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Pays Basque

Les prisonniers encore plus éloignés

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26/04/2011

Giuliano CAVATERRA

Familles, amis et soutiens des prisonniers «politiques basques» sont en colère. En cause la persistance et «l'aggravation» de la dispersion et de l'éloignement des prisonniers basques, de l'allongement des peines et d'une manière générale du non-respect de leurs droits et ce alors que le contexte a changé avec le cessez-le-feu permanent d'ETA. Pour toutes ces raisons le mouvement anti-répressif Askatasuna et l'association des proches de prisonniers Etxerat appellent à manifester le 21 mai à Saint-Jean-Pied-de-Port.

Lors d'une conférence de presse à Bayonne samedi, Emili Martin et Muriel Lucantis ont au nom d'Askatasuna estimé qu' «une large majorité de la société basque exige le respect des droits des prisonniers politiques», rappelant que plus de 60 000 personnes ont manifesté à Bilbo le 8 janvier «pour le respect de ces droits». Les représentantes d'Askatasuna ont ensuite fait un bilan de ce début d'année en matière répressive et carcérale. Elles ont affirmé notamment que sur 55 arrestations liées au conflit basque dix des personnes arrêtées en territoire espagnol ont «dénoncé de graves tortures». Askatasuna, estime à 715 le nombre de prisonniers membres du collectif des prisonniers et prisonnières politiques basques (EPPK), ceux-ci étant dispersé dans près de 80 prisons (31 dans l'Hexagone). Le mouvement a dénoncé le fait que la majorité des transferts de prisonniers dans l'Etat espagnol a été dans le sens de l'éloignement et non du rapprochement. Juan Manuel Galarraga et Marie-Claire Gramont d'Etxerat ont été dans le même sens affirmant «Nos proches sont toujours dispersés dans de multiples prisons, souvent éloignées à des milliers de kilomètres aller-retour, au Nord-Est, au Nord-Ouest de la France, en Andalousie, là-bas, loin si loin, près de Gibraltar.». Ce qui entraîne des visites moins nombreuses, des risques d'accidents de la route accrus et cela pénalise durement les proches au niveau économique ont affirmé les représentants d'Etxerat.

Askatasuna et Etxerat dénoncent également des «condamnations [qui] sont de plus en plus longues» évoquant notamment le cas de quatre Lapurtar Jon et Unai Parot, Txistor Haramburu et Jakes Esnal qui ont déjà fait 21 ans de prison et du Bas Navarrais Didier Aguerre qui après dix ans de prison doit rester incarcéré encore 22 ans. Le refus de plus en plus fréquent par la justice française d'accorder la confusion des peines et l'affaire Troitiño ont également été abordés. Les représentants d'Etxerat ont eux dénoncé les tentatives de «destruction psychologique, exercée contre nos proches, que ces Etats veulent détruire moralement et socialement» et ajouté «Cette volonté de détruire nos proches est particulièrement visible quand nous visitons ceux qui, aujourd'hui, condamnés à de longues peines, ne savent plus quand ils pourront être libérés, car même les lois sont transformées à leur convenance ; les peines allongées au fur et à mesure, de dix ans plus dix ans et encore dix ans de plus.»

Représentants d'Askatasuna et d'Etxerat ont également abordé le cas des prisonniers gravement malades et égrené la liste de privations des droits appliquée aux prisonniers basques (droit à une défense équitable, droit d'étudier, droit au courrier etc.).

Impardonnable et inacceptable

Askatasuna conclue «dans le contexte spécifique actuel (...) l'attitude des Etats français et espagnol est encore plus (...) inquiétante. De nombreux acteurs politiques et sociaux ont fait des pas importants. Les Etats aussi doivent en faire. (...) parce que tourner le dos à l'occasion qui leur est offerte d'entrer dans une véritable résolution démocratique du conflit serait inacceptable et impardonnable.»

Pour toutes ces raisons les deux mouvements ont appelé à une manifestation le 21 mai à Saint-Jean-Pied-de-Port.

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