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Bayonne : "La fête oui ! Les violences sexistes, non !"

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03/08/2010

C.B.

«Il y a des gens qui se comportent comme des prédateurs.» Comme partout, les fêtes ont leur côté sombre. Malheureusement pour celles de Bayonne, le «happy end» de la dernière édition ne s'est pas renouvelé : samedi, le parquet de Bayonne a été saisi d'une plainte pour viol. «Sachant que sur huit viols en moyenne un seul est dénoncé, on ne peut que s'alarmer de la gravité de la situation» a aussitôt réagi le Collectif féministe contre les violences sexistes qui a manifesté son soutien à la victime en appelant toutes les personnes de la société civile, organisateurs et acteurs de la fête, associations, et partis politiques, ainsi que les autorités, à manifester hier, à 18h30, devant la mairie de Bayonne. Avec un seul slogan : «La fête oui ! Les violences sexistes, non !»

La nuit du vendredi 30 au samedi 31 juillet a été la plus animée, mais aussi la plus agitée, lors des Fêtes de Bayonne, qui se sont achevées dimanche. Les contrôles de police et de gendarmerie se sont multipliés durant la nuit. 39 contrôles positifs pour conduite en état d'ébriété et un seul pour usage de stupéfiants ont été enregistrés par les gendarmes. Un abus d'alcool qui a également poussé 390 personnes à être secourues par les services présents dans les rues, et 77 au centre hospitalier. Le seul fait grave enregistré aura donc été cette plainte pour viol déposée auprès du parquet de Bayonne.

Les faits

La jeune femme de 19 ans, originaire de Paris, aurait été abusée durant cette nuit, entre 1h30 et 2h30 du matin, dans la zone des fêtes. L'enquête, confiée à la police judiciaire, suit son cours pour clarifier les circonstances et identifier l'auteur du crime. De son côté, la procureure chargée de l'affaire ne voudra pas s'avancer davantage.

«Il y a toujours une sorte d'omertà sur les cas d'agressions sexuelles» regrette Maider Etxoan, membre du collectif féministe contre les violences sexistes. «Il est encore très difficile d'obtenir des informations. Mais il y a eu une avancée : les plaintes sont officialisées même pendant les fêtes, ce qui n'était pas le cas avant !» Des débordements, les fêtes en connaissent tous les ans. Mais c'est sans doute en 2006 que les délits à caractère sexuel atteignaient leur paroxysme avec notamment le viol en «réunion» ou «tournante» de deux jeunes femmes âgées de 23 ans et 16 ans retrouvées en grand état de choc dans les quartiers de la gare et du centre-ville dans la nuit du samedi. Démoralisé après cette rude année, le Collectif n'a rien lâché depuis.

Tous ensemble brisons le silence

«Propos dégradants, mains baladeuses, ou dans le cas le plus extrême, viols : pour lutter efficacement et briser le silence, tout le monde doit porter le message. Parce qu'une femme ne fait pas encore les fêtes comme un homme, nous demandons que toutes les équipes de secours soient formées à ces problématiques» explique Maider Etxoan. Pour sa sixième campagne aux fêtes, le Collec-

tif a mis l'accent sur la responsabilité : «Lorsqu'il y a un viol dans la rue, il n'y a pas simplement l'agresseur, il y a aussi les gens qui n'interviennent pas. Si le risque zéro n'existe pas, nous pouvons réagir.»

Un point de vue partagé par les cafetiers qui ont signé une Charte les engageant à réagir en cas de problème, afin de porter secours à toute personne en difficulté. Ainsi, chaque bar devrait être un lieu de refuge.

Du côté des bestazale, la sensibilisation se passe en deux temps. Le badge «Pour que la fête soit belle», bien sûr, de plus en plus porté, mais aussi une campagne de prévention lancée dix jours avant l'ouverture. «Certains passent dans les campings, tandis que d'autres arpentent les rues de la ville, affiches à la main. Cette année, nous nous sommes d'ailleurs confrontées à l'hostilité d'un homme de 50-60 ans qui arrachait nos affiches et s'en est pris à nous en disant que nous étions ridicules, qu'il n'y avait pas de ça à Bayonne. Comme on aimerait que ce soit vrai !

La feria n'est pas à la fête !

Souvent confondues, les fêtes et les ferias ne sont pourtant pas jumelles. Petit rappel. La Feria est une fête locale annuelle (en Espagne et dans le sud de la France) caractérisée par des corridas, des lâchers de taureaux dans les rues, des bodegas et des bandas. Les Fêtes de Bayonne en revanche, représentent ce qu'il y a de meilleur dans la tradition basco-gasconne : pelote, musiques et danses, courses de vachettes, défilés de chars, concerts, bals...

Le bilan en quelques chiffres

- Environ 60 personnes interpellées.

- 3 300 contrôles d'alcoolémie dont un peu moins de deux cents positifs.

- +25% fréquentation des transports en commun.

-1 500 personnes accueillies dans les centres de secours dont 1/3 le samedi soir.

- Fréquentation à vue d'oeil équivalente à l'an dernier, soit 1,2 M de personnes.

- 2 000 personnes ont dansé sur les Black Eyed Peas pour la première flashmob des fêtes de Bayonne.

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