Sujet à la une
Des traditions au goût du jour

30/07/2010
Machja NICCI
“On entend parfois dire des Fêtes de Bayonne qu’elles offrent toujours les mêmes animations. Mais c’est la tradition que la plupart des gens viennent justement chercher”. Par ces mots, Henri Lauqué, président de la commission extra-municipale des Fêtes, justifie sa “volonté de promouvoir les différents aspects de la culture bayonnaise. Des traditions qui perdurent tout en évoluant pour rester au goût du jour”.
Premier signe de ce retour aux traditions, le lancer de clefs de la ville par d’éminents pelotari, acclamés mercredi soir par près de 30 000 festayres massés devant la mairie.
Diversité des cultures basques
Quant à l'incontournable dantzazpi, il sera désormais encadré par sept géants, représentatifs des sept provinces basques. La Haute-Navarre est représentée par un Joaldun, la Basse-Navarre par un Zapurra (sapeur) tout droit sorti de la cavalcade, la Soule par une cantinière (kantiniersa), le Gipuzkoa par une marchande de poissons, la Biskaye par un Dantzari, l'Araba par un Katximorro et, pour respecter une certaine parité des genres, le Labourd par un personnage féminin en costume traditionnel.
«Au-delà du côté festif, nous avons voulu donner une dimension pédagogique à ces figures» explique Iñaki Serrada, le permanent de l'association Orai Bat, conceptrice de ces géants, pour qui «il faut rester vigilant si l'on veut garder ses traditions vivantes». Selon lui, «il est intéressant de se tourner vers d'autres cultures (le Pays Basque l'a toujours fait), mais il est nécessaire au préalable de bien connaître la sienne et de la préserver». Il rejoint Henri Lauqué, considérant, «que les gens de l'extérieur qui viennent aux Fêtes de Bayonne y cherchent quelque chose d'authentique».
Autre nouveauté renouant avec la tradition : le musikaldia du Musée Basque qui permet de découvrir les compositions musicales de txistulari et de joueurs de triki.
La corrida, tradition basque ?
Lors du dernier point presse des Fêtes, le maire de Bayonne, Jean Grenet, s'est exprimé sur la récente décision d'interdire les corridas en Catalogne. Selon lui, il s'agit «davantage d'un enjeu politique entre Barcelone et Madrid que d'une victoire des associations anti-corridas». Il ne se sent pas menacé à Bayonne, estimant «qu'aucun parti, de droite comme de gauche, n'a envie de prendre partie». Dans un second temps, il s'est insurgé contre «les donneurs de leçons qui voudraient donner mauvaise conscience». Il dit insupporter «cette intelligentsia qui fait qu'on n'ose plus dire ce qu'on pense, de peur de se faire traiter de facho ou autre chose...».
Le rendez-vous manqué
de la lutte basque
La mise en valeur de la Borroka, lutte basque ancestrale était également au programme des Fêtes. Un quiproquo entre les organisateurs et l'organisme de promotion de cette discipline a privé le public de ces joutes ancestrales. «Ce n'est que partie remise pour l'année prochaine», a déclaré Bernard Cabos, président de l'association Borroka, enthousiaste pour cette discipline «qui compte parmi les quelque 250 types de luttes traditionnelles dans le Monde».
