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Sujet à la une

"La transmission est indispensable et l'euskara devrait être notre priorité"

26/06/2010

ENTRETIEN/ Junes CASENAVE / Prêtre et écrivain

Revenu dans son pays natal, la Soule, en 1981, Junes Casenave ne l'a pas quitté depuis. Le 11 juillet, cependant, il va prendre sa retraite après avoir servi l'Eglise pendant plus d'un demi-siècle. Le prêtre hors du commun, Académicien basque, auteur de nombreuses pastorales et enseignant laissera sa place à Arnaud-Pierre Indart, Itsasuar bascophone de 77 ans. Junes Casenave, l'enfant de Sainte-Engrâce, célébrera son départ avec les siens, à Alçay. Les siens : les fidèles catholiques, le monde de la culture et les nombreuses personnes qui l'ont connu à travers ses activités des plus diverses. Le pas leste, le regard vif, Junes Casenave revient sur sa vie et sur les nombreux domaines qu'il a explorés avec une soif de transmission qu'il n'a pas perdue. Tout comme son sourire au coin des lèvres.

A 86 ans vous continuez à vous lever très tôt. Que faites-vous pendant la journée ?

La première des choses que je fais, c'est l'exercice physique et spirituel. Ensuite je prie. La journée se poursuit avec la célébration de la messe, tous les matins, à travers les dix communes dont je m'occupe. Je les prépare pendant la journée. Et puis, jusqu'à maintenant, j'ai beaucoup écrit. Je m'intéresse aussi à l'état du Monde ; malgré notre âge, nous ne vivons pas à l'écart de ce monde.

D'où vous vient cette discipline ?

Tout le monde pourrait l'avoir... Je fais du yoga depuis 58 ans ; à l'époque j'étais professeur à Limoge. Ces exercices procurent du bien-être au corps et à l'esprit. Et je pense que tout le monde devrait en faire. Certains me disent qu'ils n'ont pas de temps, mais je leur dis qu'ils n'ont qu'à se lever dix minutes plus tôt.

Que vous a apporté le sacerdoce ?

Le sacerdoce est une vocation ; c'est quelque chose qui est en moi. J'avais fait ce choix lorsque j'étais jeune. Il y avait un docteur à Tardets, Albert Constantin, qui venait souvent chez nous, à Sainte-Engrâce. Lorsque mes parents lui avaient dit que j'allais au séminaire, à Bétharam, il s'était exclamé : «mais il est perdu pour notre culture basque !». J'avais dix ans et je ne l'ai jamais oublié.

C'est ce qui vous a amené vers la culture basque ?

J'ai toujours vécu dans la culture basque. C'était notre identité, notre façon d'être. Lorsque nous étions enfants, avec les amis, nous faisions des bertsu... à notre manière ! C'est vrai qu'à la suite de la réaction de ce docteur, cela a été un choix. Cependant, à notre époque, on n'écrivait pas jusqu'à un certain âge, et c'est ce qui m'est arrivé.

Quel souvenir gardez-vous de votre jeunesse ?

Mon enfance m'a procuré de beaux souvenirs. Nous n'étions pas une famille d'agriculteur ; Aita était garde forestier et Ama restait à la maison. Je n'ai donc pas eu de problèmes. En revanche, les temps durs sont venus à 20 ans, avec la guerre. J'avais été envoyé en Allemagne, or, je ne voulais pas y aller. J'avais alors prévu de prendre la fuite sous un faux nom, vers Hondarribia. Etant de Sainte-Engrâce, je m'appelais Juan Garcia. Mais le jour de mon départ, il avait tellement neigé que je n'avais pas pu partir. Un conseiller général m'avait alors aidé à me cacher.

Vous êtes ensuite allé à Bétlhéem ?

Je m'y suis rendu en 1945 pour poursuivre le séminaire, en tant que bétharamiste. C'était une période difficile, comme vous le savez, il y avait des combats entre les Juifs et les Arabes. J'ai toujours pensé que c'était un conflit sans arrangements. Ce serait tout de même souhaitable...

Est-ce que les religions peuvent diviser les peuples ?

Dans ce conflit, ce n'est pas un problème entre les religions. Il est vrai que dans un extrême il y a des islamistes et dans l'autre des Israéliens de droite.

Vous étiez loin du pays à cette époque-là...

Même là-bas, je parlais le basque tous les jours avec mes amis. Nous jouions même à la pelote. Une fois à Limoge, alors que j'étais enseignant, j'avais fait construire un fronton.

Au cours de votre vie vous avez cumulé beaucoup de connaissance. D'où vient cette curiosité ?

Je ne sais pas... c'est inné. La pastorale par exemple, la première je l'ai vue à l'âge de 5 ans. Ils avaient joué la pastorale Moïse à Sainte-Engrâce et je ne l'ai jamais oubliée ; je m'en rappelle comme si j'y étais. En revanche, les rares livres que nous possédions étaient ceux du catéchisme.

Combien de langues parlez-vous ?

L'euskara, le français, le béarnais, l'espagnol et l'anglais. Bien sûr, le latin et le grec aussi. J'ai fait un dictionnaire latin-basque qui n'a pas été publié.

Vous connaissez également les plantes.

Oui, effectivement. Elles sont souvent très bénéfiques pour la santé. Aujourd'hui on parle beaucoup d'écologie ; à l'époque ce n'était pas le cas, mais je peux vous dire qu'à la maison nous l'étions ! Aita ne permettait pas que l'on touche un seul arbre... c'était sacré ! J'avais alors appris certaines pratiques de l'époque, puis je me suis formé de mon côté.

