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Pays Basque

Livre sur le combat d'EHLG : Quand les convictions brisent les murs

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26/06/2010

Béatrice MOLLE

Maritxu Lopepe et Rémi Rivière. sont deux journalistes du Pays Basque qui viennent de publier aux Editions Elkar, un livre intitulé EHLG Pièces à Convictions. Préfacé par le Vert Gérard Onesta, ancien vice-président du Parlement Européen. Avec une postface de Michel Berhocoirigoin, le président d'EHLG, «l'association d'aide au développement d'une agriculture paysanne et durable» qu'un Préfet souhaita interdire. Le livre présenté hier à la presse, et que nous n'avons pas encore lu, retrace le combat juridique d'Euskal Herriko Laborantza Ganbara. L'avocat Jean-René Etchegaray qui plaida pour EHLG accompagnait lors de cette présentation, les deux journalistes.

Le combat d'EHLG durera cinq années et se soldera le 6 mai 2010 par la relaxe du président de cette association, Michel Berhocoirigoin. L'ouvrage fort documenté contient de nombreuses coupures de presse et photos restituant le contexte de cette affaire. Deux chapitres le composent, le premier «Naissance d'une revendication» analyse le contexte historique et social, qui des années auparavant rendront inéluctable la création d'EHLG. Le deuxième «La bataille d'Ainhice Mongelos» narre par le menu, la procédure et la stratégie d'EHLG durant cette bataille juridique.

Aspect historique

«Nous avons consacré une partie importante à l'aspect historique pour expliquer la réussite de ce combat. Il faut remonter trente années en arrière. Tout ce qui était en faveur de l'agriculture basque était entravé à Pau. Ce combat fut mené pour faire reconnaître la spécificité de l'agriculture basque. En particulier les petites exploitations d'élevage qui la caractérisent, très différente de l'agriculture pratiquée en Béarn» souligne Maritxu Lopepe. L'ouvrage revient donc en détail sur la création du syndicat ELB en 1982 qui marquera définitivement le paysage syndical agricole par «la constitution d'une gauche paysanne» face au tout-puissant FNSEA-CNJA. «La nature politique de ce dossier faisait penser qu'EHLG allait en faire une tribune politique, mais c'est sur le terrain du droit que l'attaque a été menée. Avec une organisation militante à plusieurs niveaux : un groupe qui contactait des personnalités, un autre chargé de faire du détournement de publicité (certaines contenues dans le livre sont savoureuses !) un groupe blog. Tout cela créait un climat joyeux et contestataire !» souligne Rémi Rivière. Pour l'avocat d'EHLG Jean-René Etchegaray, «c'est un livre à chaud, mais il y a de la distance. Ce n'est pas qu'un travail de journalistes, mais aussi d'historiens. Nous étions trois avocats. Sur le plan de la procédure, nous avons assisté à quelque chose qui est une inversion totale de bout en bout. Inversion par le contexte de politisation que le parquet alimentera. Entre le moment où la plainte est déposée par le Préfet, et le moment où elle est renvoyée devant le tribunal Correctionnel, il y a un délai de trois ans. Trois ans sans juge d'instruction, avec une enquête de police avec un grand P. Nous aurions pu faire un procès en disant `Nous sommes Basques, on nous en veut !' Et Michel n'a pas voulu. Là aussi, il y eut inversion, ce procès n'est pas politique, ainsi l'a décidé Michel.» Quant à la fin de cette aventure et son avenir, Rémi Rivière remarque «que c'est une des revendications de Batera qui a avancé. Il y aura des suites et des répercussions.»

La postface de Michel Berhocoirigoin

«J'ose à peine écrire tout ceci, car je ne veux pas donner l'impression que c'est simple, facile ; que la voie est tracée... Je ne veux pas avoir de prétention et donner des leçons. Tout est discutable ; toutes les situations sont différentes... Mais, il y a probablement des principes de fond qui sont incontournables.» C'est une des phrases extraites de la postface signée du président d'EHLG, Michel Berhocoirigoin, acteur majeur de cette bataille juridique, puisque c'est lui qui comparaîtra devant les tribunaux. La postface donne quelques clés sur la stratégie mise en place durant ces nombreuses années de bataille juridique : «Tout le combat qui a abouti à la victoire d'EHLG montre la pertinence de la stratégie non-violente, de ce qu'il est convenu d'appeler la confrontation démocratique (...) Mais la confrontation démocratique ne se décrète pas : elle exige du temps, du respect des personnes et de leur cheminement... Si elle est bien gérée, elle est efficace, car elle attire sympathie et soutien, et déstabilise l'adversaire» explique entre autre, M. Berhocoirigoin.

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