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Pays Basque

Les longues peines : une peine de mort lente ?

14/04/2011

Cyrielle BALERDI

Les têtes ne roulent plus. Mais l’exécution, moins spectaculaire, serait-elle consommée sur vingt ans ? Plus de 60 000 personnes sont détenues dans les prisons françaises, dont 500 condamnées à la prison à perpétuité. Avec, depuis 1981, année de l’abolition de la peine de mort, une même tendance : celle de l’allongement des peines. Et une lourde réalité : un suicide enregistré tous les trois jours, un taux sept fois plus élevé que dans le monde extérieur.

A l’occasion du trentième anniversaire de la suppression de la peine capitale, le groupe local bayonnais de l’association Genepi (Groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées) a décidé de revenir sur la problématique des longues peines, lors d’une conférence animée par Gabriel Mouesca (lire ci-contre) intitulée “La peine de mort lente”, prévue ce vendredi de 19 heures à 21 heures, au sein de la faculté pluridisciplinaire de Bayonne (amphithéâtre n° 40).

“L’assimilation des longues peines à une mort lente est frappante et rejoint le débat sur le rôle que doit jouer la prison dans la société”, explique Oriana Mélikian, étudiante en droit à Bayonne et bénévole au Genepi. C’est au début des années 1970, marquées par de violentes émeutes au sein des établissements pénitentiaires, que les pouvoirs publics décidèrent pour la première fois d’ouvrir les portes des prisons à des intervenants extérieurs. Quelques années plus tard, en 1976, le Genepi naissait, invitant chaque année de plus en plus d’étudiants (1 300 aujourd’hui) de tout l’Hexagone et de tous types de filières, à s’engager pour la réinsertion sociale des personnes incarcérées en jouant sur deux leviers d’action : l’enseignement en milieu carcéral et la sensibilisation du public aux problématiques de la prison.

A Bayonne, la maison d’arrêt offre douze autorisations d’entrée à l’association. Ils étaient trente à postuler cette année. Ouverte à tous les étudiants majeurs, la sélection se fait avant tout sur la motivation. Soutien scolaire, expression orale et écrite, ou révisions d’examen, leur intervention “passe-muraille” en binôme une fois par semaine est bien sûr encadrée (week-end de formation…), mais permet surtout de solliciter l’esprit des détenus et de les délivrer pour quelques heures au moins de leur isolement.

 

«Tout être humain peut être réinséré»

Entretien : Gabriel MOUESCA présente la conférence “Une peine de mort lente”

Il a passé 17 années derrière les barreaux, dont trois en cellule d’isolement. Ancien militant de l’organisation clandestine basque Iparretarrak, il est élu pour cinq ans à la tête de l’Observatoire international des prisons (OIP) à sa sortie en 2004. Aujourd’hui, Gabi Mouesca est chargé de mission Prisons pour Emmaüs France et travaille sur la question de la réinsertion des anciens prisonniers.


Pouvez-vous présenter en quelques mots l’objet de votre conférence “La peine de mort lente” ?

L’année 2011 célèbre les trente ans de l’abolition de la peine de mort. Or, depuis 1981, on a constaté un allongement des peines de prison, en particulier aux assises. Les gens qui en sont victimes vivent cette peine comme une petite mort quotidienne. L’expression “la peine de mort lente”, reprise pour la conférence, est une terminologie issue du milieu carcéral pour désigner les longues peines.

Quelle échelle de peines envisager dans un pays qui a aboli la peine de mort ?

Il faut regarder autour. Les pays nordiques ont une échelle beaucoup plus raisonnable. J’entends par là des peines humainement supportables. Une peine-sanction qui laisse entrevoir un après, et permet de maintenir un lien avec l’humanité. Faut-il fixer la barre à 10, 15 ou 20 ans ? Je ne me pose pas en juge du temps. Mais une étude belge montre que passé 10 ans derrière les barreaux, les détenus perdent toute conscience d’eux-mêmes. D’autres affirment qu’après 15 ans, ils entrent dans une autre dimension.

Vous dites que “la prison ne sert pas à réinsérer, mais à briser l’homme”…

Il y a deux paramètres en prendre en compte. La longueur de la peine, et le contenu de celle-ci. De quoi est fait leur quotidien ? L’administration pénitentiaire, aujourd’hui, ne fait pas le nécessaire pour que le passage en prison soit revitalisant. Elle laisse des animaux végéter, et tourner en rond. Leur intelligence, leur âme, n’est absolument pas sollicitée. Nettoyage, promenade deux fois par jour, et alimentation. Point barre.

Quelles alternatives ? Et que répondez-vous à ceux qui craignent les récidives ?

Il faut réduire l’échelle des peines et lui redonner du contenu, compatible avec la réinsertion. Tout être humain est réinsérable, sauf pour une microminorité qui est malade et qui nécessite une réponse psychologique voire psychiatrique adaptée. La société à risque zéro n’existe pas. Et il faut prendre conscience que les longues peines sortiront un jour. Dans quel état la société va-t-elle les retrouver ?

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