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Sujet à la une

L'euskara moins toléré

10/06/2010

Goizeder TABERNA

L'euskara a perdu du champ. La visibilité de l'euskara a régressé en 2009, d'après Behatokia, l'observatoire des droits linguistiques. Lors de la présentation du rapport annuel sur la situation de l'euskara dans les sept provinces du Pays Basque, les membres de Behatokia ont relevé que la langue vernaculaire a souffert l'an dernier d'une baisse de tolérance.

Son rapport s'appuie sur les réclamations déposées sur le «Téléphone de l'euskara», un dispositif mis en place par l'observatoire lui-même dans le but de recueillir les cas de non-respect des droits linguistiques. Ainsi, Behatokia a ouvert 227 dossiers, 56 de plus que l'an dernier, dont 217 plaintes (voir encadré). «Ce n'est que la partie visible de l'iceberg», explique Ione Josié, la représentante de l'observatoire à Bayonne.

Elle constate une régression de la tolérance envers l'euskara dans des domaines qui étaient jusque-là «gagnés». Les membres de Behatokia ont constaté, par exemple, que la mairie d'Urrugne avait exigé une traduction simultanée avant d'autoriser la tenue d'une conférence en euskara sur les procès en sorcellerie dans un local communal. Ils pointent également du doigt l'absence d'inscription en euskara dans la nouvelle signalétique installée dans le quartier Ametzondo de Saint-Pierre-d'Irube. «Des panneaux provisoires, le temps des travaux d'élargissement de la A63», rétorquent les pouvoirs publics.

Refus de chèques en basque

Cependant, après trois ans de travail au Pays Basque Nord, Behatokia constate pour la première fois un recul de la visibilité de la langue basque dans le domaine public. Ione Josié ajoute : «Et, pour le début de l'année 2010, nous avons déjà reçu des réclamations concernant des refus de chèques en basque». Un acquis des années 90.

Les réclamations de 2009 seront mises à la disposition de l'Office Public de la langue basque (OPLB), comme les années précédentes. D'après Garbiñe Petriati, directrice de Behatokia, «les différentes administrations créent une discrimination entre les usagers bascophones et non-bascophones». Elle ajoute : «au regard des réclamations reçues, la modification de l'article 75 de la Constitution n'a eu aucun effet concernant la violation des droits linguistiques». L'absence de cadre législatif serait à l'origine de toutes les réclamations recueillies par Behatokia.

A travers le «Téléphone de l'euskara», l'observatoire considère qu'il réalise un travail que l'OPLB aurait dû assurer. Une vision que ne partage pas son président, Max Brisson. «Sans porter de jugement sur le travail que réalise Behatokia, nous n'agissons pas dans le même champ. Nous, nous oeuvrons dans la construction d'une politique publique et nous ne sommes pas un organe de pétition, de revendication». Toutefois, en tant qu'élu, M. Brisson pense qu'un cadre législatif réglementaire est «nécessaire». Et en attendant, «le chantier de la présence de la langue est devant nous».

L'Administration : 99 réclamations

«Une politique linguistique qui s'appuie sur la volonté a des limites», souligne Ione Josié. Et certaines sont évidentes. Parmi les 217 réclamations qu'a reçues Behatokia, 99 visaient les administrations publiques. La Poste, SNCF, Urssaf, Conseil général, près d'une dizaine de plaintes ont été comptabilisés en ce qui concerne ces services. Les mairies et les communautés de communes ont réuni 41 observations négatives. A la tête des mairies les moins respectueuses des droits linguistiques, d'après Behatokia, celles de Bayonne, d'Ustaritz et de Saint-Jean-de-Luz. En outre, 118 réclamations concernent le champ socio-économique privé. Ainsi, Carrefour a rassemblé 19 réclamations et décathlon 13. La plupart des dossiers ouverts portent sur l'absence de l'euskara dans les supports de communication, «quelque chose qui peut se régler assez facilement», commente Ione Josié. Elle constate, par ailleurs, qu'une grande partie des réclamations venait de Labourdins. Mais tous ne sont pas mécontents, puisque six félicitations ont été comptabilisées concernant toutes des acteurs du domaine privé.

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