Posté dans les gradins, André Béhoteguy, 83 ans, n'a rien perdu de son âme d'enfant. Ancien président du Comité des Fêtes de Bayonne pendant plus de 20 ans, ce bestazale bayonnais n'a rien perdu de «ses» fêtes depuis 53 ans maintenant. «Je crois bien que je n'ai jamais loupé une édition depuis mon entrée à la commission en 1957» confie-t-il, heureux de siéger encore aujourd'hui à la tribune qu'il préfère, celle des remparts, face au spectacle de courses de vaches qui l'amusent toujours autant, «surtout pour l'ambiance». Né au-dessus de l'actuel Hôtel des Basques, il se rappelle avoir vu ses premières courses à cinq ans à peine, du haut de sa fenêtre, réveillé au son des txistu et des gaiteros. Il n'oubliera pas non plus toutes ces vedettes qu'il a reçues plus tard, sur un autre balcon... Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Luis Mariano et bien d'autres, tous auront marqué de leur empreinte l'une des trois clefs jetées à la ville. Mais s'il ne devait garder qu'un événement marquant, ce serait, bien sûr, l'avènement du roi Léon. «Je me souviens encore du jour ou André Lascoum et Jacques Barenot sont venus me voir avec cette idée. A l'époque, ils voulaient rajeunir les fêtes. Finalement, ils les ont rendues intemporelles.» En 1987, sous le coup de crayon de Jean Duverdier, le roi pittoresque débonnaire et bedonnant prenait vie. «Pour moi, il a apporté l'esprit qu'il fallait à la fête, en faisant revenir les déserteurs de l'époque. Il symbolise le brassage des générations» a expliqué M. Béhotéguy le pin's du «roi» encore en évidence sur sa chemise blanche. Pour lui, depuis, rien a changé. Ou presque. «Il y a quand même un effort considérable qui a été fait sur l'animation diurne. on avait essayé nous aussi à l'époque, mais par rapport à ce qui se fait aujourd'hui, c'est incomparable.» Et concernant le retour aux traditions ? «Elles n'ont jamais disparu !» s'exclame-t-il. «Regardez les temps forts des courses de vaches et des corso, ils n'ont jamais disparu. la seule différence, c'est qu'à mon époque, les fêtes étaient surtout connues ici, dans la région. Les personnes ne venaient pas d'aussi loin qu'aujourd'hui. En ce sens, c'est sans doute une bonne chose d'avoir avancé les fêtes au dernier mercredi du mois de juillet cette année» a-t-il conclu.
Des confettis plein la tête, les paroles du refrain bien en main et des rires à n'en plus finir, les enfants trépignaient d'impatience sur la place hier, dans l'attente de pouvoir, enfin, réveiller ce fameux «roi Léon» à midi tapante... «C'est le monsieur qui est dedans la mairie ! Et c'est un vrai monsieur !» prévient Bastien, 10 ans. «Non, c'est un clown ! rétorque Léa. «Avec un ventre énorme et un gros nez bien rouge, mais il est très gentil.» Vivant ou non, pour tous, c'est avant tout le symbole de «leur» fête. Pour beaucoup, c'est même leur moment préféré : «Parce qu'on chante et qu'on peut crier très fort» explique Thom, 9 ans. Et mieux vaut ne pas les mettre au défi...
Hier à la première heure, la nacelle des services techniques de la Mairie les portaient jusqu'aux fenêtres des immeubles pour décrocher les banderoles jugées indésirables. Celle étendue sur les façades longeant la Nive en hommage à Jon Anza -enterré lundi dernier après que son corps, porté disparu le 18 avril 2009, soit resté introuvable pendant 11 mois- n'y aura pas échappé. Les propriétaires de la banderole s'étonnent de voir d'autres banderoles et drapeaux continuer de flotter en face de chez eux. Pour la Mairie, il s'agit d'enlever chaque matin les banderoles qui débordent des fenêtres.
«Ce qu'on essaye de montrer, c'est que la culture basque est festive et populaire. Aux fêtes, il y a encore trop de gens qui s'ennuient, parce qu'ils n'ont pas les codes. Il faut les rendre acteur des fêtes.» Guillaume Irigoyen, organisateur du karrikaldi, tient à faire rentrer les gens dans sa ronde. Au programme de la place Jacques Portes, l'animation se fait en deux temps. «Elle offre une prise de connaissance pour les non initiés, avec notamment les prestations de nos jeunes bertsulari, avant de permettre une appropriation de ces codes et rituels festifs au travers des mutxiko et des chants.» Un menu, à l'origine poussé par le succès des Dantzazpi de la place Montaut, et qui n'a cessé de s'étoffer depuis cinq ans avec la participation de Leinua Ttiki, Ibaialdekokoro, l'Ikastola de Bayonne, Tuntuna ou Orai bat. En outre, le Karrikadantza, à 21 h 30, permet de mêler danses basques à celles d'Europe centrales.
