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L'opinion - Tribune Libre

LGV : Langue de bois, mensonges... et étranges attributions

22/06/2010

Pierre RECARTE / Association Nivelle-Bidasoa

Tous les procédés sont bons pour justifier ou imposer la construction d'une nouvelle LGV et abuser les citoyens que nous sommes.

La Langue de bois

A. Rousset est celui qui la maîtrise le mieux : «La LGV est une question de vie ou de mort économique de l'Aquitaine. S'il n'y a pas de nouvelle ligne, c'est une catastrophe économique, écologique et sociale pour le territoire».

Le mensonge :

Le mensonge est la deuxième arme pour fuir le débat, clôturer une discussion ou faire cesser une polémique. Et les mensonges ne manquent pas !

- L'enfouissement à 60 % voire 80 % de la nouvelle ligne. Pendant des mois, RFF, les élus, A. Rousset, F. Maïtia, J. Grenet, se sont relayés pour répéter cette affirmation mensongère : la ligne sera enfouie à 60 % M. Berckmans, président de la CCI, avancera même 80 %.

Selon le rapport de la «médiatrice» 35 % de la ligne sera enfouie

- La LGV réduit les émissions de CO2, c'est ce qu'affirme A. Rousset. Or une étude d'experts suédois conclut : «La réduction des émissions de CO2 liée à la construction des lignes à grande vitesse est minime et la construction de ces réseaux ne peut être considérée comme une politique environnementale réaliste».

- La LGV créera 100 000 emplois, toujours selon A. Rousset. Or la construction de la branche est de la LGV Rhin-Rhône emploie actuellement 3 500 personnes !

Les non-dits

- De Paris à Madrid, toute la ligne n'est pas dédiée à la grande vitesse (320 km/h), à partir de Dax et sur l'Y basque, la vitesse prévue est de 220 km/h. Les trains de marchandises rouleront à 100 km/h, sur toute la ligne.

- «La grande vitesse a effectivement un coût élevé» selon RFF. Pourquoi ne pas donner les vraies estimations : Tours Bordeaux : 7,2 Md d'euros, Bordeaux Toulouse : 4,2 Md d'euros, Bordeaux Espagne : 5,4 Md d'euros, soit au total 17 milliards d'euros.

- La participation des collectivités locales. Sont toujours annoncés les chiffres 2 006 et non leur revalorisation. Ainsi la participation de la Région passe de 600 à 761 millions d'euros, celle du département à 245 millions, de la Cabab à 100 millions d'euros. Cela correspond, après emprunt, à un endettement de 4 880 euros par foyer fiscal pour un habitant de la communauté de communes Sud Pays basque.

Les approximations

- Les prévisions de trafic et la saturation des voies actuelles : RFF s'est contenté de faire des prévisions fantaisistes de trafic. Selon leurs projections, nous devions compter 8 millions de tonnes de fret à Hendaye en 2009, nous en sommes à 1,6 million de tonnes ! «Nos prévisions de trafic résultent autant d'un pari et d'un engagement politique en faveur du chemin de fer que d'une analyse raisonnée» confessait RFF.

- Raccordement avec l'Y basque : Les élus, les associations dénoncent, de longue date, l'arrivée à Biriatou, via un pont de 37,5 mètres de haut compromettant tout projet d'enfouissement en amont. RFF ne s'en est jamais ému et ne s'est jamais rapproché des promoteurs de l'Y basque.

- 60 maisons détruites. Sur un fuseau de 1 000 mètres de large, 2 200 constructions sont impactées au Pays basque. Mme Meaux estime, au final, que soixante maisons seraient touchées. Comment a-t-elle pu compter alors que le fuseau à 100 m sera connu en fin d'année ? A moins qu'il ne soit déjà fixé.

Les leurres

RFF a proposé deux fuseaux pour n'en retenir qu'un seul, celui que nous connaissons depuis 1992 ! Le projet d'une gare TGV à Bayonne est destiné à rallier le député Jean Grenet car il est peu vraisemblable que les trains s'écartent de leur parcours pour desservir Bayonne !

La fausse médiation

Les élus opposés à la construction d'une nouvelle ligne ont demandé au gouvernement la nomination d'un médiateur. Mme Meaux est nommée avec la mission de «définir la meilleure insertion possible de la nouvelle ligne» !

La fausse concertation

RFF se targue «d'avoir fait 100 réunions de concertation en 2009» alors que ce sont des réunions d'information où tout est décidé à l'avance. Le 11 janvier, le Comité de pilotage se réunit pour débattre sur le choix du fuseau. Il figurait depuis 48 heures sur le site internet de RFF. De qui se moque-t-on ?

Les étranges attributions

- Le contrat de Vinci sur Tours Bordeaux. Bien que Vinci ne finance que 50 % de l'ouvrage, il percevra l'intégralité des péages ferroviaires avec une concession d'exploitation de cinquante ans ! L'Etat et les collectivités locales qui financent les 50 % restants ne percevant aucun péage, feront appel aux contribuables pour rembourser les 3 à 4 milliards d'euros de fonds publics. Les acteurs publics n'auront que peu, voire aucun droit, ni en tant qu'actionnaire, ni en tant que puissance concédante.

- L'attribution à Modhalor d'une autoroute ferroviaire. La Région Aquitaine a retenu les wagons Modhalor, à 400 000 euros l'unité sur les conseils de M. Essig, représentant la société. Parallèlement, il est chargé par le ministère de l'Ecologie d'une mission de réflexion sur le fret ferroviaire. Il conclut bien sûr que la solution la plus adaptée pour l'Etat est l'autoroute ferroviaire ! Une zone d'ombre de plus dans le projet.

Cette construction d'une nouvelle LGV n'a aucune justification. Ce projet est construit sur de fausses prévisions de trafic. La preuve est faite que les voies actuelles sont loin d'être saturées. Il est urgent d'attendre ! Pas de saccage inutile et halte au gaspillage !

Face à cela il est indispensable de poursuivre la mobilisation. Rendez-vous donc le mardi 22 juin à 20 heures au Kiroleta d'Ustaritz pour une réunion d'information organisée par les associations et les élus.

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