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Culture

Jean Pitrau, syndicaliste et paysan

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08/04/2011

Carole SUHAS

On a beau entendre “La montagne, ça vous gagne !” à coups de spots télévisés, la montagne, elle, ne gagne pas souvent. Loin de là. Et le combat syndicaliste paysan prend tout son sens. Avec son nouveau livre, Jean Pitrau, la révolte des montagnards, Aguxtin Errotabehere revient sur les années Jean Pitrau, paysan qui tenait à être désigné comme tel, et qui s’est battu pour que cette montagne et ceux qu’elle faisait vivre gardent la tête haute.

Le livre, préfacé par José Bové, qui se considère comme un héritier de la vision de Jean Pitrau, est un travail de recherche de plusieurs années, élaboré sur des cartes, des témoignages ou des brouillons de Jean Pitrau lui-même, bien que beaucoup d’éléments de sa vie n’aient pas été retranscrits ou conservés, ou même aient brûlé. Ce livre, comme le dit Aguxtin Errotabehere, “ne se veut pas exhaustif, mais pourrait être la première pierre d’une étude plus approfondie sur l’histoire du syndicalisme paysan, bien souvent méconnu”.

Né en 1929 à Tardets, Jean Pitrau fera partie de la Génération 68, s’attachant, lui, aux revendications du monde paysan. Ecolier jusqu’à 14 ans, c’est à cet âge-là qu’il reprend le flambeau de la ferme familiale, épaulé un temps par ses parents, mais surtout c’est à ce moment-là qu’il intègre la JAC (Jeunesse agricole chrétienne) à laquelle il doit sa formation de militant humaniste. La JAC était une formation emblématique de l’époque, qui a vu grandir en son sein de futurs représentants du monde agricole, mais aussi des politiques.

Syndicalisme

En 1962, les paysans, ceux qui habitent le pays, traversent une situation critique, l’agriculture est en voie de disparition. Tout naturellement, le jeune Jean Pitrau s’engage dans le syndicalisme, et rapidement on lui confie des responsabilités à l’échelle hexagonale. Il est à l’origine d’une analyse très approfondie de la montagne, de ses paysages et de ses paysans dans laquelle il met en avant l’exode de la population, l’absence de services publics et de moyens techniques. En bref, il dresse le tableau d’une agriculture qui n’a pas pu évoluer. Cette enquête marque les esprits et éclaire toute sa vie militante, qui, à partir de là, se démarque, parfois de façon conflictuelle, du syndicalisme officiel. Avec ses partisans, il va fonder l’Asam, Association au service de l’agriculture montagnarde, qui a inspiré bon nombre de fondateurs d’ELB et d’Euskal Herriko Laborantza Ganbara par la suite. Pour soutenir l’Asam, de nombreux étudiants volontaires et politisés de la Génération 68 étaient venus travailler en Soule, et parmi eux José Bové et Noël Mamère. Un des grands combats de Jean Pitrau était la dignité des paysans, de ces hommes stigmatisés. Pour parler d’eux, il disait : “Nous sommes la troisième génération d’imbéciles sélectionnés”. Pour lui, la société ne se rendait pas compte de l’importance de l’agriculteur et de la nécessité de préservation de ses terres cultivables. A ce titre, il a farouchement lutté contre la loi Montagne promulguée en 1970, qui participait, selon lui, de la bétonnisation de la montagne. Les années 1970, en plein cœur des Trente Glorieuses, ont vu l’émergence de la société de loisirs et de consommation. Et la montagne, avec ses stations de ski, ses séjours pittoresques en chalet était très prisée par les tout nouveaux jouisseurs de congés payés.

Jean Pitrau était donc une figure de la montagne souletine qui n’a eu de cesse de défendre cette Ama Lur et surtout la vie d’agriculteur, bien souvent source de mépris et d’ignorance. En ce sens, son combat reste d’une actualité brûlante, et s’il ne l’a évoqué que superficiellement dans son livre, Aguxtin Errotabehere estime que “l’agriculture est actuellement en danger de mort”. Un débat entre José Bové et lui sera organisé le vendredi 15 avril prochain à la Libraire Elkar de Bayonne : “Où en est le combat de Jean Pitrau ?”.

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