Il y en a pour toutes les bourses et pour tous les goûts. Mais attention, le rapport qualité-prix n'est pas toujours au rendez-vous et d'infâmes piquettes sont parfois proposées au même tarif (sinon plus cher) que les breuvages les plus exquis. Pierre en a fait l'expérience : «Pour 2 euros, j'ai eu droit à quelques centilitres d'une espèce de pipi de chat vendue pour de la bière».
De son côté, Eric a testé une baraque à frites qui lui a «refilé de la mauvaise viande mal cuite».
Quant à Carole, elle estime «qu'au bout de quelques degrés d'alcool ingurgités, tout peut sembler bon»... C'est justement là-dessus que comptent certains pour faire leur beurre pendant les Fêtes.
Au moins, hier, les enfants qui ont participé au pique-nique organisé par la mairie auront eu droit, pour un prix modique, à des produits frais, locaux et bio. Seul un nombre restreint d'échoppes propose une semblable qualité (sandwichs bio à la Chayotte, rue d'Espagne, café bio-équitable ou Cola local au Txiriboga, rue des Cordeliers...). Il faut donc apprendre à trier pour bien boire et bien manger pendant les Fêtes.
Vendredi 30 juillet
Dès 9 h 00 : Dianas & Animations Musicales (bandas, gaiteros, txistularis, trikilaris...), dans les rues de la ville.
10 h 00 : Matinée Choco-Yamboun 10, rue Gosse
Défilé des Géants de la Cour du Roi Léon, Ecole Grand Bayonne
10 h 00 - 10 h 30 : Yoga des Fêtes, place de la liberté
10 h 30 - 11 h 30 : Aubade au Roi Léon - Jazzaband - place de la Liberté.
11 h 30 - 19 h 00 : Repas des retraités bayonnais, Palais des sports de Lauga
12 h 00 : Réveil du Roi Léon, place de la Liberté
12 h 30 - 13 h 30 : Banda Best Of - Los Gatchos, Las Murgas & Tippito Banda, place de la République.
12 h 30 - 13 h 30 : Musikaldia - Uztaritzeko Txistulariak, Musée Basque.
12 h 30 - 14 h 00 : Polyphonies Basques - Aizkoa & Argileak, place Lacarre.
16 h 30 - 23 h 00 : Karrikaldi (culture basque : spectacles, bals, chants populaires...) place Jacques-Portes.
16 h 30, Danse avec Makilari Txapelketa ;
17 h 45, Kantaldi avec Begiz Begi ;
19 heures, Dantzazpi avec Txaranga Leinua ;
20 h 15, Baionan Kantuz avec Tuntuna & Ibaialdekokoro ;
21 heures, Karridadantza avec Pass'Aires
17 h 00 - 18 h 30 : Concert (a)typique - Andoni Aguirre (piano) & Kristi Gjezi (violon) - Collégiale Saint-Esprit.
17 h 30 - 19 h 00 : Courses de Vaches, place Paul-Bert.
18 h 30 - 20 h 00 : 1er Open des Fêtes de Bayonne Tournoi Pelote Féminin, fronton du Rail Bayonnais.
20 h 00 - 0 h 00 : Kantaldia Bestetan - Bostgehio, Herri Soinu Taldea & Otxalde, place de la République
21 h 00 - 1 h 00 : Gazteszena - Lost Communists & Xubung - mail Chaho-Pelletier.
22 h 00 - 3 h 00 : Bals Publics - Experience 70, place de la Liberté & Aistrika, Carreau des Halles
0 h 00 : Toro de Fuego, place de la République







