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Archives : le patrimoine basque de retour sur ses terres

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17/08/2010

Pierre MAILHARIN

Il est le produit d'un combat de longue haleine. Celui d'Universitaires et de chercheurs basques, soucieux de disposer d'un espace de ressource à proximité de leur lieu de travail (et de vie), aspiration qui a commencé à germer dans les années 1990. Celui d'élus du département, peu à peu investis du dossier, qui ont fini par le mener à bien après dix ans de tractations politiques, techniques et financières. Celui enfin de la population basque, notamment des abertzale, qui, par l'intermédiaire des Démos, en avait fait l'une de leurs revendications majeures. Les actions symboliques de ces derniers, dont la fameuse «subtilisation» du Biltzar du Labourd, en 2004, auront indéniablement contribué à faire avancer l'idée du projet dans les consciences collectives.

Depuis le 14 juin, le «Pôle des archives de Bayonne et du Pays Basque» a donc ouvert ses portes au public, après avoir opéré le tant attendu transfert des archives départementales des Pyrénées-Atlantiques. Du 20 janvier au 17 février, ce sont ainsi 2,5 km de documents originaux du Pays Basque qui ont été rapatriés, triés et rangés au sein du nouveau bâtiment, situé 39 avenue Duvergier de Hauranne. Entre autres, les archives de l'Hôpital, de la prison, ou encore de l'évêché de Bayonne ont effectué le trajet (retour) Pau-Bayonne.

Au-delà de ce rapprochement emblématique, les recueils municipaux de plusieurs villes ont été collectés (Bayonne, Biarritz, Hendaye, Saint-Jean-de-Luz, Mauléon, Urrugne, Ustaritz, Boucau, Bidart) ainsi que ceux de la Chambre de Commerce et d'Industrie, soit au total environ 1 km supplémentaire. Désormais, les 14 salariés du Pôle et leur responsable Etienne d'Alençon vont s'atteler à convaincre les autres villes (dont Anglet) de livrer leur patrimoine écrit et sonore.

«Le pôle accueille également des archives privées, souligne Monique Larran-Lange, Vice Présidente du Conseil générale et élue du canton de Bayonne. Aujourd'hui, les dépôts ne sont donc pas seulement ouverts aux communes, mais aussi aux particuliers». «Ces derniers peuvent les livrer sous forme de dons, mais aussi de dépôt, ce qui leur permet d'en rester propriétaires», précise Etienne d'Alençon.

Un bâtiment conçu en deux blocs

Symboliquement conçu par ses architectes en deux blocs, l'un, au coeur, censé «protéger» le trésor des archives, l'autre, autour, ayant vocation à s'ouvrir sur la ville, le bâtiment a aussi été pensé de façon à être le plus opérationnel possible. La «boîte» centrale, rouge brique, renferme ainsi l'ensemble des 3,5 km de documents - elle possède une capacité d'accueil de 11 km, en prévision des documents des 30 prochaines années - tandis que les bureaux du personnel et l'accueil du public ont été placés en périphérie.

Dans la vaste salle réservée aux recherches, les passionnés d'histoire s'en donnent déjà à coeur joie. A l'image de M. Morange, chercheur retraité, le nez dans les archives de la CCI de Bayonne : «Je cherche des informations sur les imprimeurs, éditeurs et libraires de Bayonne dans les années 1 830», confie-t-il entre deux lectures attentives. Un peu plus loin, un commercial féru d'histoire se délecte des annales bayonnaises et départementales : «Je réalise une étude sur la seconde guerre mondiale au Pays Basque. Le pôle d'archives me permet de consulter des documents qui étaient auparavant à Pau. Son existence constitue une bonne chose pour tous les gens d'ici. Il y avait un vrai besoin, notamment pour ceux qui font de la généalogie. Avant quand on avait deux heures devant soi, on était coincés, car il fallait se rendre à Pau...».

Pour initier les néophytes, une salle d'activité culturelle a été installée du côté de l'entrée du public. Elle accueillera des groupes scolaires à partir de septembre. L'exposition inaugurale Archives Sensibles offre en outre un premier contact avec les documents anciens, via les cinq sens, jusqu'au 26 novembre.

Le fruit d'un processus politique de 10 ans

La construction du Pôle d'archives de Bayonne et du Pays Basque est le fruit d'un processus politique de dix ans. Le 5 novembre 1999, François Bayrou, alors président du Conseil général, présente le projet devant les élus du département. Il est alors question qu'une annexe au centre palois, saturé, soit créée en Pays Basque. Le 11 septembre 2000, l'actuel président du Modem écrit à Catherine Tasca pour lui faire part de cette intention. En 2001, son successeur Jean-Jacques Lasserre reprend le dossier à son compte, lequel reçoit l'aval de la ministre de la Culture lors de l'inauguration du Musée basque.

En 2002, un comité scientifique de préfiguration, réunissant élus, universitaires, scientifiques et associations, valide le projet, avec l'aval des villes de Bayonne et Biarritz. C'est à ce moment que l'idée d'un pôle de Pays, concept unique sur le territoire hexagonal, voit le jour. A partir de 2003, la phase concrète est lancée, celle de la recherche du terrain, du budget et des concepteurs.

Les travaux se déroulent de 2007 à 2009. Il s sont financés en majorité par le Conseil général (6,2 millions), et par l'État (1,8). Le bâtiment, assis sur une surface de 3 000 m2, ouvre ses portes au public le14 juin 2010.

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