La flore a-t-elle changé ?

Il y a toujours eu de nouvelles espèces. Parfois elles ne sont pas bonnes. Le problème est que la nature n'est pas entretenue et que la végétation abondante ne laisse pas respirer les arbres.

La connaissance des plantes se perd...

Oui, les gens préfèrent aller voir le médecin qui les envoie à la pharmacie. Mais j'ai enseigné à deux jeunes ce que je savais des plantes.

A votre manière, vous semez vos graines.

La transmission est indispensable. Dans le domaine de la culture, l'euskara devrait être notre priorité ; nous devons la conserver et la renforcer. C'est quelque chose que j'ai pu faire lorsque j'étais directeur du collège de Saint-Palais, pendant 17 ans. Depuis 1964, j'enseignais le basque dans mon établissement, mais vers 1970, j'avais obtenu le droit de l'enseigner de la sixième à la terminale.

J'ai ensuite écrit des dictionnaires, des livres de grammaire, des livres d'apprentissage du souletin. J'ai longtemps donné des cours du soir.

Vous avez aussi enseigné le yoga.

Oui, à la demande des gens. J'avais commencé à Saint-Palais et ce pendant 24 ans. Je crois que ces séances ont apporté beaucoup de bonnes choses aux gens, pour leur mental. Je n'ai pas proposé ces séances simplement pour leur bien-être, mais pour leur enseigner comment ils pouvaient le faire eux-mêmes.

Vous aviez une méthode pour apprendre l'euskara par ce biais.

Oui, c'était une méthode pour apprendre l'euskara plus vite. La séance de relaxation durait environ 20 minutes, pendant lesquelles je récitais les leçons.

Il y a une demi siècle la conscience vis-à-vis de la langue basque n'était pas aussi répandue. Quel regard portez-vous sur l'avenir de cette langue ?

J'observe que cette conscience est toujours vivante ; les gens voient cette langue comme une richesse, même s'ils ne l'expriment pas de cette manière. Il y a cependant comme un poids qui écrase les gens, c'est la culture française. Ce n'est pas toujours facile de conserver l'euskara.

Quelle sera la place du souletin ?

Il me semble que le souletin enrichit le basque unifié. Nous devons essayer de le conserver, et il me semble que pour le moment c'est le cas.

La société a changé ces 80 dernières années...

Plutôt ces 20 dernières années !

... L'Eglise a-t-elle évolué de la même manière ?

Je crois que oui. La liturgie a évolué et je crois que les gens la perçoivent mieux.

Et en ce qui concerne les questions de société, telles que la sexualité, les moeurs ?

L'Eglise donne des réponses à ces questions, oui. Après, il faut voir comment elle transmet cela aux gens.

Et que pensez-vous de l'évolution de la tendance traditionaliste dans l'église du Pays Basque Nord ? Et du recul de l'euskara dans certaines paroisses ?

Je ne sais pas comment c'est ailleurs, mais ici nous célébrons la messe en euskara. Nous n'avons pas ce problème.

 

«Barneko gauza bat da pastorala"

Pastoralak idazten hasi zinenean, idazle guti zen. Nola zen orduko giroa ?

Lehen baziren pastoralak han et hor, baina ez ziren atxiki. Gero, Etxahunek lan handia egin zuen eta ni ere hasi nintzen idazten. Baditut 11 pastoral emanik izan direla eta baditut 7 eman gabe direnak.1976an hasi nintzen, Santa-Grazi pastoralarekin.

Zure obra begiratuz, erran daiteke bide bat ideki duzula. Hau da, zehaztasunarena eta zorroztasunarena, bai historia arloan, euskara mailan, baita bertsogintzan ere. Horren kontzientziarekin egin ote duzu ?

Euskal kulturan sarturik nintzen, horregatik beti gogoan ukan dut euskal kultura ahal bezain garbi atxiki behar zela.

Lehengo pastoralak ez ziren hain neurtuak aipatutako hiru arlo horietan. Zergatik zorroztasun hori ? Behar bat zen ?

Uste dut pastorala bere orokortasunean atxiki behar dela, baina behar dela ikusi nola oraikotzen ahal den. Aldi berean, beti izan naiz beste batzuk baino zorrotzagoa pastoralaren legeen aldetik, zeren eta laxukeria bat bezala baitzen aitzinetik.

Zer da gaurkotzea ?

Aitzinetik lejenda bat bezala zen pastorala eta, nik, Historia sartu dut. Eta nahi izan dut euskara ederra izan dadin eta ber denboran jendeek entelegatzen duena.

Purista izatea da ?

Ez dut uste. Aberastasun bat da. Pastoralan gure jakitatearen eta mintzajearen aberastasuna ekarri behar dugu.

Pastoralaren legeei buruzko lanak ere egin dituzu. Zertan oinarritu zira horretarako ?

Pastoralaren ohitura atxikitzeko behar da oraikotu, baina ez dut anitz kanbiamenik ekarri. Lehengo legeak atxiki ditut.

Pastorala «show» bat bilakatzearen beldur zira.

Pastoralak baditu legeak eta zonbaitetan gauzak kanpotik bezala ikusten dira, jantzietan, ibiltzeko manera, eta hola. Uste dut ez dela horretan pastorala, ez da kanpoko gauza bat, barneko gauza bat da.

Zeren arabera hautatu dituzu gaiak ?

Santa-Grazi hangoa naizelako, eta besteak Xiberoko historiaren gaiak baitira. Anitzek zerikusia dute Santa-Grazirekin.

Goizeder TABERNA

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