de la CC Iholdi-Oztibarre (soit l’option initialement proposée par le préfet) : “Je vois l’évolution de la Basse-Navarre à travers ces deux CC, qui feraient tache d’huile et se rejoindraient. Irissarry et Suhescun sont naturellement tournées vers Garazi, ce serait normal que ces communes rejoignent la CC Garazi-Baigorri. De la même manière qu’Iholdy ou Lantabat sont tournées vers Saint-Palais”.
Parmi les partisans de la CC Basse-Navarre, personne ne conteste les disparités entre les deux bassins de vie. Mais tous veulent en faire une force : “Il ne faut pas prendre ça comme des différences, mais comme des complémentarités. L’intercommunalité, ce n’est jamais un mariage d’amour, mais de raison. C’est comme dans un couple, si les deux sont pareils, il y a moins de charme”, image Lucien Delgué.
Daniel Olçomendy est, lui, persuadé que l’intérêt général peut sortir vainqueur de ce regroupement : “Quand on travaille sur des échelles un peu plus importantes, on est obligé d’élever le niveau de la politique, de travailler en bonne intelligence”.
Aguerre veut intégrer Sauveterre
Quand bien même cette intercommunalité verrait le jour, reste la question épineuse de son ouverture éventuelle sur Sauveterre. Barthélémy Aguerre est partisan de l’élargissement de la CC Basse-Navarre aux communes béarnaises du nord de son canton : “Je ne pense pas que l’intégration de Sauveterre constitue un problème. Le bassin de vie des gens qui y habite, c’est Saint-Palais. Il y a dix fois plus de lien entre Saint-Palais et Sauveterre qu’entre Saint-Palais et Baigorri. D’autre part, Navarrenx allant vers Oloron, Salies vers Orthez, Sauveterre se retrouve toute seule”.
Dans sa dernière mouture, le préfet n’évoquait pas cette possibilité pour l’entrée en application de la réforme, en 2013. “Mais ça peut très bien se faire en même temps”, affirme Barthélémy Aguerre. “La proposition du préfet a peu de valeur. C’est pour faire réfléchir les gens. Les décisions se prendront sur le terrain”.
Dans cette hypothèse, Daniel Olçomendy et Jean-Michel Galant feront front commun : “Il faut respecter les limites historiques. Cela ne veut pas dire qu’on ne travaillera pas avec Sauveterre”, réagit le premier. Le président de la CC Garazi-Baigorri prévient, lui : “Une telle configuration ferait fi de tous les efforts effectués par le territoire Pays Basque : le Conseil de développement et des élus, l’EPFL. Personnellement, jamais je ne l’accepterai”.
Une partie des limites historiques de la Basse-Navarre
La CC Basse-Navarre, en regroupant les trois CC Garazi-Baigorri, Iholdi-Oztibarre et Amikuze, ainsi que la localité de La Bastide-Clairence, n’engloberait qu’une partie du territoire historique de la province basque. En effet, les communes bas-navarraises de Saint-Esteben, Saint-Martin-d’Arberoue, Isturits, Hélette et Ayherre (CC Pays de Hasparren) en seraient exclues, de même que celles de Sames, Bidache, Came, Arancou et Bergouey-Viellenave (CC Pays de Bidache). D’autre part, la CC Basse-Navarre déborderait sur la Soule au travers de la CC Amikuze actuelle : Osserain-Rivareyte, Domezain, Etcharry, Aroue-Ithorots-Olhaïby, Lohitzun-Oyhercq, Pagolle sont en effet traditionnellement rattachées à la Soule.







