Pays Basque
"Je suis solidaire des fonctionnaires qui ont travaillé sur ce dossier"

06/11/2010
ENTRETIEN/ Bernard UTHURRY / premier vice-président du Conseil régional d'Aquitaine
La synthèse de la contre-étude indépendante demandée et financée par la Région, et réalisée par le laboratoire indépendant Accro, concernant le site Fertiladour n'en finit pas de susciter des vagues. Ce premier rapport indique que le taux de radioactivité est largement supérieur aux normes autorisées. Et ce, en contradiction avec les rapports de la Dreal (ex-Drire et échelon régional du ministère de l'Ecologie) qui selon certaines informations avaient donné des chiffres opposés. A la suite de cette synthèse de contre-étude de l'Accro, le Conseil régional d'Aquitaine a décidé en septembre dernier de ne pas racheter le terrain de l'ancienne usine Fertiladour. Aujourd'hui le Conseil régional est en attente de réponse d'un courrier adressé à la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, le 25 octobre dernier, sur d'éventuels dysfonctionnements. De quoi donner du baume au coeur aux associations de défense de l'environnement telles que le Cade ou Zip Adour, qui ont tiré la sonnette d'alarme depuis de nombreuses années. Par ailleurs, le site eitb.com a publié avant-hier un article mettant en cause «l'enchaînement des verrous protégeant l'achat des terres contaminées de Fertiladour. Tout aura été mis localement en oeuvre pour permettre à l'industriel d'échapper au principe du pollueur-payeur et d'abuser ainsi de la vigilance de l'exécutif aquitain.» Nous avons interrogé Bernard Uthurry à ce sujet.
Les services de l'Etat et du Conseil régional d'Aquitaine sont mis en cause dans un article de presse sur le site internet eitb.com. On y parle «d'une stratégie occulte et concertée de ces services, concernant la zone portuaire basque» et même «d'un cabinet noir.» Quelle est votre réaction ?
Je suis au courant de cet article et peux vous affirmer qu'il n'y a pas de cabinet noir au sein du Conseil régional d'Aquitaine, pas de secrets, simplement des délibérations prises à l'unanimité sur un dossier qui est très sensible et où tous les rouages de l'administration ont fonctionné dans la plus grande transparence.
Des personnes sont citées nominativement. Fonctionnaires de la Région et de l'Etat, ingénieurs ou responsables. Il est même affirmé «qu'un fonctionnaire aurait vidé de son sens» la contre-étude indépendante demandée et votée à l'unanimité par les élus aquitains le 25 juin 2009.
Je m'insurge contre ces attaques nominatives. Ces dénonciations contre des personnes individuelles relèvent du procès d'intention. Dans le traitement d'un dossier, il peut y avoir des étapes intermédiaires. De plus, tous les comptes rendus de nos services obéissaient à une commande des élus. De fait, aujourd'hui l'information principale est que le Conseil régional d'Aquitaine ne rachètera pas le terrain de l'ancienne usine Fertiladour en l'état. Et cela à la suite des premières conclusions d'une étude menée par le laboratoire indépendant Accro, qui a détecté une radioactivité supérieure aux normes autorisées.
Toujours dans ce même article, il est fait état d'une réunion interne en mars 2010 entre un fonctionnaire responsable des infrastructures portuaires à la Région, d'un fonctionnaire de la Dreal, et de l'industriel «invité» «qui rédigent ensemble un cahier des charges avec des dispositions peu contraignantes.» Egalement d'un courrier interne (septembre 2010) signé par un fonctionnaire de la région discréditant le laboratoire Accro. Etiez-vous au courant ?
Je n'ai pas connaissance de cette réunion et encore moins de ce courrier. Dans l'absolu, cela ne me choque pas que les services compétents en la matière, qu'ils soient de l'Etat ou de la Région, rencontrent l'industriel in situ.
Dans beaucoup de dossiers, on a pu nous voir les uns et les autres parler et traiter de différents problèmes. Cela ne veut pas dire que l'on fait allégeance aux personnes que l'on rencontre. Et, je le répète, ces attaques contre des personnes répondent peut-être à certains intérêts, mais sont inadmissibles.
En résumé, vous n'estimez pas que les élus du Conseil régional d'Aquitaine ont pu être mal informés ou grugés par des responsables des services techniques ?
Je suis absolument solidaire des fonctionnaires qui ont travaillé sur ce dossier sensible. Leurs avis sont précieux et ont finalement abouti à démontrer avec ce premier rapport commandé par les élus que le terrain contenait des éléments suffisamment actifs en matière de radioactivité, empêchant l'achat du terrain. Le reste n'est que pure spéculation. Et l'on ne met pas en pâture des individus sans preuves.
Vous êtes le bras droit du président de région Alain Rousset. Pensez-vous qu'il va donner suite à ces allégations ou qu'il n'en tiendra pas cas ?
Laisser dire c'est affaiblir son propre pouvoir. J'imagine mal le président Rousset laisser se propager ces propos. J'ai d'ailleurs accepté de répondre à vos questions sur ce sujet pour, en l'occurrence, apporter ma solidarité aux équipes de fonctionnaires incriminés. Je me suis senti blessé.
Concernant ce dossier Fertiladour, vos alliés politiques, les Verts, souhaitent que soit menée une étude épidémiologique, eu égard aux riverains et salariés qui ont travaillé durant des années sur ce site. Qu'en pensez-vous ?
Les conclusions définitives du rapport de l'Accro vont être rendues. En attendant, nous ne voulons pas agiter le foulard rouge et alarmer inutilement la population. Attendons d'avoir toutes les données en main, il ne s'agit pas de parler sans connaître. Nous souhaitons d'un côté développer l'activité économique du port de Bayonne, mais pas à n'importe quel prix. Nous allons rencontrer le principal acteur de ce dossier qui est le préfet. Dans les jours qui viennent, j'irai à Bayonne ou à Pau m'entretenir avec les services de la préfecture et les collectivités locales. Nous demandons à l'Etat de valider la propreté du site.
Allez-vous exiger la dépollution totale du site ? Certains craignent au final une solution bancale. Quel est votre sentiment ?
L'idée de la région est de ne pas laisser ce terrain en friche, mais je le répète, pas à n'importe quel prix. Tout sera fait dans la légalité et dans le respect de l'environnement. Il n'y aura pas de solution bancale.
Béatrice MOLLE







